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Depuis quelques années, l’isthme centraméricain est affecté par des épisodes de forte sécheresse qui assèchent le lac alimentant ses écluses. Le niveau d'eau historiquement bas contraint le passage des navires. L'Autorité du canal de Panama impose depuis février une taxe sur l’eau, limite le nombre de passages et contingente les volumes. Elle vient de lancer un appel d’offres en vue de s’assurer un approvisionnement en eau pendant 50 ans.

Le canal de Panama est, avec Suez, l’une des deux voies royales de la navigation. Tous deux vantent un raccourci avantageux, entre Asie et Amérique du Nord et entre Asie et Europe. L’isthme centraméricain, long de 80 km, fait la jonction entre l'Atlantique et le Pacifique. Avant, les navires devaient éviter le continent américain en passant par les eaux turbulentes du cap Horn. Avec 5 % du trafic mondial en temps ordinaires, il reçoit plus de 12 000 navires par an et voit transiter chaque année 450 Mt de chargement, contribuant de façon non négligeable, à hauteur de 3,3 Md$ aux recettes de l’État, soit 20 % de son budget

Neuf ans de travaux et un investissement de 9 Md$ ont permis de venir à bout d’un nouveau jeu d’écluses en 2016, lequel a rendu possible le passage des porte-conteneurs de 14 000 EVP alors que seuls étaient éligibles des 5 000 EVP jusqu’alors. L’Autorité du canal de Panama procèdera ensuite, en 2018, à l’élargissement des écluses de façon à permettre cette fois le passage d’unités de 51,25 m de large, soit 20 rangées de conteneurs sur leur largeur en pontée.

Panama entre sécheresse et nouveaux travaux pharaoniques

Le drainage rendu nécessaire par la construction du nouveau jeu d’écluses ouvertes en 2016 a sans doute exacerbé la problématique en eau du canal ©ACP

Sans eau, pas de navires

Or, depuis quelques années, le succès commercial est compromis par un stress hydrique qui a fait baisser le niveau d’eau dans le lac Gatun, un lac artificiel créé lors de la construction du canal il y a plus de 100 ans, qui alimente les écluses du canal. Selon l'Autorité du canal de Panama (ACP), l’infrastructure n’a disposé que de 3 milliards de m3 cette année au lieu des 5,2 milliards de m3 qui sont nécessaires à son fonctionnement normal. La société du Canal de Panama a dû réduire en conséquence son trafic, de 32 à 27 passages quotidiens et appliquer une taxe.

Depuis février, pour l'eau nécessaire à l'alimentation des écluses lors de leur transit, tout navire en transit doit s’acquitter d’une surcharge qui peut atteindre 10 000 $ pour les plus grandes unités. Un non geste commercial dont ont conscience les gestionnaires. Pour Ricaurte Vasquez, qui a pris ses fonctions en septembre dernier en tant que nouvel administrateur du canal, le changement climatique est clairement une menace. La priorité pour lui est l'élaboration d'un plan pour assurer l'approvisionnement en eau. Car « sans eau, il n'y a pas de transit. »

Dans un récent avis, l'ACP a annoncé qu'à compter de cette semaine, le tirant d'eau maximal autorisé pour les navires transitant dans les écluses néo-panamax sera de 14,94 m (tirant d'eau en eau douce), sur la base des niveaux actuels et projetés du lac Gatun pour les prochaines semaines.

Penser plus loin

Au-delà, et jusqu’à présent, les autorités évoquaient plusieurs pistes, comme la construction d'une unité de désalinisation qui permettrait de transformer l'eau de mer en eau douce pour alimenter le lac et le canal, des forages dans les eaux souterraines, des barrages supplémentaires pour retenir l'eau voire des transvasements de rivières.

L’ACP vient de franchir une nouvelle étape en publiant un appel à candidatures en vue de présélectionner les soumissionnaires pour la conception, la construction et la mise en œuvre d'un système optimisé de gestion des ressources en eau. Les solutions devront garantir un approvisionnement en eau pour l'exploitation du canal et la consommation locale des provinces de Panama, Colon et Panama Ouest pour les 50 prochaines années.

 « Il est fondamental de garantir des niveaux d'eau durables et opérationnels pour la viabilité à long terme du canal de Panama. Les niveaux d'eau historiquement bas de ces dernières années n'ont fait que renforcer la nécessité d'adopter un plan global », a commenté Ricaurte Vásquez.
« En tant qu'investissement le plus important du canal depuis le canal élargi en 2016, je suis convaincu que cette décision permettra de préserver l'avenir de la voie navigable en tant que l'une des principales plaques tournantes du commerce mondial. Pour y parvenir, nous investissons dans un système novateur pour traiter efficacement la question de la quantité, de la qualité et du contrôle de l'eau », a-t-il ajouté.

Les parties intéressées ont jusqu’au 12 novembre pour se manifester et faire parvenir des informations financières et techniques, ainsi qu'un « plan d’execution du projet final ». Les présélectionnés, qui seront retenus avant la fin de l’année, recevront alors le cahier des charges. Ils devront faire parvenir leur proposition de valeur avant le dernier trimestre 2021.

Adeline Descamps