Les cas de covid-19 se multiplient au Brésil parmi les ouvriers portuaires. Les chargements en pâtissent ©DR

 

Les exportations brésiliennes de sucre explosent depuis le mois de mai. La Chine, empêtrée dans ses démêlés avec les États-Unis, cherche de nouvelles sources d'approvisionnement. L'offre du Brésil s'y prête d'autant plus que sa monnaie est faible et rend sa production particulièrement concurrentielle. L’attente des vraquiers s’allonge, amplifiée par la congestion des quais et la désorganisation des chargements.

L'attente des navires au large des ports brésiliens, déjà marquée début mai, s'est encore accentuée. Il faut aujourd'hui compter au moins un mois pour être servi à Santos, le plus grand port du Brésil. Et on y décomptait en début de semaine pas moins de 70 navires au mouillage. Pourtant, la demande mondiale sur le sucre brésilien est particulièrement forte en ce moment. En effet, ce sucre est très abondant à la suite d'une récolte record et de la perte du débouché majoritaire qu'est la production d'éthanol pour le marché national, les moteurs ayant cessé de tourner pendant le confinement. L'autre atout de la production brésilienne est un réal faible, qui s'est effondré face au dollar au cours des deux derniers mois et qui rend sa production d'autant plus attractive à l'export.

Par ailleurs, les grands concurrents d'Asie sont dans une situation compliquée. L'Inde confinée a décidé de garder pour elle ses réserves et de ne vendre qu'une partie de l'excédent de sa production. Et la Thaïlande, elle, a engrangé une récolte très inférieure à celle d'une année normale, ne lui laissant que peu de sucre pour l'exportation. Le monde entier s'est donc tourné vers le Brésil et la Chine qui ne veut pas aller se fournir auprès des États-Unis, dans la crainte d'un nouveau retournement de situation sur un marché tout en versatilité.

Record d’attente

Enfin, la pandémie de coronavirus, particulièrement virulente dans un Brésil désormais deuxième pays le plus touché de la planète avec plus de 600 000 cas et 40 000 décès, paralyse son économie en général et ses ports en particulier. Le taux de contamination est très élevé chez les dockers au point de désorganiser la logistique portuaire et d'accroître encore le retard pris dans le chargement des navires et allonger l'attente. Même les navires sont touchés et quatre d'entre eux ont dû être placés en quarantaine, dont trois dans le port de Santos. L'organisation a été revue de façon à charger les navires au plus vite, mais avec des résultats mitigés et clairement insuffisants.

Sur le mois de mai, les contrats à terme ont porté sur 2,26 Mt de sucre, un record mensuel dans les exportations brésiliennes. La demande est encore plus marquée pour juin, avec 3 Mt de sucre brut programmées pour le seul port de Santos. L'an dernier sur le même mois, les chargements n'y avaient été que de 700 000 t, avec alors quinze vraquiers au mouillage pour des temps d'attente de quatre à cinq jours.

20 000 $/jour de surestaries

Malgré les très longues attentes de cette année, les difficultés de chargement et une situation jugée chaotique, les contrats ne devraient pas être annulés, les acheteurs n'ayant pas véritablement d'alternative pour s'approvisionner. De nombreux pays, en particulier en Asie, et la Chine en tout premier lieu, redoutent des problèmes dans la chaîne d'approvisionnement en raison du coronavirus et ont décidé de garantir leurs achats pour constituer des stocks stratégiques.

Même si le sucre brésilien est bon marché, les importateurs devront régler les surestaries que vont facturer les armements pour compenser les temps d'attente inhabituels. Elles tourneraient autour de 20 000 $ par jour. Pour les éviter, certains exportateurs ont choisi de charger le sucre dans d'autres ports. D'autres ont échelonné leurs expéditions sur l'ensemble de l'année.

Les importateurs aussi recherchent des alternatives. Malgré la faiblesse de sa récolte, il reste encore en Inde 1,5 Mt de sucre stocké qui suscite à nouveau l'intérêt parce qu'il devrait être plus rapidement disponible que celui du Brésil. Et même si le change de la roupie indienne est moins favorable que celui du réal brésilien, le différentiel de prix est finalement atténué une fois pris en compte les surestaries imposées par les armements.

Myriam Guillemaud Silenko