Le CMA CGM Benjamin Franklin est l'un des plus grands porte-conteneurs jamais accueilli en Amérique du Nord ©CMA CGM

 

Les États-Unis et la Chine se parlent à peine mais continent d’être très liés commercialement. Bien que situés à proximité l'un de l'autre, Los Angeles et Long Beach ne subissent cependant pas du tout la crise économique de la même façon.  

La société SpaceX, contrôlée par Elon Musk, a décidé de jeter l’éponge à Los Angeles. Elle avait obtenu en début d’année l’autorisation du conseil municipal et du conseil d'administration du port maritime de construire une usine ainsi qu’un centre de recherches sur une parcelle désaffectée du front de mer. C’est là que devaient être fabriquées des structures pour la future fusée SpaceX BFR, conçue pour une ambitieuse mission habitée vers Mars. Pour la seconde fois, SpaceX a annulé son projet à Terminal Island, un endroit initialement jugé idéal « pour le chargement et l'expédition de pièces de fusées surdimensionnées ».

Le port californien se rêvait déjà en port spatial. En attendant, ses trafics accusent plusieurs chocs. Los Angeles a fait état d'une diminution de près de 30 % de ses volumes en mai, passant de 828 662 à 581 664 EVP en un an. Une baisse plus marquée à l’export (- 37 %) qu’à l’import (- 28 %). Sur les cinq premiers mois de l’année, ses volumes se sont repliés de 20 % par rapport à 2019.

Perte de 10 % de son trafic commercial au profit de Long Beach

« L'augmentation des annulations de traversées, en lien avec le Covid et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ainsi que les transferts de certains services sur Long Beach, qui nous coûtent 10 % de notre trafic commercial, ont contribué à une baisse significative des volumes », a concédé l’autorité portuaire, qui s'attend  à ce que les effets négatifs de la guerre commerciale et de la pandémie se fassent ressentir jusqu'à la fin de l'année. Selon la direction portuaire, « 40 escales ont été annulées à Los Angeles au cours du premier trimestre et d'ici la fin du deuxième trimestre, 23 autres blank sailing sont prévus ». Dans son budget revu, le port mise sur une diminution des volumes de fret d'environ 15,6 % et une baisse de près de 8 % des recettes d'exploitation.

Tous les segments sont touchés mais l’automobile est sans doute celui qui souffre le plus avec seulement deux navires reçus au mois de mai, transportant un peu plus de 1 900 unités. « Il n'y a pas de navires prévus pour tout le mois de juin ». Mais le port semble demeurer en zone positive sur ce segment par rapport à l’an dernier, le nombre de voitures traitées entre janvier et mai ayant atteint 46 820 unités, soit une augmentation de 4,85 %. 

Long Beach favorisé

Los Angeles semble subir plus sévèrement la guerre commerciale que son voisin de Long Beach. Les deux ports de la baie de San Pedro ont traité 1,2 MEVP en mai, soit une baisse de 13,7 % par rapport à mai 2019 et 5,9 MEVP sur les cinq premiers mois de l’année, contre 6,8 MEVP l'année dernière.

Long Beach, cependant, a fait état d’un mois de mai en hausse de 7,6 % par rapport à l’an dernier – + 7,6 % pour les importations, + 11,6 % pour les exportations – avec 312 590 EVP. Il s’agit du premier mois où les expéditions de marchandises ont augmenté après sept mois consécutifs de baisse. Une amélioration que les dirigeants du port attribuent à la relance de l’économie chinoise et à un rebond de la consommation américaine pour certains produits. Autre signal positif, Long Beach a établi un nouveau record nord-américain pour le plus grand nombre de conteneurs – plus de 17 000 conteneurs (quelque 30 000 EVP) – traités au cours d'une seule escale, celle du MSC Sveva au Total Terminals International.

Taux de fret en hausse de 62 %

En dépit des relations tendues entre les deux géants économiques de la planète, les échanges commerciaux résistent. Selon les dernières données douanières, les volumes de conteneurs entrants en provenance de Chine représentent une part encore plus importante qu'avant l’apparition du virus. Les déclarations en douane ont plongé sans surprise en février et début mars en raison du choc sur l'offre provoqué par les mesures de confinement en Chine et de l’annulation des services par les transporteurs maritimes, avant de rebondir fin mars et avril avec la réouverture de l’économie chinoise et l'arrivée des cargaisons aux États-Unis. Les volumes de la Chine vers la Californie restent en tout cas plus élevés que prévu et les taux de fret sur la route transpacifique semblent augmenter plus rapidement que ceux des autres voies et que la moyenne mondiale. Le Freightos Baltic Daily Index, qui suit chaque jour le prix pour expédier un conteneur, indique que les taux de fret de la Chine vers la côte ouest américaine ont augmenté de 62 % au cours de ces trois derniers mois, soit à un rythme deux fois élevé que pour les indices des autres routes.

Le volume plus important que prévu de conteneurs chinois est une bonne nouvelle pour l'économie américaine, mais il est peut-être prématuré de « faire la fête », car la demande en berne pourrait s’éterniser jusqu'en septembre, modèrent les analystes.

Adeline Descamps