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Le Grand port maritime de Marseille n’a toujours pas de président à la tête de son conseil de surveillance mais dispose d’un nouvel organigramme. Peu lisible de l’extérieur, il délivre quelques enseignements. Le développement commercial est associé aux solutions intermodales et la relation client y fait son entrée. L’aménagement s’affiche sous l’assemblage « foncier, développement économique et innovation ». Le port « vert » et « numérique » n’est pas vraiment incarné. 

Depuis le décès brutal dans les derniers jours de l’année 2020 de Jean-Marc Forneri, patron de Bucéphale Finance, le Grand port maritime de Marseille (GPMM) n’a toujours pas de représentant formellement établi au sommet de sa gouvernance. L’emballement médiatique s’est porté un temps sur le PDG d'Orange Stéphane Richard, candidat qui paraissait idéal pour son double profil conjuguant portée nationale et compatibilité locale. Mais l’agenda judiciaire de l’affaire qui touche par ricochet l'ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy en a décidé autrement.

Le dévolu s’est ensuite jeté sur un autre proche de l’ex-ministre de l’Economie et ex-DG du FMI, son époux Xavier Giocanti, l’artisan des zones franches urbaines (ZFU) créées dans les quartiers Nord de la cité phocéenne quand Jean Claude Gaudin était ministre de la Ville. Mais le prétendant, autre profil d’entrepreneur investi dans la métropole à la réputation rugueuse, a été invalidé par son âge.

Les marques d’intérêt ne manqueraient pas puisque quatre candidats figurent encore dans les petits papiers de Bercy. Son locataire Bruno Le Maire (l’affaire se piloterait à ce niveau) prend donc son temps tandis qu’Élisabeth Ayrault, PDG de la Compagnie nationale du Rhône (CNR), assure le service à titre intérimaire au premier étage de l’organe de gouvernance. 

Organigramme revisité

Sans attendre donc d’avoir un conseil de surveillance arrêté, le Grand Port maritime de Marseille vient de mettre à jour son organisation, non sans quelques mouvements de fond. Sans la crise sanitaire et le grand projet stratégique à écrire – il a été validé le 5 mars dernier – l’organigramme de l’ère Hervé Martel, actuel directeur général du port de Marseille, aurait sans doute été porté à connaissance avant.

La nouvelle organisation, qui porte la mention « simplifiée », se libère d’une structure organisationnelle articulée autour des sept directions aux appellations classiques d’antan : « aménagement », « opérations », « développement », « administration & des finances », « ressources humaines », « affaires juridiques », etc. En lieu et place, un schéma structuré autour de grandes directions qui n’ont pas été systématiquement désincarnées de leur actuel titulaire mais dont le périmètre a été considérablement élargi pour certains.  

Mouvements dans les lignes de flottaison

Elle se débarrasse aussi des étages hiérarchiques intermédiaires. Le secrétariat général est ainsi ramené au rang des autres directions. Et il absorbe bien des tâches, des fonctions RH à la communication en passant par les services généraux. La précédente version, plus minimaliste, était incarnée par Stéphane Reiche, qui avait été nommé par Christine Cabau-Woehrel alors directrice générale du port dans la mandature précédant Hervé Martel. La nouvelle direction a été confiée à l’ancien directeur de la Direccte de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Patrick Maddalone, dont l’arrivée en tant que DRH avait été éventée en fin d’année dernière. Le poste était vacant depuis plusieurs mois et l’intérim était assuré par Chantal Helman, membre du directoire et directrice générale, « couteau suisse » en mesure de suppléer, avec efficacité, à à peu près tout.

