©Camille Moirenc

En amont de la reprise officielle prévue le 4 juillet en France, le MSC Seaside a effectué au départ du port de Marseille sa deuxième escale-test le dimanche 27 juin après celle du 20 juin. Le paquebot est exploité en jauge réduite et un temps contraint afin d’éprouver le protocole sanitaire. La reprise s’accompagne d’un retour des tensions.

Il y a comme un vent de reprise dans la croisière. Depuis plusieurs semaines déjà. Le segment du transport maritime est, avec le ferry, celui qui peut adresser au Covid la plus lourde facture, en termes financiers certes mais aussi en primes de réputation. La pandémie a porté un coup de canif à une croissance discontinue de dix ans. En 2019, la jeune filière approchait le cap des 30 millions de passagers (29,7 millions) embarqués dans le monde dont 15,4 millions de Nord-Américains et 7,7 millions d'Européens, selon la Cruise Line International Association (Clia), la principale association internationale du secteur.  

Symptomatique d’une activité financièrement atteinte, le leader mondial de la croisières, Carnival (87 paquebots) vient de vendre son 19e navire et a fait son retour sur le marché des dettes non garanties avec une offre totalisant 2 Md$. Carnival prévoit d'utiliser les fonds pour racheter 90,8 M$ de dette principale aux détenteurs d'obligations. 

Emblématiques de l’estocade portée à sa réputation, les images relayées par les médias du monde entier de navires pestiférés errant en mer sans ports où accoster, ont marqué les esprits. D’autres ont aussi imprimé la légende. En raison de la fermeture des frontières et des annulations de vols et afin d’assurer le rapatriement de tous les passagers dans leur pays d'origine, on a vu des paquebots – les Vasco de Gama et Columbus de Cruise & Maritime Voyages – s’échanger leurs ressortissants en pleine mer.  

De suspensions en restrictions, d’interdictions en annulations, le secteur de la croisière a vécu pendant plus d’un an au rythme des « stop and go » et des mises entre parenthèses temporaires. In fine, les paquebots ont progressivement retrouvé le goût de l’eau, pour beaucoup, plus d’un an après leur retrait délibéré des mers et océans en mars 2020. Sur recommandation de la Clia. Mais selon les données de cette dernière, entre août 2020 et mars 2021, quelque 400 000 passagers ont néanmoins pu voyager. Certaines compagnies ont en effet opéré en pointillés.

Costa et MSC, qui exercent un leadership sur le marché méditerranéen, témoignent de cette activité en dents de scie. Costa repris une activité en Italie en septembre 2020 avant de la suspendre à nouveau fin décembre. MSC a été plus téméraire, ayant redémarré en août 2020 avec une seule pause contrainte lors des fêtes de Noël. 

Croisière : un long purgatoire

Top départ 

En France, un événement sonne le top départ. En amont de la reprise officielle prévue le 30 juin, le MSC Seaside a effectué au départ du port de Marseille, qui figure parmi les ports millionnaires de croisières (premier en France et parmi les cinq premiers en Méditerranée avec 1,7 million de passagers), sa deuxième escale-test le dimanche 27 juin après celle du 20 juin. Le paquebot d’une capacité de 5 000 passagers est exploité dans une jauge très réduite (339 touristes le 20 juin) et un temps contraint (sept jours) afin d’éprouver « un protocole sanitaire très strict ». 

« Ces opérations s’effectuent en étroite collaboration avec la préfecture des Bouches-du-Rhône, le Bataillon des marins-pompiers de Marseille et l’Agence régionale de santé de PACA. Tous les aspects du protocole – du dépistage en continu jusqu’aux outils de contact tracing, en passant par les mesures barrières – seront observés en conditions réelles », précise MSC Croisières. Les usages ont été entérinés par les autorités françaises à l’occasion de la visite du bataillon des marins pompiers à Gênes le 24 janvier dernier, indique encore la compagnie. Des procédures tellement « robustes » selon MSC que l’ensemble de ses divertissements à bord sera préservé, éprouvant par nature pour appliquer la distanciation sociale.  

