Conformément à ce qu’il avait annoncé en novembre, le groupe gazier s’est désengagé en partie de l'entreprise française qui permet de stocker et transporter le GNL en toute sécurité. À l’issue de l’opération, la part flottante de l’entreprise cotée en bourse depuis 2016 augmente significativement. Les marchés ont réagi en boudant la pépite.

Nouvelle étape concrète dans ce qui était jusqu’à présent qu’une intention, certes officialisée, de quitter le board de GTT. Le géant de l'énergie français, actionnaire historique de l’entreprise avec 40,07 % des parts, avait annoncé en novembre, à l’occasion de la publication de ses résultats du troisième trimestre, son intention de vendre tout ou partie de sa participation acquise quand il s’appelait encore GDF Suez. De prime abord, l’information avait surpris dans la mesure où l’entreprise positionnée dans les systèmes de confinement pour le transport maritime et le stockage de gaz liquéfié fait figure de pépite en béton dans une industrie parapétrolière et paragazière volatile.

Bien que sa sortie ait chroniquement fait l’objet de spéculations, Engie est resté un actionnaire d’une grande stabilité. Mais dans le cadre de sa stratégie de recentrage dans les renouvelables et les infrastructures gazières, l’historique investisseur a décidé de se séparer d’un périmètre d’activités totalisant un chiffre d’affaires de 12 à 13 Md€ et dont le sort – vente, introduction en Bourse ou ouverture à un tour de table – devait être déterminé.

Le GNL en tant que carburant marin, et donc GTT en tant que fournisseur des réservoirs de navires qui permettent de recevoir le GNL, en font partie. Le groupe gazier s’était déjà délesté de son portefeuille d’actifs amont auprès de Total en 2018 pour une valeur de 1,5 Md$. Il a soldé en fin d’année dernière sa participation dans la coentreprise NYK, Engie Mitsubishi et Fluxys, créée en vue d’assurer le soutage de GNL marin avec l’Engie Zeebrugge.

GTT : Engie envisage de quitter le navire

290  M€ 

Pour ce qui est de GTT, Engie vient de préciser les choses en informant de la cession de 3,7 millions d'actions représentant 10 % du capital social de GTT, au prix de 67 euros par action (avec une décote de 7 % sur le cours de clôture de GTT en réaction à la cession, aujourd’hui à 67,60 €). Engie a également annoncé l'émission simultanée d'obligations échangeables en actions ordinaires existantes de GTT pour un montant nominal total de 290 M€ ne portant pas intérêt et ayant une maturité de trois ans, avec une prime d'échange de 20 % par rapport au prix de placement des actions de GTT cédées simultanément. À l'occasion de cette opération, GTT a racheté 185 392 actions au prix unitaire de 67 € (soit 0,5 % du capital) moyennant la somme de 12,4 M€ autofinancée par l’entreprise. Le règlement‐livraison des titres doit avoir lieu autour du 28 mai

La part d'Engie au capital de GTT représente désormais environ 30 % (dont environ 10 % correspondent à l'obligation échangeable) contre 40,4 % précédemment. La composition du Conseil d'administration doit être ajustée en conséquence.

« À la suite de la cession par Engie de 10 % de sa participation, l'actionnariat de GTT est solide et équilibré. Et la part du flottant progresse significativement », a souligné Philippe Berterottière, à la barre de l’entreprise depuis 2009 et reconduit en mai 2018 pour quatre ans. Jusqu’à ce retrait, le capital de l’ETI, cotée en bourse depuis 2016, était partagé entre le flottant (59,03 %) et Engie (le solde par GDF International à 0,33 % et les dirigeants et salariés à 0,54 %). La valeur boursière de l’entreprise est capitalisée à hauteur de 2,51 Md€ au cours de bourse actuel.

GTT : « les commandes de méthaniers se maintiennent à des niveaux élevés »

Technologie sans grande concurrence

GTT, issue de la fusion en 1994 de Gaztransport et de la division maritime de Technigaz (deux technologies alors rivales dans le transport du GNL) n’en est pas à ses premiers mouvements de balancier dans son capital. Le spécialiste des membranes cryogéniques, coté en bourse depuis 2016, a vu passer dans son capital Total (30 % initialement), qui cédera sa dernière participation de 10,4 % en 2014 au fonds souverain singapourien Temasek (actionnaire des deux grands constructeurs singapouriens Keppel et Sembcorp et de de Pavilion energy, l’importateur singapourien de GNL), puis Bouygues Offshore (30 %) qui sera racheté par Saipem en 2002 lequel cèdera sa part au fonds d’investissement américain Hellman & Friedman en 2008. Aucun d’entre eux n’est d’ailleurs sorti sans généreux dividendes.

GTT maîtrise un métier particulièrement complexe, le transport d’un gaz liquéfié à - 163 °C. Entre 80 et 90 % des méthaniers en circulation dans le monde sont équipés de ses cuves tapissées d’un revêtement en alliage spécifique permettant de s’affranchir des réservoirs sphériques plombant le navire. Sa seule concurrence est la technologie Moss privilégiée par les chantiers navals japonais. Ses activités margent à des niveaux proches de 60 %, son chiffre d’affaires étant composé aux 9/10e de redevances

Sur son marché sensible aux susceptibilités géopolitiques, elle fait figure de roc. La française a raflé une bonne partie des contrats en lien avec le GNL dans le transport maritime : des méthaniers Arc7 dans le cadre des grands projets gaziers du groupe pétrolier russe Novatek, Arctic LNG 2 de Novatek et Total à la flotte de CMA CGM au GNL, les neuf mégamax et les 17 porte-conteneurs de 15 000 EVP. Elle a également été retenue pour le premier brise-glace de croisière, le Commandant Charcot de Ponant. Ses membranes cryogéniques équipent aussi les plus grands souteurs de GNL du marché, dont le Gaz Agility.

GTT réalise une acquisition majeure dans l’hydrogène vert 

Positionnement sur l’hydrogène et l’ammoniac

En octobre, GTT s’est positionnée sur l’hydrogène en mettant la main sur Areva H2Gen, rebaptisée Elogen, seul fabricant en France d’électrolyseurs permettant la production d’hydrogène vert. En février, l’entreprise de Saint-Rémy-lès-Chevreuse a obtenu une approbation de principe de Bureau Veritas rendant « NH3 Ready » ses cuves à membranes Mark III. Ainsi, le système peut-il être adapté au confinement éventuel de l'ammoniac pour les applications GNL carburant sans modification majeure de design.

En année pandémique, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 396,4 M€, en croissance de 37,5 % par rapport à 2019, a affiché un excédent brut d’exploitation en hausse de 39,2 % à 242,6 M€ et un bénéfice net en progression de 38,7 % à 198,8 M€. Son carnet de commandes lui assure un chiffre d’affaires de 640 M€ jusqu’en 2025.  

Adeline Descamps