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Bien qu'elle détienne les plus grandes réserves pétrolières mondiales, la Libye est passée du statut de premier producteur de l'OPEP à celui de pays luttant pour maintenir un niveau constant de production et d'exportation. Depuis le début de l’année, le marché méditerranéen des aframax, pétroliers de prédilection pour les exportations pétrolières libyennes, a retrouvé une certaine dynamique. Un signe, indique Gibson.

La Libye revient de loin et elle n’est toujours pas de retour dans le jeu pétrolier mondial. Avant la guerre civile de 2011, indique le courtier Gibson, spécialiste des marchés pétroliers, la production quotidienne du premier pays pétrolier africain par les réserves était de 1,6 million de barils jour (Mb/j). Depuis, à l'exception d'une brève période où elle a atteint 1,55 Mb/j en septembre 2012, elle en est loin. 

Pour un pays en proie à l'instabilité politique et aux attaques des factions rivales, le contrôle des précieux champs pétrolifères exploités par la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC) est un enjeu de pouvoir.

Offre mondiale de pétrole tendue

« Les difficultés de la Libye surviennent à un moment où l'OPEP+ s'efforce de stimuler la production dans tous les domaines et où les prix du pétrole continuent de grimper. Si des barils libyens supplémentaires seraient les bienvenus sur un marché pétrolier tendu, il en va de même des recettes d'exportation pour le pays lui-même », indique Gibson.

Il serait aussi un coup de pouce pour le marché méditerranéen des aframax qui ont longtemps été les « véhicules » pour les exportations libyennes, bien que disputées par les suezmax. Selon les données du courtier, depuis 2015, la part de marché des aframax a été en moyenne de 68 % contre 32 % pour les suezmax, mais elle est tombée à 62 % à partir de 2018 au profit des seconds. Or, cette année, les aframax retrouvent de la dynamique avec une part de 70 % en janvier et 81 % en février

« C’est le signe d’un appétit croissant alors que des volumes croissants sont expédiés depuis la Libye à travers la Méditerranée vers la France, l'Espagne et la Turquie. » Si la Libye parvienait à réaliser les augmentations de production prévues, cela donnera un coup de fouet aux aframax dans la région et soutiendrait les routes telles que le commerce transméditerranéen, assure le spécialiste.

Stabilité et incertitudes

Selon l'AIE, la production libyienne s'est élevée en moyenne à 1,1 Mb/j de 2021. Les installations – les champs pétroliers d'El Sharara et de Wafa – sont actuellement utilisées à quasi 100 % de leur capacité.

Mais les équilibres sont précaires. « En décembre, la NOC a été contrainte de déclarer la force majeure sur les exportations de brut à partir des terminaux pétroliers de Zawia et de Mellitah en réponse aux blocages par les Petroleum Facilities Guards (PFG) armés. Il sera difficile d'atteindre l'objectif de porter la capacité à 2,1 Mb/j au cours des prochaines années. L'augmentation de la production à 1,45 Mb/j d'ici la fin de 2022 est également incertaine, même si la hausse des prix du pétrole constitue une forte incitation financière ».

Reste que le  niveau d'investissement requis pour atteindre ces objectifs est estimé à plus de 20 Md$…

Adeline Descamps