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Selon les données de l'Autorité du canal de Suez, les transits de pétroliers et de vraquiers sont en hausse considérable. Un anomalie du marché au regard des conditions difficiles dans lequel opère le transport maritime qui vient de subir une « triple bastonnade » selon les termes de l’organisation maritime internationale Bimco. 

Il n’a plus les préférences des porte-conteneurs mais a gardé toutes les faveurs des navires-citernes. Les premiers ont jeté leur dévolu sur le Cap de Bonne-Espérance pour éviter d’avoir à payer les onéreux péages mais aussi profité d’un pétrole, qui au prix où il est offert, permet les grands détours. Surtout pour les voyages au retour. Au total, 485 transporteurs de produits liquides, dont 390 pétroliers ont transité par le canal de Suez en mai, établissant un nouveau record pour ce segment, indique Bimco. Dans une nouvelle analyse, l’organisation maritime des armateurs et propriétaires de flotte « fait parler » les 6 166 navires ayant franchi l’infrastructure égyptienne en cinq mois.

Avec un fuel au plus bas, les routes maritimes peuvent se repenser

Les navires transportant du vrac liquide ont représenté environ les trois-quarts des transits depuis le début de l’année. Le Bimco y voit le reflet de la demande croissante de fuel à faible teneur en soufre, qui, avec la guerre des prix du pétrole et la flambée des taux qui s'en est suivie, a fait augmenter le niveau d'activité des tankers.

Dans le même temps, entre janvier et mai, les passages de porte-conteneurs ont baissé de 15 % par rapport à la même période en 2019. « Les blank sailing ont poussé la flotte inactive à des niveaux records ces derniers mois. En conséquence, les transits de porte-conteneurs ont chuté de 32 % en mai par rapport à l'année précédente pour s'établir à un niveau historiquement bas de 330 passages », décrypte l’association.

Les armateurs de tankers font indécemment fortune

Transits par le canal de Suez selon la catégorie de navires – porte-conteneurs, vraquiers et tankers – entre janvier et mai 2020.

(Source : Bimco, sur la base des données du gestionnaire du Canal de Suez et de l’agence Leth)

 

Les vraquiers en hausse

Les transits des vraquiers sont également en hausse de 42 %, à 2 116 au cours des cinq premiers mois, soit 621 de plus que l’année précédente. La moitié étaient des panamax, contre 44 % à la même période l'année dernière. « C’est une énigme si l'on considère les difficultés auxquelles les vraquiers secs sont confrontés depuis de l’année, indique l’association. Une partie de l'explication pourrait résider dans les ristournes accordées aux vraquiers mais aussi dans la nouvelle réglementation environnementale (IMO 2020) sur le soufre qui, dans les premiers mois de l’année, a fait grimper les coûts de soute et incité les transporteurs à réduire les distances de navigation pour économiser sur ce poste ».

Le passage par le cap de Bonne-Espérance : mauvais signal ?

En élargissant la focale à la dernière décennie, les transits de porte-conteneurs par Suez n'ont en fait cessé de diminuer. « La moyenne mensuelle a atteint un pic en 2011, à 602 par mois, à l'époque le plus important des trois principaux segments, pour retomber à un creux de 437 en 2016 ».

La recherche incessante de réductions de coûts par des économies d'échelle dans le secteur explique en partie cette tendance. L’introduction de porte-conteneurs de plus en plus grands sur la route commerciale la plus empruntée Asie-Europe pousse progressivement les petits navires vers la sortie. « Cela a pour effet de diminuer nominalement le nombre de porte-conteneurs transitant par Suez, même si le nombre total d'EVP transportés augmente ».

Le Bimco reste serein quand bien même le transport maritime vient de subir une « une triple bastonnade » : le verrouillage de la Chine et les perturbations de la chaîne d'approvisionnement intra-asiatique dans un premier temps, l’arrêt de la production et chute de la consommation mondiales ensuite, et enfin les dégâts collatéraux (chômage massif, récession, etc.) pas encore tous mesurés...

« Au cours de la dernière décennie, les pays en développement d'Asie ont été l'un des principaux moteurs de la croissance des importations par voie maritime, une tendance qui devrait raisonnablement se poursuivre au cours de la prochaine décennie. En supposant que l'économie mondiale se remette progressivement du choc de la pandémie et que les murs protectionnistes ne soient pas construits beaucoup plus haut, il est probable que le commerce mondial continuera de croître, au grand bénéfice du canal de Suez ».

Adeline Descamps

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