L’armateur français a annoncé le 17 décembre que la série des cinq porte-conteneurs de 15 000 EVP, détenus en propriété et qu’elle doit réceptionner en 2021, seront enregistrés sous le Rif. Comme les neuf gros-porteurs de 23 000 EVP également propulsés au GNL, ils seront alimentés en gaz naturel liquéfié par Total mais, ceux-là à Marseille Fos, une fois les infrastructures disponibles. 

L'armement tricolore vient donc d’annoncer la mise sous pavillon national des cinq porte-conteneurs (en propriété) de 15 000 EVP au GNL qu’il doit réceptionner d’ici 2022. Les dénommés Patagonia, Kimberley, Everglade, Galapagos et Greenland – en clin d’œil à quelques sites naturels emblématiques – rejoindront la Mediterranean Club Express (MEX), ligne reliant l’Asie au Moyen-Orient et au sud de l’Europe. 

Ils seront alimentés en GNL par Total Marine Fuels Global Solutions (TFMGS) avec lequel CMA CGM a signé un contrat de dix ans et avitaillés par le sistership du Gaz Agility (le souteur qui avitaille les géants de 23 000 EVP de CMA CGM à Rotterdam) à partir des terminaux de Marseille Fos, une fois les infrastructures disponibles « d’ici décembre 2021 ». 

CMA CGM sera donc aussi le premier client « GNL » de Total en Méditerranée. Rodolphe Saadé le PDG du groupe CMA CGM l’avait annoncé en septembre 2019 à l'occasion du baptême de la « promotion Jacques Saadé » de l’ENSM dans ses murs.

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Des enjeux

Dans moins d’un an, la compagnie nationale aura donc 40 navires sous le Rif, soit la moitié du total immatriculé sous le registre international français. Au 1er juillet 2020, dernière statistique établie, le nombre de navires sous pavillon tricolore avait dépassé son plus niveau historique en jauge : 354 navires pour une jauge brute de 5 832 923. Mais il le doit surtout à la plaisance professionnelle. Dans la catégorie marchande (navires-citernes, vraquiers, porte-conteneurs, navires à passagers…), ils sont au nombre de 94 (26,5 % de la flotte en unités et 95,3 % de la jauge).

Mais deux signaux viennent conforter le pavillon français : il vient d’enregistrer six gaziers alors que la dernière fois que le drapeau s’était hissé sur ces navires est un très vieux souvenir. Et pendant une petite année, il accueillera un porte-conteneur chaque mois, au rythme des livraisons de CMA CGM : ses neuf porte-conteneurs de 23 000 EVP et les cinq en propriété de 15 000 EVP, objet de son annonce du 17 décembre.

Cela sera bien perçu en haut lieu à l’heure où la compétitivité est passée dans le langage courant et celle de l’immatriculation française des navires comme un outil d’influence et un enjeu pour l'indépendance d'un pays (sûreté des espaces maritimes, sécurité stratégique des approvisionnements...). Le Ministère de la Mer en a fait un des axes du Fontenoy du Maritime, cette consultation à grande échelle de tous les partenaires qui doit déboucher sur un « accord de compétitivité ». 

Annick Girardin veut un Rif au service des usagers

Surcoûts

Lors de sa visite, mi-novembre, au guichet unique du Rif, basé à Marseille, Annick Girardin avait insisté sur la promotion du drapeau français et pour elle, cela part d’une réponse adaptée aux besoins des usagers. « Le meilleur vecteur de promotion, c'est le service qui est rendu aux armateurs ».

Les armateurs nationaux jouent plutôt « le jeu » dans leurs segments respectifs en proportion de leur flotte : CMA-CGM, Brittany Ferries (10 navires), Ponant (12), Socatra (10) LDA dans la pose de câbles sous-marins et l’assistance à l’éolien (4), Gazocean (4), Compagnie maritime nantaise (Sogestran, 5 navires), Corsica Linea (8), La Méridionale (3)…

La création du Rif, il y a plus de 15 ans, a permis de contenir l’érosion vers les registres d’immatriculation étrangers. Mais le nombre d’immatriculations reste trois à quatre fois moins élevé que dans de nombreux pays européens, vingt fois moins que dans certains pays dans le monde. Selon l’Institut of shipping, economics and logistics (ISL), la flotte française se situe au 1er janvier 2020 au 28e rang mondial en termes de taille et au 23e pour sa flotte contrôlée. Toutefois, après une période difficile dans les années 2014-2018, le pavillon français repart de l’avant. La création du guichet unique, porte d’entrée unique pour la francisation et l’immatriculation, y a contribué.

En dépit de ses avantages fiscaux tant pour les marins que pour les armateurs, de ses garanties en termes de sécurité et de sûreté des navires, le surcoût lié au drapeau français est dissuasif. Un dirigeant de CMA CGM avait admis qu’il se situait autour de 700 K€ par navire.

Les dix premiers pays d’armateurs pour la valeur de leur flotte

Bonne nouvelle pour l’emploi

C’est une bonne nouvelle pour le pavillon français mais aussi pour l’emploi alors que la pénurie d’officiers français est un vrai sujet. Il faudrait former entre 200 et 250 officiers dans les deux ans, selon les professionnels.

CMA CGM indique pour sa part « avoir mis en place un programme de formation en partenariat avec l’ENSM, pour les équipages des navires au GNL et travaille avec l’État pour développer des formations spécifiques ». La formation d’un équipage complet sur un porte-conteneurs au GNL nécessite 570 jours de formation et dure environ un an pour les officiers principaux. « 160 marins français ont déjà été certifiés – 200 autres suivront - aux règles du Recueil international de règles de sécurité applicables aux navires qui utilisent des gaz ou d’autres combustibles à faible point éclair ». L’armateur devrait d’ailleurs de ce point de vue joue un rôle dans le développement des compétences liées au GNL.

Adeline Descamps