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L'actuel « No Sail Order » émis par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains expirera le 24 juillet. Mais l’évolution outre-Atlantique de l’épidémie contraint l’association internationale de la croisière (CLIA) à prolonger une nouvelle fois la suspension des opérations au départ des ports américains jusqu'au 15 septembre. La situation inquiète les secteurs qui sont dépendants de la croisière. 

Pour la deuxième fois en quelques mois, la croisière américaine se saborde avant même qu’on le lui demande. « L'actuel No Sail Order émis par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains expirera le 24 juillet, et bien que nous ayons espéré que l'activité des croisières puisse reprendre dès que possible après cette date, il est de plus en plus évident qu’il faudra plus de temps pour lever les freins à une reprise », a indiqué réaliste l'Association internationale des compagnies de croisières (CLIA) face à la recrudescence de l’épidémie Outre-Altantique. Ses membres prolongeront donc « volontairement » la suspension de leurs opérations au départ des ports américains jusqu'au 15 septembre. Cette autocensure s'applique à toutes les compagnies auxquelles s'appliquait l'ordonnance d'interdiction de naviguer, soit à des paquebots d'une capacité de 250 passagers et plus.

La croisière coûte cher. Selon la CLIA, chaque jour de suspension des opérations de croisière aux États-Unis entraîne un manque à gagner de 110 M$ en retombées économique et jusqu'à 800 emplois américains. Près de 13 millions de croisiéristes dans le monde ont embarqué dans des ports américains en 2018. L'industrie américaine des croisières a eu un impact économique de plus de 52,7 Md$ dont 23,96 Md$ en achats directs effectués par les passagers, les équipages et les compagnies de croisière et 28,7 Md$ en retombées indirectes. Avec neuf ports de croisière, la Floride et la Californie ont représenté 68 % des embarquements aux États-Unis en 2018. Enfin, le secteur a généré 421 711 emplois américains et a contribué à hauteur de plus de 23,15 Md$ en salaires et traitements. La nouvelle déclaration inquiète donc tout particulièrement les secteurs qui en vivent. 

Covid-19 : La croisière se saborde

Perte de 70 % de la demande de soutage

« Vancouver a perdu 70 % de la demande de bunkers de mai à septembre », rapporte S&P Global Platts. Évalué à 323 $/t sur la base du prix au départ du port le 23 juin, le carburant à 0,5 % de soufre a atteint une moyenne d'un peu plus de 317 $/t en juin à Vancouver. La moyenne de juin jusqu'à présent a récupéré 23,8 %, soit un peu plus de 61 $/t, par rapport à la moyenne d'avril qui était de 256 $/t.

Une pression sur les prix de détail par rapport aux prix de gros s’observe aussi sur la côte américaine du Golfe. Le 23 juin, le carburant maritime en gros USGC à 0,5 % de soufre a été évalué à 8 $/t de plus que son homologue au détail. Depuis le 1er avril, la valeur au détail n'a été en moyenne que de 2,71 $/t par rapport au gros, alors que l'écart a été en moyenne de 56,49 $/t du 1er janvier au 31 mars.

Certains États sont plus exposés que d’autres. Sur la côte américaine du Golfe du Mexique, les impacts n'ont pas été immédiatement visibles dans l'activité du marché au comptant. Mais l’effet dans le sud de la Floride, où une grande partie du soutage est réalisée pour les croisières américaines, est plus perceptible.

4 % de la consommation totale de carburant marin

Les paquebots représentent environ 4 % de la consommation totale de carburant marin, selon Concawe, une société de recherche scientifique pour les industries pétrolières. La plupart des croisiéristes ont installé des scrubbers pour se conformer aux règles de l'Organisation maritime internationale sur la teneur en soufre des combustibles de soute. « Cette suspension va probablement entraîner une plus grande disponibilité des combustibles de soute à haute teneur en soufre, car la plupart des paquebots sont sous contrat de soute pour garantir la disponibilité » estime un négociant .

Au delà du continent nord-américain, l'extension de la suspension ne changerait pas fondamentalement l’état de l’art. En Amérique du sud, où la saison des croisières s'étend de décembre à mars en Argentine et se termine en mai au Pérou et en Colombie, les pays de la région sont déjà concernées par des restrictions de voyage. « En Amérique du Sud, les croisières sont toutes suspendues depuis mars et il se pourrait qu'il n'y ait plus d'activité pour le reste de l'année 2020 », a réagi un négociant local cité par Platts.

Adeline Descamps