Tous les éléments sont réunis pour tendre le marché du gaz, rendre le coût du transport élevé et les revenus des méthaniers onéreux. Les stocks des négociants sont au plus bas. L’hiver rigoureux a pris de court les importateurs. La demande de l’Asie est forte. Les méthaniers se raréfient. L’engorgement du canal de Panama a aggravé l’approvisionnement. 

La Chine a froid et fait fonctionner ses fourneaux à plein régime. Le retour des températures glaciales en Asie et la reprise de la production réchauffent les prix du gaz et du GNL en particulier. Tous les ingrédients sont réunis pour créer une bulle autour de la demande de gaz naturel. Les stocks des importateurs sont à un niveau bas. Les exportations record des États-Unis ont perturbé les terminaux (le consultant Poten & Partner estime que sur les 3,5 Mt qui seront exportés en janvier, la quasi-totalité provient de la production américaine). L’appétit des négociants pour le GNL est grand, l’hiver s’affirmant plus rigoureux stimule le transport de produits énergétiques entre les États-Unis et l'Asie. Les méthaniers disponibles à l’affrètement se raréfient.  

Tout devient onéreux. La pénurie fait grimper les taux de fret, ce qui rend le transport du carburant très coûteux tandis que les négociants sont contraints d'acheter à des prix très élevés pour mettre la main sur le produit. Les tensions commerciales ne seraient pas non plus étrangères à la tension du marché. Privés d’importations de charbon australien, les acheteurs chinois se seraient rués sur des méthaniers, perturbant encore davantage l’approvisionnement et aggravant la pénurie, engendré initialement par les bouchons dans le canal de Panama.  

L'hiver dernier, la production américaine était essentiellement destinée à l'Europe mais cette année, elle est très clairement vendue à l'Asie et transite par le canal de Panama. En 2020, les exportations américaines de GNL se se élevées à 48 Mt.

Les prix s’envolent et...

Les retards accumulés dans la traversée de l’isthme centroaméricain, où les temps d’attente pour les navires sans réservation peuvent être de sept à dix jours ou plus, proviennent d’une conjonction de facteurs. Aux perturbations météorologiques et aux restrictions sanitaires (personnels en défaut) s’est greffé un trafic plus dense que d’ordinaire de navires-citernes. 

Les navires sont contraints d'emprunter des routes plus longues vers l'Asie, ce qui a augmenté le temps de transport et réduit considérablement le nombre d’unités disponibles dans l'Atlantique. In fine, le coût du transport du GNL des États-Unis vers l'Asie a atteint un niveau record le 12 janvier. Le prix de référence du gaz naturel liquéfié en Asie du Nord a dépassé pour la première fois les 30 dollars par million de Btu (sur le marché du gaz, le prix s’exprime dans cette unité. 1 MMBtu correspond à 27 800 m3). Le marqueur Japon-Corée (Japan-Korea Marker) a en effet progressé de 15 % pour atteindre 32,494 $/MMBtu. Trafigura a ainsi acheté une cargaison de GNL à Total SE pour 39,30 $/MMBTU sur le marché de S&P Global Platts. 

…les revenus des méthaniers aussi

Les revenus journaliers moyens des méthaniers sur le marché spot dans le bassin pacifique atteignent des sommets : 253 270 $ selon les données du Baltic exchange, contre 174 000 $/j à la fin de l'année dernière. Pour Spark Commodities, qui se base sur les évaluations des courtiers de navires de GNL, les tarifs spot des méthaniers dans le bassin atlantique avaient de quoi effrayer avec une valeur de 322 500 $/j soit 99 000 dollars de plus que le 5 janvier.  

Raison gardée, disent les courtiers. Le réchauffement des températures atténuera la demande, les ruptures d'approvisionnement finiront par se résoudre et la pénurie de navires devrait s'atténuer. Ils en veulent pour preuve les prix au comptant, pour la livraison en mars, qui se sont négociés à la moitié du taux de février. Une illustration supplémentaire, s’il en fallait, de la saisonnalité et volatilité du GNL.  

Adeline Descamps