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Alors que la session du Comité de la sécurité maritime de l’OMI, qui s’est tenue du 5 au 14 mai, avait la piraterie dans le Golfe de Guinée à l'agenda, le secteur maritime appelle à une mobilisation collective pour y mettre fin de toute urgence. Les 120 signataires soutiennent que la piraterie pourrait être supprimée avec seulement deux frégates et un avion de patrouille maritime.

La demande d’éradication de la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée fait désormais l’objet d’une déclaration commune signée par plus de 120 organisations du secteur maritime, dont les administrations des États du pavillon, des armateurs, des affréteurs et des associations de transport maritime. Tous fermement convaincus que les attaques de plus en plus violentes contre les navires de commerce dans cette région bordée par 6 500 km de côtes, du Sénégal à l'Angola, peuvent être évitées avec du volontarisme et un activisme collectif. Ils soutiennent même que, d'ici à la fin de 2023, le nombre d’actes de piraterie pourrait être réduit d'au moins 80 %.

« L’idée est de capter l’attention sur les menaces qui pèsent sur le transport maritime dans le golfe de Guinée. L’objectif est de parler ouvertement du problème de la piraterie dans cette région et d'amener toutes les parties prenantes à élaborer des solutions efficaces », argumente l’organisation maritime internationale BIMCO, qui porte l’initiative.

Toute symbolique qu’elle soit, la démarche intervient dans un contexte d’extrême tension depuis la fin de l’année dernière dans cette zone où croisent chaque année 20 000 navires. La route est stratégique pour le transport maritime du pétrole du delta du Niger, théâtre d’intervention privilégié des pirates, mais aussi pour celui des biens de consommation à destination et en provenance de l'Afrique centrale et occidentale.

Piraterie : une réponse militaire dans le Golfe de Guinée ?

Pas de solution miracle mais deux frégates et un avion

La sophistication des attaques et leur ampleur n’ont plus de limites. Elles s'étendent désormais à une zone située à plus de 200 miles nautiques de la côte. L’an dernier, le golfe de Guinée a représenté plus de 95 % du total des prises d’otages (135 personnes) et 84 navires y ont été attaqués selon les données du Bureau maritime international (BMI, IBM en anglais), l’organisme dépendant de la Chambre de commerce internationale qui recense les atteintes au commerce maritime. Les trois détournements de navires et neuf des onze navires qui ont fait l’objet d’attaques avec armes à feu en 2020 concernaient cette région.

Les signataires, qui saluent les résolutions « constructives et bienvenues » prises par le Comité de la sécurité maritime de l'Organisation maritime internationale (OMI), pressent néanmoins d’agir à court terme. Ils soutiennent que la piraterie peut être réprimée avec seulement deux frégates équipées d'hélicoptères et un avion de patrouille maritime basé dans la zone. Contrairement à la Somalie, les armateurs y disposent actuellement de peu de moyens, ne pouvant pas recourir à des gardes armés privés à bord, puisque les États du Golfe de Guinée les interdisent pour la plupart. 

Appel à tous États

Le Nigeria, la puissance régionale, a pris le lead sur ces problématiques avec notamment son plan antipiraterie Deep Blue, doté d'un montant de 195 M$, pour renforcer les capacités de sa marine nationale avec de nouveaux moyens d’intervention dont deux avions de surveillance maritime Cessna Citation CJ3 de l'agence nigériane d'administration et de sécurité maritimes (NIMASA), trois hélicoptères AW109, quatre drones Tekever et six bateaux rapides. Le pays a également légiféré en promulguant une loi antipiraterie, la première du genre dans le golfe. Mais le système judiciaire, jugé peu fiable par les experts, ne permettrait pas aux pirates de se voir condamnés.

Les signataires appellent précisément « les pays non régionaux à fournir les moyens nécessaires sur la base d'une rotation et les autres États de la région à soutenir la lutte avec la logistique et des moyens judiciaires pour poursuivre les pirates arrêtés. »

Golfe de Guinée : l’UE s’attelle à la sûreté maritime

Agir sur la pauvreté et la misère sur lesquels la piraterie fait son lit

« Les causes profondes du problème de la piraterie dans le golfe de Guinée ne peuvent être résolues par le seul Nigeria. On estime que 30 millions de personnes vivent dans le delta du Niger, dont beaucoup dans des conditions difficiles. Il est nécessaire de s'attaquer aux racines du problème de la piraterie », indique Carlo Cameli.

Le président du comité de sécurité et de sûreté maritimes du BIMCO rejoint à cet égard la demande d’actions structurantes qu’avait requis il y a quelques mois Martin Dorsman, le secrétaire général de l'ECSA. Le représentant de l’association des armateurs européens estime en effet que les causes du mal sont profondes, que la piraterie se nourrit de la pauvreté et de la misère.

Le taux de chômage dans les pays du golfe de Guinée est estimé à environ 40 % et atteint plus de 60 % chez les jeunes, ce qui les rend plus perméables à toute forme de criminalité pour gagner leur vie. Et ce sont parmi ces populations fragilisées par leurs conditions de vie que les bandes pirates recrutent précisément leurs hommes de main.

Solution militaire 

En mars, la ministre de la Défense danoise Trine Bramsen a essayé d'obtenir, sans grand écho pour l’instant, le soutien d'autres pays européens à son « Initiative européenne d'intervention », appellation donnée à une mission marine conjointe à l’UE dans le golfe de Guinée qu’elle appelait de ses voeux. À défaut, le Danemark a maintenu son intention de positionner une frégate dans la région pendant cinq mois à partir de l'automne 2021.

En début d’année, Maersk, le leader danois du transport maritime de conteneurs, ébranlé par plusieurs assauts contre ses navires avant Noël (Maersk Cardiff et Maersk Cadiz), avait appelé à une « solution militaire ». « Le risque a atteint un niveau où une capacité militaire efficace doit être déployée », avait expliqué Aslak Ross, responsable HSE (hygiène, sécurité, environnement) et normes maritimes chez Maersk, dans un entretien à la presse danoise.

Comme en Somalie

Une réponse militaire avait été apportée jadis aux détournements au large de la Somalie, qui a été l'épicentre mondial de la piraterie de 2001 à 2012. Des gardes armés et des bâtiments de guerre dépêchés par l'UE, l'OTAN et une force opérationnelle dirigée par les États-Unis pour protéger les navires empruntant le canal de Suez, ont manifestement donné des résultats. En 2020, aucun incident de piraterie et de vol à main armée n’y a été signalé même si la capacité de nuire des pirates somaliens dans l'océan Indien reste intacte.

Adeline Descamps