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À l’occasion du lancement d'un contrat à terme LSFO à la Bourse internationale de l'énergie de Shanghai, le vice-président de PetroChina, Zhang Tong, a annoncé que les raffineries chinoises auraient la capacité de produire 18,1 Mt de LSFO. Le pays serait donc autosuffisant pour approvisionner son marché en combustibles marins.


En mars, la mise à l’arrêt de la première puissance manufacturière mondiale avait contrarié Pékin dans ses plans. Depuis quelques mois, dans la perspective d’un marché naissant ouvert par la nouvelle réglementation de l’OMI, l’exécutif chinois avait mis au pas ses raffineurs en leur enjoignant d’augmenter leur production de fuel à très faible teneur en soufre (VLSFO). Il entendait alors réduire certes sa dépendance aux importations de combustible de soute, mais surtout visait le marché d’avitaillement de l’Asie du Nord. Pour stimuler la production locale et sans doute éviter l’évasion vers les hubs voisins de Fujairah et Singapour, Pékin avait notamment instauré des exonérations de taxes fiscales à l’exportation.

Or, en février, la contraction de l'activité des usines chinoises, en raison des mesures de confinement, avait figé la demande de fret, entraînant dans sa brutale descente en apnée les prix du fioul à très faible teneur en soufre en Asie, en chute libre de 40 % entre janvier et février.

Le choc de la demande a donc quelque peu retardé les plans de l’État chinois visant à stimuler la production de VLSFO et contraint les raffineurs à réduire la voilure alors qu’ils avaient réalisé de substantiels bénéfices en début d’année, avec un prix supérieur de 15 $ au Brent en février. Les ventes dans le port de Zhoushan, à l'Est de la Chine, le principal centre de soutage du pays, avaient bondi de près de 20 % (374 000 t) après l’entrée en vigueur de la réglementation plafonnant la teneur en soufre des carburants.

La demande de LSFO plombée en Chine

Avant que n’émerge la crise, les raffineurs d'État – China National Offshore Oil Corp. (CNOOC), China National Petroleum Corp. (CNPC), PetroChina, Sinopec – mais aussi la société privée Zhejiang Petrochemical Corp. (ZPC) avaient été parmi les premiers à exporter du carburant conforme sous le nouveau régime fiscal, plaçant le pétrole en stockage sous douane dans les ports de Dalian, Shandong et Zhoushan.

« La Chine émettra ses tout premiers quotas d'exportation de VLSFO pour un volume de l’ordre de 10 Mt en 2020 », avait rapporté Reuters en avril, citant des sources « bien informées du dossier ». Le ministère chinois du Commerce avait indiqué dans un communiqué que ce fuel ferait partie, à compter du 1er mai, de son programme de gestion des licences d'exportation.

Selon les sources de Reuters, Sinopec devrait recevoir des quotas cette année pour 4,29 Mt, CNPC pour 2,95 Mt, CNOOC pour 860 000 t et Sinochem pour 900 000 t. Située à Zhoushan, la raffinerie ZPC espère obtenir 1 Mt, bien que le raffineur soit tenu d'exporter par l'intermédiaire de sociétés d'État en tant que mandataire. À Singapour, l’on estimait alors que même si Pékin procédait à l’émission d’une seconde vague de quotas, la production resterait limitée car contrainte par un déficit criant dans les infrastructures telles les pipelines et installations de stockage.

La Chine ouvre les vannes au VLSFO

À l’occasion du lancement le 22 juin d'un contrat à terme LSFO à la Bourse internationale de l'énergie de Shanghai, le vice-président de PetroChina International Zhang Tong a annoncé que la Chine sera en mesure de produire 22,6 Mt du carburant conforme aux règles de l'OMI en 2021 et 29,6 Mt en 2022. Le dirigeant a également déclaré que si la Chine libérait entièrement sa capacité de production – les raffineries chinoises auraient la capacité de produire 18,1 Mt de VLSFO  –, le pays serait autosuffisant pour approvisionner son marché des combustibles marins sous douane, estimé à environ 12 Mt par an.

Deuxième produit pétrolier chinois ouvert aux investissements étrangers après le pétrole brut de Shanghai, le nouveau contrat à terme a enregistré des gains importants lors de sa première transaction, augmentant jusqu'à 16,7 %. Le contrat du mois de janvier, dont le prix de cotation était de 2 368 yuans par tonne, a ensuite enregistré une hausse de 9,8 % pour clôturer à 2 599 yuans (367,35 dollars) par tonne à la fin de la séance de l'après-midi. Il a fait l’objet d’un intérêt ouvert de 24 859 lots et d’un volume de transactions de 130 439 lots.

Adeline Descamps