©Eric Houri

 

En cours d’élaboration, l’observatoire de la performance portuaire et des chaînes logistiques doit passer au crible 150 indicateurs. Objectif : évaluer la compétitivité des ports français et le chemin à parcourir pour accroître la part de marché des ports français dans les imports et exports du pays et la faire passer à 80% d'ici 2050.

Au-delà du seul coût du passage portuaire, c’est la performance globale des ports français qui doit être mesurée dans le détail par le nouvel observatoire portuaire, dont la mise en service doit intervenir avant la fin de l’année. Pour cela, il faut définir des KPI (indicateurs-clés de performance) homogènes dans l’ensemble des grands ports maritimes et qui puissent évaluer les quatre grands domaines de la stratégie nationale portuaire : compétitivité, développement économique, transition écologique et innovation numérique. Au total, environ 150 indicateurs seront évalués pour chaque port.

La compétitivité opérationnelle des ports est sans doute l’indicateur le plus attendu. D’elle dépend un des objectifs de la stratégie nationale portuaire – si ce n’est le principal d’entre eux – à savoir faire passer par les ports français 80 % des marchandises en provenance ou à destination du pays à l’horizon 2050. Dans ce cadre, quatre axes sont scrutés : le temps moyen d’escale, la productivité des opérations de manutention, la fluidité du passage des marchandises et la facilité des démarches administratives.

Un énième rapport sur la compétitivité portuaire

Une décision du Cimer de 2019

Le Comité interministériel de la mer (Cimer), qui s’est tenu en décembre 2019, avait en effet prévu de « mettre en place un observatoire des coûts de passage du fret dans les ports dès 2021 ». Une recommandation issue du rapport sur la « Transformation du modèle économique des grands ports maritimes », établi en novembre 2018 par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et l’Inspection générale des finances. Le document proposait de « redynamiser l’observatoire des coûts de passage portuaire » et d’harmoniser un certain nombre d'indicateurs entre grands ports maritimes. L’Observatoire en question, mis en place en 1997 par le ministère des Transports suite à une décision du Cimer 1996, n’avait en effet pas publié de données depuis 2014.

La Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM) du ministère de l’Écologie y travaille depuis cet été et s’est adjoint les conseils de Boston Consulting Group. Un premier « comité des parties prenantes » s’est tenu le 7 juillet, réunissant de nombreux représentants des acteurs de la logistique portuaire : Agents maritimes et consignataires de France, Armateurs de France, Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF), Association française des ports intérieurs (AFPI), Association France logistique, Entreprises fluviales de France (E2F), Fédération française des pilotes maritimes, Groupement national du transport combiné (GNTC), Transport et logistique de France (TLF Overseas), Union des ports de France (UPF) et Union nationale des industries de la manutention (UNIM). Business France, MGI, Soget, SNCF et VNF sont aussi associés à la démarche.

Le critère environnemental, absent des priorités

Pour évaluer la perception des différents acteurs économiques sur la compétitivité des ports qu’ils utilisent, Boston Consulting a interrogé 15 armateurs, agents maritimes et consignataires, 11 transitaires, commissionnaires et logisticiens et 14 chargeurs, tant à l’import qu’à l’export. Chacun devait classer les critères guidant le choix d’un port. Parmi les chargeurs, transitaires et commissionnaires, 71 % ont priorisé la « compétitivité prix de la prestation globale », 57 % la « fiabilité des services du port et des compagnies maritimes », 36 % la prise en compte de « phénomènes exceptionnels bloquant la marchandise » et 32 % la « compétitivité opérationnelle ». Ils n’étaient en revanche que 7 % à classer la « qualité des services de transbordement intermodal » dans le top 3 de leurs choix. Quant aux « enjeux environnementaux », ils ne figurent pas dans le haut de la liste. Personne ne les a considérés comme décisifs...

Du côté des armateurs et consignataires, c’est aussi la « compétitivité prix » qui vient en tête pour 73 % des personnes interrogées. 47 % des sondés considèrent aussi la « compétitivité opérationnelle » comme un argument capital.

Principale différence avec les chargeurs et transitaires : la « qualité des services de transbordement intermodal » qui est le troisième élément le plus apprécié des armateurs, puisque un tiers d’entre eux en font un arbitrage décisif dans le choix d’un port. Ils déclarent aussi une plus grande sensibilité environnementale même si seulement 13 % d’entre eux classent cet enjeu parmi les trois plus importants.

Étienne Berrier