Les dernières escales à Saint-Petersburg sont prévues entre le 31 mai et le 3 juin avec le Delphis Gdansk.©VesselJoin

Le numéro quatre mondial du transport maritime de conteneurs était le dernier parmi les grands armateurs à ne pas avoir suspendu ses services vers la Russie. Il cède. Exclue du système financier international, son brut blâmé, ses navires interdits d’accès aux ports du bloc occidental, la Russie est désormais désertée par les lignes maritimes régulières.

Plus de trois mois après ses pairs, Cosco renonce à son tour à desservir les ports russes en fermant son service RFS Europe du Nord-Russie. Sa filiale intra-européenne Diamond Line exploitera les navires libérés par cette suppression sur deux nouvelles boucles depuis/vers la Finlande au départ de Rotterdam et de Hambourg, précise Alphaliner

Le RFS opérait en deux semaines avec deux navires de classe glace 1A de 1 924 EVP affrétés par Delphis au départ du hub européen de Cosco à Zeebrugge, et desservait uniquement Hambourg avant Saint-Pétersbourg. Les dernières escales dans le port russe sont prévues entre le 31 mai et le 3 juin avec le Delphis Gdansk

Ce navire sera ensuite redéployé dans le cadre d’un nouveau service Allemagne du Nord-Finlande (Hambourg, Gdansk, Kotka, Helsinki, Gdansk, Bremerhaven, Hambourg) qui se substituera au HRF actuel. Le tronçon Rotterdam-Finlande de cette ligne est récupéré par le nouveau RFS3, exploité par le transporteur chinois avec sa filiale de Hong Kong, OOCL. La boucle baltique, opéré par deux petits navires (1 000 EVP) effectue la rotation entre Rotterdam, Helsinki et Kotka. 

Ennemi public international

Isolée financièrement, son brut boudé, ses navires interdits d’accès aux ports du bloc occidental (UE, États-Unis, Royaume-Uni), ses ports désertés par les lignes maritimes régulières, la Russie est désormais placé au rang d’ennemi public du transport et de la logistique internationale. 

Les principaux transporteurs maritimes de conteneurs avaient interrompu leurs réservations à destination de la Russie dans les premiers jours qui ont suivi l'invasion de l'Ukraine. Si certains services ont été maintenus, ils l’ont été pour écluser les derniers engagements de transport et pour récupérer les conteneurs vides.   

Selon Alphaliner, le Voga Maersk, d'une capacité de 3 596 EVP, a fait sa dernière escale à Saint-Pétersbourg le 29 avril. Dans la semaine qui avait précédé, quatre de ses sisterships – les Venta Maersk, Vayenga Maersk, Vuoksi Maersk et Vaga Maersk – l’avaient d’ailleurs sollicité pour évacuer des conteneurs vides vers des ports d'Europe du Nord. 

Vladivostok, relativement épargné jusqu’en mai

En mai, les données de suivi sur la position des navires indiquaient que les escales de porte-conteneurs à Saint-Pétersbourg et Novorossiysk étaient limitées à des petits porte-conteneurs d'une capacité inférieure à 1 000 EVP opérés par des indépendants et à des navires de marchandises diverses de moins de 500 EVP. 

Selon VesselsValue, au cours des neuf semaines qui ont suivi l'invasion (jusqu'à la première semaine de mai), les escales hebdomadaires ont diminué de 38 % par rapport aux neuf semaines précédant l'invasion. 

Elle est essentiellement liée à la chute de 55 % des escales dans les ports européens de la Russie. Selon la société britannique, seules quatre arrivées avaient été enregistrées à Novorossiysk au cours de la première semaine de mai.  

Dans le même temps, les porte-conteneurs ont continué d’affluer à Vladivostok, la porte d'entrée russe pour les conteneurs,  relativement épargnée. Elles n'ont baissé « que » de 9 % depuis l'invasion. 

Économie au bord de la récession

La gamme des biens de consommation disponibles s’est en conséquence nettement réduit tandis que les stocks de matières premières et de composants étrangers essentiels aux entreprises russes s’assèchent, avait alerté en mai Elvira Nabiullina, la présidente de la Banque centrale de Russie, qui vient d’abaisser une nouvelle fois son taux directeur à 11 %. 

Les risques inflationnistes s'atténuent mais l'économie se dirige vers une contraction, vient de signifier l’ancienne conseillère économique de Vladimir Poutine. Toutefois, si les conditions extérieures pour l'économie russe sont toujours difficiles, les risques pour la stabilité financière auraient diminué. 

Le président Vladimir Poutine a ordonné ces derniers jours une augmentation de 10 % des pensions et du salaire minimum pour protéger la population russe de l'inflation. 

Adeline Descamps