MSC Cruises a déjà connu quelques déboires à bord du MSC Seaside où deux personnes ont été détectés positifs à l’occasion des tests effectués durant leur croisière en Méditerranée. Les deux croisiéristes ont été isolés а bord du navire et débarqués à l'escale suivante, en Sicile. MSC qui n'exige pas que tous les passagers soient vaccinés, met en avant au contraire le bon fonctionnement de ses protocoles dans la mesure où ils ont permis d'identifier les passagers et de réduire le risque de transmission in extenso.

Quand les compagnies de croisière reprendront-elles le service ?

36 escales prévues cet été

À partir du 4 juillet, le navire fera escale à Marseille tous les dimanches. En juillet et août, 36 escales y sont prévues, correspondant toutefois à une réduction des deux tiers par rapport à l'été 2019. Début juillet, les 18 paquebots de la société suisse auront alors repris toutes les grandes escales méditerranéennes. Le MSC Splendida a été mi-juin le dernier navire à reprendre avec un itinéraire de 7 nuits en Méditerranée orientale au départ de Trieste. 

Chez Costa, associé de façon inédite à son concurrent MSC dans l’exploitation du terminal de croisière de la cité phocéenne, y a positionné son Costa Smeralda, qui serait complet pour l'été, assure la direction. Le navire amiral propulsé au GNL est le premier des quatre que la filiale du groupe américain Carnival entend exploiter à l'été 2021 en Méditerranée. Le Costa Luminosa est en service depuis mi-mai, le Costa Deliziosa depuis juin, tandis que le Costa Firenze, livré par Fincantieri en décembre 2020, commencera ses croisières en Italie à partir de juillet avant d’ouvrir ensuite ses destinations à la France et à l’Espagne.  

Marseille : Quatre compagnies de croisière prennent les devants pour résorber leurs impacts environnementaux

Autorisations en décalage

Les autorisations en France interviennent à détente par rapport à d’autres pays, tels que l’Italie qui a autorisé aux paquebots de Costa (de Savone) et de MSC (de Gênes) de s’amarrer dans ses ports dès le mois de mai. Les escales sont également permises en Grèce, à Malte, au Royaume-Uni ou en Espagne.

Le Mein Schiff 2 du groupe allemand TUI a mis un terme aux quinze mois de vide portuaire en Espagne, qui a levé le 7 juin toutes les barrières. Deuxième destination en Europe pour les escales de croisières internationales, lesquelles contribuent à son PIB à hauteur de 2,8 Md$, l’Espagne a autorisé le débarquement mais par petits groupes. Ainsi l’expression de « bulles sanitaires » a-t-elle fait son entrée dans le glossaire du secteur.  

Le port de Malaga avait pour sa part reçu mi-juin une cinquantaine de demandes d'escales pour l’année. 

Croisière : une année de suspension

Les tensions également de retour

Avec la reprise de l’activité à Marseille vont s’exacerber les tensions qui n’ont pas vraiment disparu car jusqu'à 17 paquebots y ont simultanément stationné. Les mesures de pollution relevées par l'organisme de surveillance AtmoSud en témoignent : il y aurait eu trois fois plus d'émissions d'oxyde d'azote et de particules fines en provenance des navires qu'en temps normal. Sur ce dossier, Air Paca affine depuis plusieurs années ses mesures de façon à bien identifier les contributions effectives de l’activité portuaire et maritime. Selon ses modélisations (réactualisées en temps réel), le transport maritime contribue bel et bien à hauteur de 5 à 10 % à la pollution de l’air mesurée en centre-ville et le trafic portuaire est responsable des trois quarts d’émissions de dioxyde de soufre et d’un tiers de celles d’oxyde d’azote. 

Le branchement électrique des navires à quai, qui permet de couper les moteurs en escale, est perçu à Marseille comme la solution aux effets les plus immédiats sur les indicateurs environnementaux, sources permanentes de tensions avec ses riverains. Selon le planning, l'embranchement à quai du terminal croisières du môle Léon Gourret est prévu entre 2022 et 2025, avec un à deux postes embranchés.  

Le GPMM promet que d’ici 2025, 100 % des navires auront la possibilité d’un accès à l’électricité à quai (ce qui ne signifie pas pour autant qu’il y aura 100 % des navires branchés à quai). Le port achète pour l’heure (avant d’en produire dans les prochaines années à partir de ses toitures photovoltaïques) à Enedis de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables et la revend, selon la direction portuaire, à un prix légèrement supérieur, cependant « acceptable, de l’ordre de 6 à 7 % plus cher ».  

