Le suezmax Prudent Warrior, un des deux navires saisis par les forces iraniennes ©Photo de Venkatesh Ragu

Entre embargo du pétrole iranien et sanctions contre les navires russes, les tensions sont vives sur la scène internationale. Deux pétroliers grecs ont été arraisonnés par les forces militaires iraniennes en réaction à la détention d’un pétrolier russe transportant du pétrole iranien et à la saisie de sa cargaison par les États-Unis. 

Deux suezmax naviguant sous pavillon grec – les Delta Poseidon et Prudent Warrior –, ont été arraisonnés le 27 mai dans les eaux internationales par les Gardiens de la révolution iraniens alors qu'ils naviguaient dans le Golfe persique. Ils ont été conduits par des navires militaires vers la côte iranienne.

L’exploitant du Prudent Warrior, Polembros Shipping, a confirmé avoir perdu la communication avec le navire et les 24 membres de l’équipage composé de marins grecs et philippins. Le Delta Poseidon, avec 25 marins à bord, est un des navires de la compagnie grecque Delta Tankers. D’après les dernières données de localisation AIS, avant qu’ils ne cessent d’émettre, l’un se trouvait à Bandar Assuluyeh et l'autre à Bandar Lengeh, deux ports iraniens.

Les deux navires avaient chargé du pétrole à Basrah, en Irak, avec pour destination les États-Unis pour le Prudent Warrior tandis que le Delta Poseidon devait décharger à Agioi Theodoroi près de Corinthe, le brut étant destiné à la raffinerie Motor Oil située dans cette ville.

Et le Pegas russe devient le Lana iranien

Ces événements surviennent alors que le 15 avril, le pétrolier Pegas, initialement sous pavillon russe, a été intercepté au large de Karystos, dans le sud de l'île grecque d'Eubée, dans le cadre des sanctions européennes envers la Russie. Toutefois, le navire a dû être libéré en raison des difficultés à motiver les liens de propriété avec des personnalités visées par les sanctions.

Pourtant, le Pegas fait partie (avec le Baltic Leader intercepté dans la Manche fin février) des cinq navires exploités par Transmorflot et propriété de PSB Leasing, une filiale de la société russe Promsvyazbank, deux entités visées par les sanctions américaines. Les Linda et Pegas sont soupçonnés en outre de transporter du brut iranien sous embargo.

Téhéran dénonce le pillage de sa cargaison

Le pétrolier, objet du différend entre la Grèce et l’Iran, a été rebaptisé Lana le 1er mars et enregistré sous pavillon iranien le 1er mai. Il est resté positionné dans les eaux grecques jusqu’à ce que le ministère américain de la Justice informe les autorités grecques de la nature de la cargaison du navire. Washington affirme qu’un réseau de contrebande de pétrole et de blanchiment d'argent soutenu par la Russie opère pour la Force Quds des Gardiens de la révolution islamique.

La cargaison saisie a été transférée sur le pétrolier Ice Energy, battant pavillon libérien et exploité par Dynacom. La compagnie maritime grecque a confirmé que le transbordement était en cours et que le pétrole devait être routé vers les États-Unis.

D’après les informations de l’agence de presse iranienne Irna, Téhéran aurait protesté officiellement auprès de diplomates grecs, tandis que dans une déclaration publique, le pouvoir iranien a qualifié les actions de la Grèce d’« acte de piraterie », tout en exigeant le respect droit maritime international et la libération « immédiate » des navires et de leurs équipages.

Plus de 3 millions de barils de pétrole iranien livrés

United Against Nuclear Iran (UANI), qui surveille le trafic des pétroliers liés à l'Iran, soutient que le Pegas avait chargé environ 700 000 barils de pétrole brut depuis l'île iranienne de Sirri le 19 août 2021. Il a transporté plus de 3 millions de barils de pétrole iranien en 2021, dont plus de 2,6 millions ont été déchargés en Chine.

L'Union européenne, qui supervise les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne, a mis un frein mi-mars aux discussions lorsque Moscou a demandé des garanties supplémentaires à Washington. Un texte final était quasiment ficelé, les diplomates évoquant un accord imminent.

La Russie avait notamment demandé que les mesures de rétorsion dont elles faisaient l’objet n'affectent pas sa coopération économique avec l'Iran. « Hors sujet », a immédiatement balayé le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, les États-Unis ayant décidé d’interdire les importations de pétrole russe en représailles à l'attaque du président Vladimir Poutine en Ukraine.

Téhéran est engagé depuis onze mois dans des pourparlers avec les grandes puissances pour tenter de réactiver l'accord de 2015 dénoncé par Donald Trump, l’ancien président des États-Unis, peu de temps après son élection en 2018. L’accord prévoyait la levée des sanctions financières internationales ciblant Téhéran en échange de restrictions sur son programme nucléaire.

Rapprochement entre l’Iran et la Russie

L'Iran et la Russie ont indiqué la semaine dernière, à l'issue d'une visite du vice-Premier ministre russe Alexandre Novak à Téhéran, vouloir renforcer leur coopération dans les secteurs de l'énergie et du commerce.

« Les sanctions qui touchent l'Iran et la Russie peuvent être neutralisées en travaillant ensemble et en renforçant nos relations dans différents domaines », a notamment déclaré le ministre iranien du Pétrole Javad Owji, cité par l'agence de presse officielle du ministère Shana. Des accords sur les transports terrestres, maritimes et aériens ont par ailleurs été conclus.

Le président iranien Ebrahim Raïssi s'était rendu en janvier à Moscou où il a rencontré son homologue russe Vladimir Poutine et avait présenté un plan visant à renforcer les relations entre les deux pays au cours des 20 prochaines années.

Adeline Descamps