Les deux sociétés modifient déjà leur accord initial de "statu quo" en raison d’une "proposition non sollicitée" qu’a reçue le logisticien néerlandais d'acquérir la société. Du coup, le transporteur accroit sa présence avec effet immédiat.

CMA CGM et Ceva Logistics ont à peine eu le temps de préciser les modalités par lesquelles elles comptaient « explorer de possibles opportunités de travailler ensemble au développement d’offres commerciales conjointes », comme la compagnie maritime l’annonçait en avril dernier lorsqu’elle a acquis 24,99 % du capital du spécialiste de la logistique basé à Hoofddorp aux Pays-bas. Les deux sociétés modifient déjà leur accord initial de « statu quo » (l’armateur ne devait pas monter au-delà des 24,99 % avant le 5 novembre) en raison d’une « proposition non sollicitée » qu’a reçue le logisticien néerlandais d'acquérir la société au prix de CHF 27,75 par action en espèces (24,32 €).

La proposition, qui « sous-estime significativement les perspectives de Ceva en tant qu'entreprise indépendante »mais aussi  « le partenaire stratégique » qu’est le 4e armement mondial, a été rejetée "à l'unanimité" par le conseil d'administration, jugeant qu'elle n'était pas dans « l' intérêt de la société et de ses actionnaires ». Du coup, il a été convenu que le transporteur monte au capital à hauteur d'un tiers des droits de vote de CEVA Logistics avec effet immédiat.

Réduire l’endettement

Toutes les autres obligations de CMA CGM (telles que rendues publiques dans le prospectus d'introduction en bourse) restent en vigueur, en particulier celle d'apporter ses actions à une offre publique d'achat par un tiers si le conseil d'administration le recommande, sauf si l’armateur français lance une offre supérieure. Par ailleurs, la compagnie maritime s'est engagée, sous certaines conditions, à ne pas lancer ou déclencher une offre sans la recommandation du conseil d'administration dans les six prochains mois (autre qu'une offre supérieure à une autre offre).

Dans un communiqué en date du 11 octobre, l’armateur français réaffirme sa volonté de consolider l’assise de Ceva et de lui apporter son « expertise opérationnelle » pour renforcer « sa gestion et l'aider ainsi à réaliser son plan de redressement plus rapidement et plus efficacement ». En 2014, Ceva a en effet engagé en 2014 un plan de transformation, afin de retrouver le chemin de la rentabilité. Le produit de l’augmentation de capital de Ceva devait d’ailleurs être alloué à son désendettement, avec un objectif de 2,5 à 3 fois son Ebitda ajusté. Son résultat net est déficitaire de plus de 95 M€ et sa dette atteint 965,10 M€.

Acquisition 

En avril dernier, pour justifier sa montée au capital via la souscription d’une émission d’obligations convertibles pour un montant estimé entre 380 et 450 millions CHF (soit 333 et 394 M€), l’armement français indiquait vouloir « accroître son empreinte dans le secteur logistique ». Avec cette opération, il mettait la main sur le n°5 mondial de la logistique contractuelle et n°10 du freight forwarding. Le groupe (6,41 Md€ de CA, 56 000 personnes) est ancré dans 160 pays (avec une forte présence en Asie) à travers 9 millions de m2 d'entrepôts et travaillent pour les acteurs industriels (automobile, aéronautique), du retail et e-commerce ou encore des technologies et de la santé. Ce n'était toutefois pas la première fois que CMA CGM cherchait à se positionner sur le segment. En 2004, le groupe marseillais avait pris 80 % du capital de Qualitair & Sea. Mais la PME française avait retrouvé son indépendance trois ans plus tard.

La compagnie maritime était montée au capital de Ceva à la suite de la volonté d’un des actionnaires de référence, Apollo Global Management (22 % des parts) aux côtés de Capital Research and Management Company et Franklin Advisors (respectivement 22 % et 25 % des titres), de se désengager. Cette annonce intervient alors qu’il y a quelques jours CMA-CGM annonçait qu’un de ses cadres dirigeants, Serge Corbel – « plus de 25 ans d’expérience avec le groupe de shipping mondial » - allait remplacer Peter Waller comme nouveau directeur financier à compter du 15 octobre. Peter Waller a été un des artisans de l’IPO (entrée en bourse) du transitaire et logisticien sur le SIX Swiss Exchange.--

--- Adeline Descamps ---