Avant le Covid, le port de Gdansk était un des ports européens les plus dynamiques ©DR

 

Selon le dernier baromètre réalisé par l'IAPH-WPSP sur la situation dans les ports dans le monde, la quasi-totalité des 76 établissements sondés début mai n’ont signalé une diminution d’activité que de 5 à 25 % malgré la montée en puissance de la suppression des escales. En revanche, la situation dans les ports européens se dégrade.

Pour le 5e baromètre de l’Association internationale des ports (IAPH) initié pour apprécier dans le temps l’impact de la crise sanitaire sur les ports mondiaux, les analystes de PortEconomics, Theo Notteboom et Thanos Pallis, se sont penchés plus spécifiquement sur les cas européens. « Nombre d'entre eux ressentiraient davantage l'impact de la réduction des escales que d'autres régions du monde », indique l’étude publiée le 13 mai. La région européenne compterait également une plus petite part de ports confrontés à des pénuries des capacités d'entreposage et de stockage. En revanche, il semblerait que les places portuaires européennes soit légèrement plus touchées par la pénurie de dockers, 28 % d'entre eux ayant signalé cette problématique dans la première semaine de mai.

Sur un plan mondial, malgré les annulations de service en masse, la quasi-totalité des 76 établissements* ayant participé à l'enquête font état d'une diminution finalement limitée de d’activité, de 5 à 25 %. La part des ports confrontés à des baisses importantes (plus de 25 %) passe de 10 % au cours des deux semaines précédentes à moins de 2 % ces derniers jours. 

La situation dans les ports européens se dégrade comme en témoigne le graphique ci-dessus ©IAPH

Des retards de 6 à 24 heures

« La perte générale de fret pour les conteneurs est moins évidente que prévu », indique le professeur Thanos Pallis, co-auteur de l'étude. « La diminution du nombre de porte-conteneurs n'est pas toujours directement liée à la crise sanitaire. Certains font état d'une augmentation des blank sailing principalement sur les routes Europe-Extrême-Orient. Pour d'autres, il n’y a plus d’annonces, mais le nombre total d'escales est toujours en baisse de quelque 20 % par rapport à une semaine normale de pleine exploitation. Les feeders régionaux qui remplacent les escales par des méga-navires fonctionnent bien, mais les chargeurs ne sont pas toujours satisfaits des temps de transit plus longs associés au transbordement. »

Environ 12 % des ports interrogés font état de retards de 6 à 24 heures voire au-delà dans le transport routier transfrontalier. Dans certains cas, les ports ont cherché à réduire la congestion à quai, occasionnée par les contrôles accrus sur les transporteurs routiers aux frontières, en évacuant en masse les conteneurs d'importation par le rail, soit vers des dépôts de l'arrière-pays, soit vers des lieux de transit plus proches de la frontière et éloignés du port.

Les six ports européens les plus touchés par les blank sailing

Grands hubs les plus touchés

« À titre d'exemple, pour faciliter l'amélioration des opérations à quai sur la côte de l'Afrique de l'Est, des services ferroviaires intérieurs transportant jusqu'à plusieurs milliers d'EVP améliorent le transit transfrontalier avec les pays enclavés », indique le rapport. « Chaque jour, dix trains de fret partent de Mombasa vers le dépôt de Nairobi, à 500 km de là, pour être ensuite distribués sur l’arrière-pays », témoigne Bernard Osero, directeur des affaires générales de la Kenya ports Authority et membre du groupe de travail Covid 19 initié par l’IAPH-WPSP.

« Dans les semaines à venir, plusieurs des plus grands ports prévoient une baisse importante des volumes en raison des traversées à blanc prévues dans le segment des conteneurs. Nous nous attendons à ce que ces grands hubs soient les plus touchés. Néanmoins, il faudra surveiller de près l'impact que cela aura sur la chaîne d'approvisionnement mondiale et la rapidité avec laquelle les économies redémarreront, en particulier en Europe », indique Theo Notteboom, qui a contribué à l’étude.

Adeline Descamps

*Les ports européens représentent entre 38 et 54 % de toutes les réponses reçues.

 

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