Paquebots : pourquoi tant de haine ?

Élus sous la pression sociétale

Le port ne peut guère aller plus vite. Il y a quelques verrous techniques à lever car les infrastructures électriques sont mises à rude épreuve par le niveau de puissance exigé. Après avoir développé des solutions de raccordement en 50 Hz en basse tension puis en haute tension, il s’agit de monter en puissance et de convertir la fréquence hertzienne en 60 Hz (norme américaine pour les paquebots), le passage nécessitant 7 M€ d’investissements.  

Niant visiblement les contraintes de ce calendrier, les élus resserrent l’étau sous la pression sociétale. La nouvelle majorité à la Ville de Marseille (union de la gauche et des écologistes) a manifesté son impatience en supprimant la subvention allouée au Club de la croisière tandis que le député LREM des Bouches du Rhône, Saïd Ahamada, pourtant connu pour ses égards à l’endroit du maritime, appelle à une régulation du trafic des paquebots cet été.  

Nul doute que l’ensemble de ces points seront abordés le 30 juin à Marseille lors d’une conférence de presse dont l’intitulé ne trahit pas les intentions : « Grand angle sur l'activité croisière, les conditions de sa reprise et les engagements pour une relance coordonnée et durable à Marseille ».  

Erminio Eschena, directeur des affaires Institutionnelles et des relations Industrielles chez MSC Croisières et président de CLIA France, Raffaele D'ambrosio, directeur général France et vice-président de Costa Croisières, Jacques Massoni, directeur général du Marseille Provence Cruise Terminal (MPCT) et Dominique Robin, directeur d'AtmoSud seront présents aux côtés des têtes de pont des trois « autorités » invitantes : le GPMM (Hervé Martel), le Club de la Croisière Marseille Provence (Jean-François Suhas) et la CCIMP (Jean-Luc Chauvin).  

Le port de Marseille va généraliser l'embranchement à quai d'ici 2025

Au niveau mondial, dans l’attente de la reprise aux États-Unis 

Au niveau mondial, le secteur attend surtout le feu vert total aux États-Unis, premier marché mondial. Les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), agence fédérale de santé publique du pays, ont présenté en mai les nouvelles règles, intransigeantes, pour autoriser une reprise. 

Carnival, Norwegian Cruise Line et Royal Carribean ont officialisé leur intention de se relancer à partir d'un port américain en juillet ou en août. Norwegian a planifié son premier départ de Seattle le 7 août, réservé aux passagers ayant reçu les deux doses de vaccin. Trois des filiales de Carnival – Princess Cruises, Holland America Line et Carnival Cruise Line – envisagent de naviguer entre Seattle et l'Alaska à partir du 24 juillet. De même pour Royal Carribean.   

La vaccination sera aussi obligatoire sur les voyages de Carnival et de Royal Carribean à destination de l'Alaska. Ce dernier a dû retarder de près d'un mois le voyage inaugural de son nouveau paquebot Odyssey of the Seas après la découverte de huit cas positifs parmi l'équipage (pourtant vacciné). Il devait embarquer ses premiers passagers en Floride le 3 juillet. Les tensions sont également vives outre-Atlantique. L'État de Floride a attaqué en justice le gouvernement fédéral américain pour exiger la reprise des croisières, estimant la suspension illégale. 

Les compagnies de croisière contraintes de repenser « la philosophie du confinement à bord »

Des questionnements

Le retour des paquebots en mer interroge, au-delà des tensions à terre. C’est un défi à la conjoncture pour le moins incertaine et aux retrouvailles des navires avec leur clientèle. Sonnés par une année d’isolement et de contraintes, l’appétit des voyageurs, que l’on classe parmi les passionnés absolus, pour cette forme de tourisme sera-t-il indemne ?  

En février, alors qu’une partie de la planète était encore dans la pénombre quant à l’issue de la pandémie, la compagnie de croisière américaine Oceania Cruises a vendu la totalité de ses séjours le jour de l’ouverture à la vente de sa croisière de 180 jours prévue en 2023. Des voyages de 34 290 € en cabine de base à 128 292 € pour la suite. 33 % des réservations avaient été effectués par de nouveaux clients et 20 % des croisiéristes avaient choisi de prolonger leur voyage au-delà des 180 jours. Un début de réponse...

Adeline Descamps

 

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