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Dans une réaction tardive aux mesures annoncées le 14 septembre par le président de la République, l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos et le Comité Marseillais des Armateurs de France s’étonnent du traitement différencié opéré au sein de la filière. La Méridionale et Corsica Linea ne sont pas éligibles à l’exonération des charges patronales sur les salaires alors qu'elles subissent la concurrence, opèrent sous pavillons français et s’inscrivent dans la transition énergétique, rappellent les organisations.

« Inquiètes ». L'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos (UMF) et le Comité Marseillais des Armateurs de France (CMAF) s’indignent et s’étonnent à la fois face aux arbitrages opérés dans le cadre du Fontenoy du maritime. À l’occasion des Assises de l’Économie de la mer, qui se sont tenues les 14 et 15 septembre, le président de la République a présenté lui-même les mesures de soutien à la compétitivité du pavillon français. Parmi elles, le net wage [exonération des charges patronales sur les salaires, les armateurs bénéficiant déjà de celle portant sur la part patronale ; NDLR], qui avait été accordé pour un an en 2021, a été prolongé pour trois ans supplémentaires. Mais les compagnies bénéficiant de la DSP sont écartés du dispositif.

Cette clause exclue de fait les armateurs marseillais Corsica Linea et La Méridionale, dont l’offre conjointe a été retenue pour exercer la délégation de service public (DSP) entre Marseille et cinq ports de Corse, pour la période du 1er mars 2021 au 31 décembre 2022.

Privées d’un outil de compétitivité 

Elle les prive d’un « précieux outil de compétitivité » et a des « accents d’injustice puisque le dispositif sera accordé à tous les armateurs... sauf à ceux assurant une DSP ! », déplore Alain Mistre, le président de l’UMF.

Le directeur d'exploitation portuaire et directeur QHSSE de Corsica Linea estime que les deux compagnies « affrontent elles aussi une concurrence internationale sur la DSP Corse. » En plus de générer « un différentiel de traitement assez incompréhensible entre armateurs français – et la logique de filière en prend un coup au passage –, cette mesure s'avère contre-productive pour ces deux armateurs qui emploient plus de 1 200 marins français sur les lignes de la DSP Corse », poursuit-il. 

Le gouvernement, qui avait lancé il y a plus d’un an une consultation à grande échelle auprès de tous les acteurs sociaux et patronaux de la filière, comprise dans son acception la plus large (portuaire, maritime, construction navale, économie bleue), doit aboutir à un accord de compétitivité consignant des engagements de part et d’autre.

 L’objectif de cette opération lancée par Annick Girardin, ministre de la Mer, vise notamment à accompagner et à accélérer la transition écologique ; développer l’emploi et les compétences des marins avec un objectif de 500 emplois d’ici à 2022 et 5 000 emplois en dix ans ; donner les moyens aux opérateurs maritimes de faire face à la concurrence internationale et donner un coup de peps au pavillon français dont la place s’est détériorée ces dernières années dans les classements internationaux. 

Exemplarité verte

L’incompréhension prévaut chez les armateurs marseillais d’autant que La Méridionale et Corisca Linea s’inscrivent en outre dans la transition énergétique, souligne encore le président de l’UMF. L’exploitation d’une flotte propre est du reste exigée dans le cadre de l’appel d’offres de la DSP.

Ceci dit, La Méridionale a en effet initié, bien avant que l’on en fasse un alpha et omega du verdissement portuaire, le branchement électrique à quai de leurs navires (Cenaq) et éprouve par ailleurs depuis un temps les filtres à particules. Corsica linea attend pour sa part un ferry propulsé au GNL, que le chantier naval Visentini à Porto Viro, au sud de Venise, vient de mettre à l’eau. Il sera le premier au gaz à desservir la Corse.

Commandé en juillet 2019, ce ropax de 650 passagers, disposant de 2 560 mètres linéaires de fret un car deck dédié de 150 véhicules, sera livré en 2022. Sa construction aura nécessité un investissement de 140 M€ et la logistique de l’avitaillement des 500 m3 de réservoir en barge ou en camion-citerne sur le port de Marseille n’est pas simple.

Adresses ministérielles

En début de semaine prochaine, l’UMF fera partir un courrier aux deux ministères de la Mer et des Transports dans lequel elle fera part, au bas mot, de son étonnement quant au « traitement différencié » au sein des armateurs français. Alain Mistre a pour sa part rendez-vous au Ministère de la mer le mercredi 29 septembre, sans préciser s’il rencontre directement Annick Girardin ou des membres de son cabinet.

Adeline Descamps