Norwegian Cruise a suspendu tous les voyages entre le 13 mars et le 11 avril au niveau mondial. ©DR

 

Des compagnies ont volontairement suspendu leurs opérations internationales pendant un mois. L’épidémie, qui touche désormais un grand nombre de pays, est une lame de fond pour le secteur, sabré dans sa dynamique. L’industrie de la croisière visait 32 millions de passagers au niveau mondial en 2020.

La croisière suspend son envol. Comme un symbole, la grand-messe du secteur, le Seatrade, qui devait se tenir à Miami du 20 au 23 avril, est reportée pour des « raisons de santé publique ». Ce n’était de toute façon plus tenable. La ville de Miami avait indiqué la semaine dernière qu'elle ne délivrait plus de visas pour les participants étrangers participant à des congrès et salons pour les 30 prochains jours. L'administration Trump a imposé, pour sa part, une interdiction temporaire de voyager aux ressortissants de la plupart des pays européens. Or, les grands chantiers navals de paquebots - Fincantieri, Chantiers de l'Atlantique, Meyer Werft, MV Werften à Gand - ainsi que les équipementiers sont pour la plupart situés en Europe.

L’industrie de la croisière vit un drôle de moment et en pleine ascension, elle n’avait sans doute plus connu pareille situation depuis le 11 septembre 2001. Ces derniers jours, les choses se sont accélérées. Jusqu’à présent, le premier secteur touché par l’épidémie avait réagi par des mesures durcissant ses conditions d’accueil à bord : refuser l'embarquement à toute personne ayant voyagé, visité ou transité par des destinations considérées comme des foyers de contamination, dans les 14 jours précédant l'embarquement ; refus d’embarquer des passagers ayant présenté des symptômes (fièvre, toux, difficultés respiratoires) dans les 14 jours précédant l'embarquement ; prise de température lors de l'embarquement initial ; refus d’embarquer toutes personnes qui, dans les 14 jours précédant l'embarquement, ont été en contact ou ont aidé à soigner, une personne suspectée ou diagnostiquée positive au covid-19 ou objet d'une surveillance médicale…

L’inéluctable

Elles ont ensuite progressivement fait part d’annulations de traversées et/ou de modifications d’itinéraires. Après l’annonce le 11 mars de l’OMS classant l'épidémie en pandémie, certaines compagnies de croisières, et non des moindres, ont décidé, en accord avec le syndicat professionnel qui les représente, de se retirer du marché. Elles n’envisageaient pourtant pas, il y a encore quelques jours, de désarmer bien que la mise hors service d'un navire permettrait de réduire les coûts fixes d'exploitation de 20 à 25 %, selon les analystes.

Les croisiéristes devancent en fait l’inéluctable. La liste des ports mondiaux interdisant l’accueil de croisiéristes s’allongent. Les destinations se restreignent du fait du renforcement des mesures de confinement, de l’accélération de la transmission de la maladie et de l'apparition de nouveaux foyers. Les recommandations des États à leurs ressortissants de ne pas voyager à l'étranger sont aussi particulièrement dissuasives. L’Espagne et l’Italie ont ainsi annoncé l'interdiction des escales de croisière dans leurs ports entre le 13 et le 26 mars, avec une exemption pour les navires débarquant des passagers.

Interdits de séjour

Quand il n’existe pas encore de directive nationale, ce sont les ports qui agissent. Comme en Norvège, où Bergen et Stavanger qui ne permettent plus aux passagers de débarquer. Le paquebot AIDaAura a du sauter l’escale avant de rallier son port d'attache, Hambourg. Les mesures édictées par les autorités portuaires émiraties ont de même contraint Celebrity Cruises à ajourner la croisière du Celebrity Constellation.

En Inde, le port de Chennai a émis une interdiction « préventive » sur les « navires de croisière internationale non programmés », c’est-à-dire tous les navires qui n'avaient pas déclaré leur intention de faire escale à Chennai avant le 1er janvier. Taiwan avait interdit l’accès aux paquebots dès le début du mois de février, suite à l’épisode du Diamond Princess. Le paquebot, qui avait fait escale à Keelung, était arraisonné quatre jours plus tard à Yokohama, dix passagers ayant d'abord été testés positifs puis 700 diagnostiqués au cours des deux semaines de quarantaine à bord du navire.

