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Du bois de rose, essence protégée, en provenance de la Gambie. L'alerte a été tirée par une ONG. CMA CGM y répond en interrompant ses trafics de bois depuis le pays d'Afrique de l'Ouest. Certes, des réglementations internationales existent pour protéger faune et flore. Mais pas de police mondiale pour empêcher les fraudes. À chaque maillon de la supply chain de prendre ses responsabilités.

Tout a commencé avec une enquête de l'ONG Environmental Investigation Agency, qui travaille depuis les années 1980 sur les espèces en voie d'extinction dans le monde et la déforestation. C'est sur ce dernier pan de leur action, et notamment du bois de rose illégalement exploité en Gambie et exporté tout aussi illégalement par voie maritime, que portait leurs derniers travaux.

Alertée sur le risque d'y charger des bois d'espèces protégées, CMA CGM a décidé de suspendre ces chargements depuis la Gambie, « parce que nous ne sommes pas en mesure de garantir qu'il ne s'agit pas de bois illégal », indique Joël Gentil, directeur RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et chargé notamment de l'environnement pour la compagnie. « Nous allons renforcer les procédures de contrôle sur les espèces protégées qui relèvent du la Convention CITES [Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, NDLR]. L'objectif pour nous est de ne pas contribuer à la déforestation. »

Liste noire des chargeurs peu scrupuleux

La compagnie attend désormais des chargeurs que, pour toute marchandise animale ou végétale, « ils déclarent expressément si l’espèce est couverte par la convention CITES et, le cas échéant, fournissent le permis requis à l’exportation ». CMA CGM compte aussi établir une liste noire des exportateurs suspectés de participer à ces trafics. Enfin, elle va sensibiliser ses agents commerciaux, aussi bien sur les marchandises concernées que sur les chargeurs peu scrupuleux. Sur ces derniers, une liste noire sera d'ailleurs établie.

« Parce qu'ils sont illégaux, ces trafics sont difficile à identifier », reconnaît le responsable. « Nous allons croiser les informations et être attentifs aux remontées des lanceurs d'alertes », comme cela a été le cas avec l'ONG EIA. Celle-ci, qui mène ses recherches sous couverture dans plusieurs régions du monde, a publié en juin le rapport sur la Gambie qui a mis en alerte CMA CGM.

Le bois de rose, Pterocarpus Erinaceus de son nom scientifique, est abattu au Sénégal et transite, « en violation d'une multitude de lois sénégalaises » selon l'ONG, par la Gambie d'où il est expédié essentiellement vers la Chine. Son exploitation illégale est telle qu'il a quasiment disparu de Casamance, sa région d'origine.

Recommandations auprès de l'UE

Très présente en Afrique de l'Ouest, l'ONG mené pendant quatre ans une enquête sur « La criminalité forestière au Gabon et en République du Congo ». Dans son rapport final, elle met en cause nommément le Groupe Dejia contrôlé par le magnat chinois Xu Gong De, retrace les circuits par lesquels les bois sont exportés jusqu'en Chine, mais aussi aux États-Unis et en Europe. « Le groupe a également introduit des centaines de milliers de tonnes de produits dérivés du bois dans plusieurs pays de l’UE pourtant dotés d’une législation qui interdit l’importation de bois illégal, notamment la France, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et la Grèce », indique son rapport. CMA CGM a pris les devants en coupant court aux exportations de bois depuis la Gambie.

Myriam Guillemaud Silenko