Le site d'ArcelorMittal Méditerranée à Fos-sur-Mer. ©DR

Réduction de voilure pour le sidérurgiste européen. ArcelorMittal Méditerranée a annoncé le 3 novembre l’arrêt temporaire d’un des hauts-fourneaux en raison du contexte économique, de la flambée des prix de l’énergie et de la hausse des importations d’acier en Europe.

Un nouveau coup porté aux vracs solides du port de Marseille Fos, dont les trafics (9,9 Mt en 2020, 8 Mt en 2021) dépendent en grande partie de l’activité de filiale méditerranéenne du sidérurgiste européen sur son site de Fos-sur-Mer. ArcelorMittal Méditerranée a annoncé le 3 novembre aux représentants du personnel du site de Fos-sur-Mer, réunis en comité social et économique (CSE) extraordinaire, une organisation temporaire avec un seul haut-fourneau au lieu de deux à compter de décembre 2022. L’entreprise justifie sa décision en raison d’un « contexte macro-économique fortement dégradé, couplé à un impact majeur de la flambée des prix de l’énergie et à une hausse des importations d’acier en Europe ».

Cette décision est accompagnée de mesures d’activité partielle à compter de début décembre, ajoute l’entreprise, « pour adapter le temps de travail d’une partie du personnel, à hauteur d’un jour par semaine maximum ». 

Ralentissement général

Le site de Fos-sur-Mer est donc à son tour impacté par le ralentissement de la demande d’acier alors qu’en septembre, le deuxième sidérurgiste mondial avait déjà annoncé l'arrêt de ses hauts-fourneaux dans deux de ses usines en Allemagne et en Espagne ainsi que des « ajustements » à Dunkerque, Florange et Fos-sur-Mer.

Frappé par le ralentissement de l'industrie automobile, principal moteur de l'industrie sidérurgique, et une demande globalement faible, l’aciériste européen, qui comptait 16 hauts-fourneaux en Europe fin 2021, doit composer depuis plusieurs mois avec les coûts élevés du gaz et de l'électricité et de CO2 (Arcelor est intégré dans le système d’échanges européen de quotas, SCEQE ou ETS) face à des produits d'importation à bas coût qui ne sont pas soumis aux exigences des réglementations européennes en matière d'émissions de CO2.

Raison pour laquelle l’entreprise milite en faveur de la mise en œuvre rapide « d’un mécanisme d'ajustement frontalier lié au carbone qui établisse un cadre dans lequel chaque région, chaque pays, devra contribuer équitablement ». La mesure est prévue par la feuille de route climatique de l’UE (Fit for 55).

En France, deux des trois hauts-fourneaux sont déjà à l'arrêt à Dunkerque, l'un pour maintenance et l'autre depuis juillet dans le cadre de la décarbonation du site. Le seul en activité (le n°4) représente toutefois la moitié de la capacité de production du site de Dunkerque avec ses 10 500 t journaliers. Le groupe avait annoncé aussi en septembre l’arrêt d’une chaîne d’agglomération et de deux lignes de galvanisation dans le port nordiste tandis que les opérations d'acier plat (sept sites en France, 7 000 personnes) à Florange et Dunkerque étaient en outre touchées.

En souffrance à Marseille

Le trafic de vracs solides souffre à Marseille dont les causes du mal sont plus profondes que conjoncturelles, en lien avec des transitions énergétiques. ArcelorMittal Méditerranée, qui produisait 3,7 Mt d'acier avant la pandémie, est engagé à moyen terme dans le verdissement de ses process industriels.

Quant à Alteo, le spécialiste de l'alumine de spécialité, basé à Gardanne, a trouvé son repreneur en 2021 mais le process de production du guinéen United Mining Supply ne nécessite plus d'importation de bauxite (1 Mt à l’import pour Fos avant le dépôt de bilan d’Alteo en 2019), remplacé par de l’hydrate d’alumine, qui ne généreront pas autant de trafics pour le port (estimé à 200 000 à 300 000 t par an). 

Ces manques à gagner ont fragilisé un peu plus les terminaux qui devaient déjà assimiler la fermeture de la centrale à charbon de Gardanne d’ici 2024. Une situation qui a contraint le port à repositionner certains trafics et à reconfigurer ses installations.

« ArcelorMittal Méditerranée continuera ses investissements de moyen terme pour assurer la pérennité du site et préparer l’accélération de la décarbonation », indique le communiqué, faisant référence à son projet CAP25. « Dès que les conditions de marché le permettront, nous relancerons une marche à deux hauts-fourneaux à Fos », assure Bruno Ribo, directeur d’ArcelorMittal Méditerranée.

Adeline Descamps