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Vingt jours après le premier vol commercial opéré avec ses deux premiers cargos A330-200F entre Liège et Chicago, CMA CGM Air Cargo propose une seconde desserte, toujours au départ de Liège, vers New York et Atlanta à compter du 28 mars avec deux autres freighters.

L’armateur français de porte-conteneurs avait annoncé le 12 février la création d’une division spécialisée dans le fret aérien – CMA CGM Air Cargo – armée d’une flotte de quatre A330-200F, détenue en propre et acquis auprès de la filiale cargo de Qatar Airways. Pour ses premiers pas dans l’aérien, la gestion a été confiée à Air Belgium, basé à Liège (septième plus grand aéroport européen pour le transport des marchandises avec plus d’un 1 Mt). Relativement bien desservi par des liaisons intermodales, 73 % du fret européen du triangle Amsterdam, Paris, Francfort y transitent, selon les données aéroportuaires.

Ce sont aussi des aéroports bien connectés à leur hinterland que vise CMA CGM outre-Atlantique. Le transporteur maritime a calmé quelques inquiétudes chez les transitaires en commercialisant une partie de sa capacité via la plateforme de réservation de CargoAi. Les transitaires pouvaient en effet se montrer réticents à l’idée d’acheter de la capacité sur un avion qu’ils pouvaient considérer comme un « avion Ceva », en l’occurrence celui d’un concurrent.

L’armateur français a signé un accord de réservation d’espaces à bord de ses avions (blocked space agreement) avec sa filiale Ceva Logistics, garantissant à sa filiale commissionnaire un volume de chargement déterminé sur chaque vol, qu'il soit entièrement occupé ou non. Ce qui faisait craindre une priorité absolue donnée à Ceva. La commercialisation des soutes restantes a été confiée au général sale agent (GSA), European Cargo Services, basé à Roissy.

Vingt jours après le premier vol commercial opéré avec ses deux premiers cargos A330-200F entre Liège et Chicago, CMA CGM Air Cargo propose une seconde desserte, toujours au départ de Liège, vers New York et Atlanta à compter du 28 mars avec deux autres freighters.

Concurrence dans le fret aérien 

Le fret aérien cargo est en pleine effervescence. Avec la réduction du nombre de vols internationaux de passagers, la disponibilité de l'espace de fret est réduite, ce qui stimule la demande pour des vols cargo dédiés. Ainsi, la plupart des grandes compagnies passagers utilisent des avions de passagers immobilisés pour des vols de fret uniquement. La compagnie allemande Lufthansa assure ainsi des vols cargo entre Atlanta et Francfort ainsi que la demande de fret ont poussé Delta à reprendre les vols Atlanta-Francfort l'année dernière. Air Canada est en train de se doter d’une flotte d'avions cargo purs.

Encore plus que dans le maritime, volatilité et incertitude caractérisent le fret aérien et les analystes ainsi que les professionnels de la logistique affirment que la capacité extrêmement réduite et les taux de fret élevés vont perdurer au moins jusqu’à l’automne prochain. En attendant, trouver de l’espace disponible relève de la gageure.

Forte demande et sous-capacités

La forte demande des détaillants exerce une pression sur le fret aérien international qui se trouve toujours à environ 20 % en dessous de sa capacité normale en raison des restrictions de voyages en vigueur partout dans le monde. Les transporteurs aériens donneraient la priorité aux clients « prêts à payer un supplément pour un service plus rapide » (le délai entre la réservation et l'enlèvement peut atteindre dix jours, à moins que les expéditeurs n'optent pour un service express). Parmi ces clients prêts au premium figurent les e-commerçants, les constructeurs automobiles et les fabricants de produits pharmaceutiques. Pour garantir de l’espace à leurs clients, les prestataires de services logistiques n’hésiteraient plus à affréter des chargements complets. 

Au cours des deux dernières semaines, le volume mondial de fret aérien a augmenté de 14 %, et la capacité s'est érodée d'environ 3,5 % selon World ACD qui compile les données de marché des compagnies aériennes. À l'échelle mondiale, les tarifs sont 84 % plus élevés qu'il y a un an.

Faiblesse des capacités maritimes

La demande au départ de l'Europe a augmenté de plus de 30 % depuis le début de l'année. Les ventes record au détail et le commerce international exceptionnellement élevé depuis l'été dernier résultent du déplacement des dépenses de consommation des services vers les biens de consommation. Le tout, alimenté par le commerce électronique qui a augmenté de plus de 40 % aux États-Unis en 2020. Les chèques Biden de 1 400 $ distribués par le gouvernement américain devraient stimuler encore la demande. 

La faiblesse des capacités de transport maritime, qui rend la réservation d’un conteneur extrêmement délicate, la congestion des ports et les tarifs qui flambent (de plus de 200 % par rapport à l'année dernière entre la Chine et la côte ouest des États-Unis) font le jeu du cargo aérien, en particulier pour les marchandises dont la durée de conservation est courte ou dont la valeur diminue avec le temps. 

L'indice des directeurs de la logistique montre que les coûts du transport de marchandises, de l'entreposage et des stocks devraient tous continuer à augmenter, même si des capacités maritimes et aériennes supplémentaires entrent sur le marché.

Adeline Descamps