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Après l’OCDE, les économistes du FMI se sont penchés sur les impacts des taux de fret sur l’inflation. Ils ont scruté les données de 143 pays au cours des trente dernières années pour contextualiser le phénomène et faire ressortir les mécanismes à l'œuvre. Les tarifs du transport maritime opèrent très rapidement sur les prix des marchandises importées et les coûts de production. Mais l’impact se propage lentement jusqu’à son pic après 12 mois. Les effets à la pompe perçus suite à une montée des prix mondiaux du pétrole agissent dans un espace-temps beaucoup plus contraint. 

Après l’OCDE qui fut le premier à mettre en valeur l’impact sur l’inflation de la hausse vertigineuse du coût du transport de conteneurs dans une étude rendue publique en octobre, les économistes du FMI se penchent à leur tour sur le phénomène.

Dans une publication parue sur le blog de l’institution financière et intitulée How Soaring Shipping Costs Raise Prices Around the World, ils anticipent un effet inflationniste continu tout au long de l’année alors que le coût de transport d'un conteneur sur les grandes lignes est-ouest a déjà été multiplié par sept au cours des dix-huit mois et encore davantage pour le fret vrac. L’étude ayant été réalisée avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle ne tient pas compte de ce paramètre qui devrait exacerber la situation, préviennent-ils.

Un phénomène analysé sur 30 ans 

En revanche, ils n’abordent pas les effets induits par la flambée des soutes, les carburants maritimes ayant atteint des niveaux rarement observés. En plus des taux de fret toujours élevés, les chargeurs vont devoir en effet compter avec des surcharges conséquentes si les armateurs se mettent à multiplier les BAF. 

Les chercheurs du FMI, qui ont mouliné les données de 143 pays au cours des trente dernières années, constatent que les prix du transport ont toujours été un important moteur de l'inflation dans le monde : « lorsque les taux de fret doublent, l'inflation augmente d'environ 0,7 %. Plus important encore, les effets sont assez persistants, atteignant un pic après un an et pouvant durer jusqu'à 18 mois. Cela implique que la hausse des frais de transport observée en 2021 pourrait accroître l'inflation d'environ 1,5 % en 2022. » C’est du reste dans les clous de la précédente étude de l’OCDE.

Montée progressive et lente

Si la répercussion sur l'inflation est moindre que celle associée aux prix des carburants ou aux denrées alimentaires, les coûts de transport sont beaucoup plus volatils. « La contribution à la variation de l'inflation due à l’amplitude des prix mondiaux du transport maritime est quantitativement similaire à celle générée par les chocs sur les cours mondiaux du pétrole et de l’alimentaire », expliquent-ils.

Plus intéressants sont les mécanismes à l'œuvre. Ainsi, les taux de fret opèrent sur les prix des marchandises importées dans les deux mois qui suivent leur réception à quai et se répercutent tout aussi rapidement sur coûts de production, dont beaucoup dépendent de surcroît des intrants importés pour fabriquer leurs produits.

Aussi, l’impact sur les prix ressentis à la caisse par les consommateurs s’étire en durée, progressivement et lentement, jusqu’à atteindre son apogée après 12 mois. Par comparaison, les effets à la pompe perçus suite à une montée des prix mondiaux du pétrole agissent dans un espace-temps de quelques mois

Des impacts inégaux selon la géographie

Tous les pays ne sont pas affectés de manière égale. « Les caractéristiques structurelles d'une économie sont importantes. Les pays qui importent davantage que ce qu'ils consomment connaissent des hausses d'inflation plus importantes, tout comme ceux qui sont plus intégrés dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. De même, les pays qui paient généralement des frais de transport plus élevés – enclavés, à faible revenu ou insulaires –, connaissent une inflation plus importante », explicitent les coauteurs, Yan Carrière-Swallow , Pragyan Deb, Davide Furceri , Daniel Jiménez et Jonathan D.Ostry

La politique monétaire est un allié dans l'atténuation des effets des prix à l'importation et de l'inflation. L’amplification de l'impact inflationniste des coûts de transport maritime jusqu'à la fin de 2022 « suppose des arbitrages compliqués pour les banques centrales alors que l’activité économique tourne encore largement au ralenti. »

La guerre en Ukraine, conjuguée au rebond épidémique dans les premiers ports mondiaux – plus préjudiciables pour les terminaux de destination plus que pour eux-mêmes – sont susceptibles de prolonger dans le temps l’effet inflationniste.

La paralysie portuaire est un des moteurs à la combustion des taux de fret. Cela fait deux ans que le monde marchand l’éprouve et le prouve.

Adeline Descamps