Pour Patrick Maddalone, qui a effectué tout son parcours professionnel au sein des Direccte et fut même un temps commissaire au redressement productif basé à Marseille (une initiative de Arnaud Montebourg quand il était ministre de Hollande), c’est une promotion éclair. Annoncé comme DRH il y a quelques mois, il se voit confier un large portefeuille avec un siège au directoire. L’inspecteur du travail ne devrait pas pouvoir chômer. Qui en doute : tous les ports ont de gros enjeux de ressources humaines dans les années à venir…  

Ffrédéric Dagnet, directeur du cabinet 

Le cabinet descend aussi d’un cran et se voit ainsi mis à niveau des autres directions. La « mission prospective, évaluation, ville-port », qui partageait la même ligne hiérarchique que le cabinet, est, elle, rayée du diagramme mais celui qui l’incarnait depuis six ans prend la direction du cabinet. Frédéric Dagnet apprécie visiblement sa promotion dans ces nouvelles fonctions de l’ombre puisque son profil sur les réseaux sociaux a été fissa mis à l’ordre du jour.  

Si Claire Merlin, ex-direction des affaires juridiques, est confirmée dans ce poste, elle hérite en sus de fonctions plus stratégiques de pilotage avec un ensemble de services administratifs et juridiques, qui lui donne la main sur des montages juridico-financiers dont certains, au regard des projets de valorisation du domaine portuaire, peuvent s’avérer complexes (partenariat public-privé, J1, ce vaste chantier reconversion d’une ancienne halle portuaire portant sur une emprise de 25 500 m2 d’emprise et confié à un groupement qui associe Adim Immobilier Provence, Vinci Construction, la Banque des territoires et l’architecte-urbaniste Bernard Reichen). Figure féminine montante, Claire Merlin est entrée au port de Marseille en 2006 pour créer la direction des affaires juridiques avant d’être nommée à la direction de l’aménagement. 

« The Place to be » mais à prendre

La direction n’a pas encore de titulaire mais elle est sans doute la « place to be » en plus d’être la place à prendre. Elle a une appellation qui claque – « direction de la valorisation du patrimoine et de l’innovation » – et est donc censée marier le développement économique, la valorisation foncière et l’innovation. Dans le cadre de mission de port aménageur, Marseille-Fos aura à reconquérir du foncier portuaire occupé, ce qui nécessitera de la concertation avec l’ensemble des parties prenantes et d’intégrer la politique environnementale dans le développement du port. La direction comprend les trois services qui répondent à ces orientations : Environnement, Aménagement et Action territoriale.  

Quant à l’ex-direction du développement de Christine Rosso, son intitulé est lourd de sens : « développement commercial et solutions intermodales ». Voilà l’hinterland, jusqu’à présent rangé dans un service, promu dans le titre. Outre la gestion commerciale des filières, un service « relations clients » fait son entrée…Les clients du port en seront ravis, eux qui reprochent souvent à leur outil d’être insuffisamment commercial. 

Paradoxalement, transition numérique et écologique, qui sont actuellement l’alpha et l'omega de toutes les politiques portuaires en France et en Europe, ne sont pas vraiment incarnées dans une direction particulière. Notions hautement transversales, sera-t-il sans doute objecté ? 

Des femmes à bord

Quoi qu’il en soit, si l’organigramme doit encore être complété avec les chefs de service, pas moins de quatre femmes occupent des fonctions de direction (Christine Rosso, Claire Merlin, Sylvie Caillibotte et Chantal Helman). Chantal Helman, la directrice générale suppléante, est entrée au Port de Marseille en 1999 comme directrice du trafic alors qu'elle était un pur produit du privé, formée à l’international, sans avoir jamais travaillé en France auparavant. Fin 2009, à 56 ans, elle était entrée au directoire en tant que directrice d’un des postes les plus exposés : la stratégie et les finances, avec alors 250 personnes sous sa responsabilité, dont des dockers. 

« Le comité de direction est largement féminisé, quasiment paritaire depuis près de 20 ans. La parité est parfaite dans les 10 plus hautes rémunérations », défendait Claire Merlin dans un débat organisée par Wista à l’occasion de la journée de la femme le 8 mars dernier. Le port de Marseille afficherait un index d’égalité professionnelle de 97/100.

Adeline Descamps