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DP World restructure sa coentreprise Portsynergy SAS, qu’il détient à parité avec Terminal Link, la joint-venture entre CMA CGM et China Merchants Port. Terminal Link devient actionnaire majoritaire de la Générale de manutention portuaire au Havre tandis que Icon Infrastructure rachète les parts du groupe émirati. Ce dernier va consolider entièrement Eurofos à Fos-sur-Mer, tout en maintenant sa participation détenue à parité avec Terminal Link.

« La coentreprise Portsynergy avec Terminal Link a été couronnée de succès, mais cette restructuration optimisera davantage la structure de l'actionnariat et permettra à DP World et à Terminal Link de prendre le contrôle des actifs et de mieux les valoriser », a justifié le PDG de DP World, Sultan Ahmed Bin Sulayem.

L’opération financière, motivée par la mise aux normes comptables IFRS 10, sera finalisée au cours du second semestre. Dans ce cadre, Terminal Link (CMA CGM + China Merchants) prendra le contrôle de la Générale de manutention portuaire (GMP) au Havre, qu’il exploitait jusqu’à présent en partenariat avec DP World.

Plus précisément, la participation du groupe de Dubaï au Havre (49,8 %) sera acquise par Icon Infrastructure, un fonds d'investissement basé à Londres. CMA CGM et China Merchants détiendront conjointement 50,2 % des parts par le biais de Terminal Link. Icon paiera donc 348,6 M€ pour les actions de DP World dans GMP. 

L’opérateur émirati va en revanche consolider entièrement Eurofos à Fos-sur-Mer tout en maintenant sa participation, détenue à parité avec Terminal Link.

Sortie d’un indépendant familial 

GMP exploite le Terminal de France (TDF) au Havre, terminal qui dispose de six postes d'amarrage sachant que les deux derniers postes à quai de Port 2000, qui vont allonger de 700 m le linéaire de quai et apporter une capacité additionnelle de 1 MEVP d’ici la fin du premier semestre, lui ont été attribués.

Ces agencements interviennent peu de temps après que TIL, la filiale portuaire de MSC, déjà actionnaire du Terminal de Normandie (TNMSC, capacité de 1,5 MEVP, postes d'amarrage 3, 4, 5 et 6) avec le groupe Perrigault, a racheté les parts restantes et pris le contrôle de Terminal Porte Océane (TPO, capacité de 550 000 EVP, postes d'amarrage 7 et 8) qu’exploitait aussi Perrigault. Cette opération signe la sortie d’un indépendant aux capitaux familiaux. Perrigault était devenu l'unique propriétaire de TPO en 2006 à la faveur du désengagement de Maersk, qui était alors son associé à 50 %. En 2011, il s’est allié à MSC pour gérer le TNMSC. Les deux infrastructures – TNMSC et TPO – sont actuellement dimensionnées pour recevoir les 20 000 EVP. 

Consolidation havraise avec MSC et CMA CGM

In fine, les terminaux havrais sont donc sous contrôle des deux armateurs MSC et CMA CGM via leurs filiales respectives. 

Cette consolidation s’affirme dans un port qui affiche des perspectives encourageantes sur le conteneur. En 2021, année de sa création en établissement portuaire unique issu de la fusion du Havre, Rouen et Paris, Haropa Port a franchi le cap des 3 MEVP pour la première fois (3,07 MEVP), porté dans le conteneur par une croissance de 28 %, plus de deux fois supérieure à la moyenne mondiale (13,5 %) selon ses données.

Le trafic inland (pleins et vides), indicateur de référence pour apprécier la part de marché du port français sur ses grands voisins, est en croissance de 15 %, soit le double de sa moyenne quinquennale. Le transbordement a bondi de 79 %, à 843 000 EVP. Les flux import/export sur les conteneurs pleins tendent vers l’équilibre (48/52 %), condition pour envisager des services massifiés.

À Fos, plus dilué

À Marseille Fos, aux côtés d’Eurofos, opère Seayard, exploité par Fos Holding dont l’actionnariat a bougé en 2013 après le départ de Sealogis et de ZIM et la montée au capital d’APM Terminals (groupe Maersk). L’actionnariat se distribue désormais entre TIL/MSC (50 %), APM Terminals (42 %) et Cosco (8 %). 

Les deux terminaux havrais et marseillais ont bénéficié de 115 M€ d’investissements ces deux dernières années. Quatre nouveaux portiques de nouvelle génération de 54 m de haut et 26 rangs de portée, soit 72 m, ont notamment été livrés à GMP, ainsi que douze cavaliers de dernière génération. Eurofos a réceptionné pour sa part deux nouveaux portiques et vingt cavaliers.

Adeline Descamps