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Les compagnies de croisière parviennent au terme de la gestion du rapatriement des passagers avec l’issue trouvée aux derniers paquebots en mer, ceux partis début janvier pour des navigation au long cours autour du monde. Ces tours du monde représentaient une des offres de valeur emblématique du secteur avant que celui-ci ne soit rattrapé par une crise sanitaire devenue son talon d’Achille.​

À l’issue de cinq semaines éprouvantes pour le secteur de la croisière, l’opération qui consiste à ramener à bon port les passagers encore à bord touche à sa fin avec la fin de l’épopée de paquebots incarnant, il y a encore quelques semaines, toutes les promesses de la filière : les tours du monde. Le Costa Deliziosa de Costa Cruises, le MSC Magnifica de MSC Cruises et le Pacific Princess de Princess Cruises, qui avaient entamé une croisière de plus 100 jours avant d’être rattrapés par le virus, ont trouvé un port d’accostage pour y débarquer les derniers passagers. Et ce, après d’incessants changements dans les itinéraires pour contourner les restrictions en vigueur dans les États du port tenus de respecter strictement des consignes de confinement.

Ils avaient été précédés de quelques jours par d’autres comparses d’infortune, qui avaient également entrepris de longues traversées. Le Queen Mary 2 de Cunard Line, l'Arcadia de P&O Cruises et le Columbus de Cruise & Maritime Voyages (CMV) ont accosté à Southampton le week-end de Pâques, après des séjours écourtés.

La croisière se saborde

Des épopées pour chacun

En France, les images relayées par les médias ont animé le week-end dernier avec l’arrivée à Marseille du MSC Magnifica, où 1 760 passagers, dont 700 Français, ont été libérés. Le retour vers l’Europe a été en tout cas chaotique, notamment perturbé par une psychose à bord suite à des rumeurs laissant entendre que le virus s’était répandu et plusieurs refus d’accostage, au Sri Lanka et à Dubaï. Le paquebot, qui depuis l'Australie a transité par le canal de Suez, aura dû se contenter d’escales techniques avant son ultime destination.

Depuis le 15 mars, les autorités françaises ont autorisé l'accostage à Marseille de six navires de croisière, a indiqué la préfecture des Bouches-du-Rhône dans un communiqué parvenu aux rédactions tardivement vendredi 17 avril, soit  2 200 passagers français et européens. Cette tolérance a cependant trouvé ses limites. La demande du Costa Deliziosa, qui voulait y escaler de façon impromptue avec ses 1 400 personnes dont 426 français, n’a pas pu bénéficier des mêmes largesses.

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Mobilisation des forces de l’ordre

Pour désamorcer ceux qui s’aventureraient à y voir des logiques à géométrie variable, Pierre Dartout, préfet des Bouches-du Rhône, a rappelé que ce refus ne devait pas occulter les autorisations accordées aux Costa Pacifica et Costa Luminosa et l’accueil depuis le 15 mars des Aida Sol et Costa Smeralda sur les quais phocéens. « Ces opérations mobilisent déjà très fortement les forces de sécurité (police aux frontières, gendarmerie maritime) et les autorités sanitaires », a-t-il posé en guise de justification.

C’est à Barcelone que le Costa Deliziosa a pu trouver une terre d’accueil. Là110 français sur plus de 400 ont regagné Montpellier par la route, où ils ont passé la nuit, avant de pouvoir rejoindre leur destination finale, selon un schéma qui se répète depuis plusieurs semaines. Le 21 avril devait marquer la fin de son exil en mer après son accostage à Gênes.

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Avenir incertain

Le Pacific Princess, parti de Fort Lauderdale en Floride le 5 janvier pour un voyage de 111 jours autour du monde, a pour sa part été contraint de faire demi-tour en direction de l'Australie. Le 21 mars, il a réussi à débarquer la plupart de ses passagers à Fremantle, exceptés 115 d’entre eux qui ne cochaient pas certaines cases en vigueur dans le pays. Ils n’ont donc pas pu y transiter pour y prendre un vol long-courrier. Le navire de la compagnie qui a connu la première crise sanitaire à bord avec le désormais célèbre Diamond a donc repris la mer vers Los Angeles, où les derniers passagers ont pu mettre un pied à terre. Là, ils devront encore patienter, a déclaré le groupe Carnival, le temps d’affréter des vols charters et/ou les transports terrestres.

Si, dans quelques jours, les passagers auront tous regagné leur chaumière confinée, les membres d’équipage sont, eux, devenus à leur tour des passagers sur des navires fantômes, au mouillage ou en refit, avec pour horizon les brumes d’un « après covid-19 » qui ne laisse pas présager un recommencement radieux. Leur emploi en dépend.

Adeline Descamps

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