Renaud Muselier, président de la région Provence Alpes Côte d'Azur, le 5 septembre, à la Méridionale. ©Franck André

Le président de la région Provence Alpes Côte d’Azur a mis en garde le préfet de région Christophe Mirmand. Si l’État ne présente pas de candidat(e)s avant le prochain conseil de surveillance du Grand port maritime de Marseille Fos prévu le 14 octobre, il candidatera. Il ne serait pas le premier représentant d’une région à présider un port. Pour l'heure, un seul candidat déclaré : Nicolas Mérindol, ex-directeur général du groupe Caisse d'épargne de 2006 à 2008.

« Je le dis, sans détour, à toutes les autorités de la ville et du port présentes dans cette assemblée. On ne peut plus rester ainsi, sans présidence à la tête du conseil de surveillance du Grand Port maritime de Marseille Fos. J’ai fait deux propositions, un homme et une femme. Je n’ai pas eu de retour à ce jour. Sans réponse d’ici le prochain conseil de surveillance, je présenterai ma candidature pour sortir de l’impasse », a lancé avec un air fanfaron Renaud Muselier, le président de région, particulièrement en verve ce 5 septembre alors qu’il assistait à l’inauguration par la Méridionale de son filtre à particules à bord de son Piana, que la collectivité a largement financé. 

Depuis le décès brutal en décembre 2020 de Jean-Marc Forneri, patron de Bucéphale Finance, le premier port français en tonnage et le second pour le trafic conteneurisé n’a pas de représentant formellement établi au sommet de sa gouvernance. Élisabeth Ayrault, qui était présidente du directoire de la Compagnie nationale du Rhône (CNR) jusqu’au 28 septembre 2021, assure l’intérim depuis janvier 2021. Lors du Conseil de surveillance du 26 novembre 2021, elle a alerté les représentants de l’État actionnaire sur la situation, s’obligeant à rappeler le rôle de cette instance en tant qu’autorité de contrôle et garant de la stratégie du directoire. Elle a récemment fait savoir qu’elle remettrait sa démission le 13 octobre, veille du prochain conseil de surveillance GPMM. Une façon de mettre l’État face à ses responsabilités tout en lui donnant le temps de prendre ses dispositions. 

Des candidats rares 

Le poste n’est manifestement pas facile à pourvoir. L’emballement s’est porté un temps sur l’ex-PDG d'Orange, Stéphane Richard, candidat qui paraissait idéal pour son double profil conjuguant portée nationale et compatibilité locale. Mais l’agenda judiciaire de l’affaire de l’arbitrage Tapie-Crédit lyonnais, qui touchait par ricochet l'ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde quand elle était à Bercy, en a décidé autrement. L’État, à qui revient la charge de présenter des candidatures au conseil, a joué la montre en attendant la décision de justice. La condamnation à un an de prison avec sursis et 50 000 € d’amende l’a rendu... moins éligible à la fonction.

Le dévolu s’est ensuite jeté sur un autre proche de l’ex-ministre de l’Économie et aujourd’hui présidente de la banque centrale européenne, Xavier Giocanti, l’artisan des zones franches urbaines (ZFU) créées dans les quartiers Nord de la cité phocéenne quand Jean Claude Gaudin était ministre de la Ville. Mais le prétendant, autre profil d’entrepreneur investi dans la métropole, a été invalidé par son âge.

Lors de sa visite à Marseille, il y a un an, pour « vendre » son projet de grand port fluviomaritime de Marseille à Lyon avec avec le GPMM en tête de pont de l’axe Rhône-Saône, le président de la République avait pris l’engagement de remédier rapidement à la situation.

Une femme, deux hommes dont un déclaré

Dans sa candidature-provocation, idée qui lui a été soufflée par plusieurs personnalités proches du port, Renaud Muselier déclare avoir présenté deux profils. L’homme est connu. La femme l’est moins. Il s’agirait de Laurence Eymieu, directrice générale de Keolis Lyon, l'opérateur privé de transport public de voyageurs. Une dirigeante au CV long dans les arcanes du transport public de passagers (Keolis, SNCF et RATP). 

Un seul homme ne fait pas mystère de sa candidature. Il s’agit de Nicolas Mérindol, qui fut directeur général du groupe Caisse d'épargne de 2006 à 2008. L’ancien banquier, qui a fondé le groupe de services financiers Carmin en 2014, a choisi Marseille comme rampe de lancement en mars dernier pour le développement régional de son entreprise.

Nicolas Merindol, un ancien banquier

Cet homme, proche de Vanessa Pietri, la fille de Marc Pietri, le patron du groupe marseillais de promotion immobilière Constructa, décédé en 2021, artisan de la skyline portuaire de la cité phocéenne. Une ville où il était unaniment reconnu comme un grand bâtisseur (La Marseillaise entre autres) et très respecté pour son parcours d’autodidacte, sa vision de grand entrepreneur et les succès qui ont fait sa fortune.

Nicolas Mérindol, dont on loue l’abord facile, est notamment intervenu sur des missions de conseils pour la Tour La Marseillaise et Les Terrasses du Port. Le dirigeant est depuis 2021 juge consulaire au Tribunal de commerce de Marseille. Sa candidature ne ferait pas l’unanimité.

Un précédent : Christelle Morançais

Renaud Muselier, dont les intentions « à y aller » (et arrière-pensées) ne sont pas clairement explicitées, ne serait pas, quoi qu’il en soit, le premier président d’une conseil régional à se retrouver à la tête d’un conseil de surveillance d’un port grand port maritime. Christelle Morançais, qui vient d’officialiser son départ des Républicains, a été élue en 2019 à la tête du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire à l’unanimité par quatre collectivités aux sensibilités politiques différentes.

Jusqu’à présent, le profil idéal pour un tel poste est celui d’un homme/femme à la connaissance suffisamment fine des rouages de Bercy pour pouvoir « tordre le bras des inspecteurs des finances » afin de leur faire accepter de financer certains dossiers, explique un connaisseur du port. Le candidat doit aussi avoir un carnet d’adresses aussi renseigné en contacts industriels que politiques.

Le dernier conseil de surveillance désigné du Grand port maritime de Marseille était composé de 18 membres, dont six représentants de l’État (avec le préfet), cinq des collectivités locales, trois du personnel du GPMM, et quatre personnalités qualifiées.

Adeline Descamps

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