Retrait du marché américain

La décision la plus emblématique concerne le retrait unilatéral du marché américain. Le 13 mars, le président américain Donald Trump a déclaré avoir demandé à quatre grands opérateurs - Carnival, Royal Caribbean, Norwegian et MSC – de suspendre volontairement leurs activités dans les ports américains pour une période de 30 jours. Norwegian Cruise Line Holdings - société-mère de Norwegian Cruise Line, Oceania Cruises et Regent Seven Seas Cruises - a fait savoir dans la foulée qu'elle suspendait tous les voyages entre le 13 mars et le 11 avril au niveau mondial. Jusqu'à présent, la compagnie n'a enregistré aucun cas positif à bord des 28 navires de ses marques.

La compagnie italo-suisse MSC, engagée dans un important programme de construction de nouveaux paquebots, se voit ainsi contrainte de mettre hors-service plusieurs de ses unités pendant plusieurs semaines. Elle a déjà condamné les croisières du MSC Bellissima et du MSC Lirica à partir du 14 mars en raison des restrictions de voyage imposées par les Émirats arabes unis à ses ressortissants. En Méditerranée, la compagnie a suspendu également le MSC Opera du 10 mars au 21 avril. Dans les Caraïbes, plusieurs de ses navires (MSC Seaside, MSC Divina, MSC Meraviglia) avaient dû modifier leurs itinéraires après s'être vu refuser l'entrée à Ocho Rios, en Jamaïque. 

D’autres font part de mesures radicales similaires. Windstar Cruises (six paquebots), un opérateur positionné sur le créneau, a annoncé qu'il suspendait ses voyages du 14 mars à la fin du mois d'avril. En plus des annulations opérées par ses marques AIDA et Costa, le groupe américain Carnival a annoncé le 13 mars que Carnival Cruise Line, Cunard North America, Holland America Line et Seabourn suspendront aussi leurs activités mondiales pendant un mois. Viking a également annulé toutes les croisières maritimes et fluviales jusqu'au 1er mai.

Moins radicales 

Le Norwegian Spirit ne sera pas aperçu non plus en Asie entre le 15 avril et le 7 décembre 2020. Il devrait être redéployé en Méditerranée, au départ d’Athènes à partir du 19 avril. En outre, toutes les traversées du Norwegian Spirit entre le 21 décembre 2020 et le 12 mars 2021, prévues en Asie, ont également été supprimées. Après avoir supprimé 10 croisières en Asie du Spectrum of the Seas, Royal Caribbean a également condamné toutes celles du Quantum of the Seas jusqu'à la fin avril.

La seule compagnie française de croisière Ponant n’a pour l’heure pas indiqué de changements d’itinéraires.

La Clia ne s’est pas encore aventurée à chiffrer le coût pour le secteur – sachant que les compagnies ont réglé les frais de retour des passagers débarqués, en plus du remboursement intégral de la croisière, majoré et d’un crédit pour une nouvelle croisière – mais l’onde de choc s’était déjà répercutée sur les marchés financiers, surtout après l’annonce du secrétariat d’État américain enjoignant ses citoyens à ne pas voyager en croisière. Parmi les principales sociétés cotées en bourse, l’action Royal Caribbean a fondu (- 21,6 Md$ en un an). Carnival n’échappe pas non plus à la sanction des marchés avec une dépréciation peu ou prou similaire. Royal Caribbean Cruises a pris la mesure en abondant ses liquidités, à hauteur de 550 M$. 

Quand le marché repartira

Des craintes percent déjà sur l’après-crise, alimentées par certaines décisions. Le Canada a décidé de restreindre les géants des mers de plus de 500 passagers dans ses ports du 2 avril au 1er juillet. La mesure inquiète particulièrement Seattle mais au delà, ce marché dessert plus d'un million de passagers par an. Dans le même temps, des destinations clés en Méditerranée pourraient aussi limiter ou interdire les croisières en haute saison touristique estivale. Avant le Covid-19, l’Italie semblait s’y résoudre.

Adeline Descamps

 


Fincantieri suspend ses activités dans ses chantiers navals italiens pendant 14 jours

Le groupe de construction navale italien va fermer ses sites italiens (Monfalcone, Marghera, Ancône, Sestri Ponente, La Spezzia, Palerme et Castellammare di Stabia) pendant deux semaines, du 16 au 29 mars, afin de « répondre aux restrictions imposées par les autorités sanitaires italiennes ». Une demande qu’avaient formulée les syndicats. Une fois la situation normalisée, Fincantieri indique qu’il redémarrera à plein régime « afin de préserver l’intégrité économique de l’entreprise, préserver les emplois et de respecter les dates de livraisons ».