Des travaux inédits se déroulent en ce moment même à bord du Piana avec l’installation d’un filtre à particules près de la cheminée bâbord. Cette technologie éprouvée à terre est revendiquée par l’entreprise comme une première mondiale dans le shipping. Une campagne d’essais va débuter en avril pour durer six mois.


La Méridionale fait à nouveau parler d'elle. Non pas pour ses déboires dans le cadre de la nouvelle DSP pour assurer la desserte entre la Corse et le continent mais pour sa prouesse technique mondiale : mariniser un filtre à particules… Dans la perspective de l’entrée en vigueur de Global Cap 2020 (révisant la teneur en soufre des carburants marins, désormais limités à 0,5 %) et dans l’hypothèse d’un classement de la Méditerranée en zone Seca engendrant un seuil de soufre à 0,1%, La Méridionale teste une nouvelle voie pour s'y conformer.

 « Le retrofit d’un navire à passagers au GNL s’avère problématique, quant aux scrubbers humides, ils ne traitent que l’oxyde de soufre. Nous voulons aller plus loin en nous attaquant aux particules fines qui ont un réel impact sur la santé », avance le directeur technique de la compagnie Christophe Seguinot.  

C’est son navire amiral, le Piana, accosté à Arenc du 11 mars au 5 avril, qui sera doté d’une installation pour le moins volumineuse pour une campagne de tests de six mois. Les Chantiers de l’Atlantique, le groupe chimique Solvay, fournisseur du carbonate de sodium qui sert de réactif et Andritz, spécialiste autrichien des technologies des gaz d’échappement, sont partenaires de la compagnie marseillaise dans cette aventure qui vise à adapter au maritime une technologie éprouvée à terre, dans les centrales thermiques et incinérateurs.

« Nous avons des contraintes liées à l’espace sur le navire, au poids, à la stabilité, aux vibrations et à l’environnement salin. Un seul moteur sur quatre sera connecté pour cette expérimentation. Grâce au groupe électrogène couplé au système, nous n’émettrons plus de particules fines lors des escales en Corse », détaille Christophe Seguinot à l’origine du projet, fruit d’une rencontre avec Solvay il y a un an.

Voir plus loin

Au terme des six mois de tests sur la ligne Marseille-Bastia, La Méridionale espère valider ce process auprès des Affaires maritimes pour être conforme à la convention Marpol.  Si les essais s’avèrent concluants, les trois cargo-mixtes de la flotte seront équipés de filtres à particules.

« D’autres armateurs sont intéressés », précise le directeur technique, qui évalue le coût d’un tel équipement entre 9 et 11M€ en fonction des spécifications du navire. Équiper une seule ligne d’arbre d’un navire avec ce système représente un investissement de 4,5 M€, minoré dans le cas de ce test. La compagnie espère réduire de 40 à 60 % les émissions de particules ultra fines et à 99 % les particules fines. « Nous n’aurons plus de fumées », assure M. Seguinot. Le CO2 et les oxydes d’azote continueront malgré tout à s’échapper des conduits de cheminée.  

Coup de com ou intime conviction ? Pionnière en Méditerranée, La Méridionale a engagé ses premières actions en 2006 en déployant sur ses navires le système de repérage des cétacés Repcet. Outre la batterie d’innovations déployées (optimisation de la propulsion, traitement des eaux de ballast, modification des pales d’hélices et des safrans, système intelligent de gestion des consommations...), elle fut aussi la première à investir dès 2017 dans l'embranchement à quai (cold ironing) à Marseille. Son ex-partenaire dans la DSP de la Corse, Corsica Linea, s'apprête à s'engager dans cette voie. À l’automne dernier dans le port d’Ajaccio, La Méridionale démontrait sa capacité à produire du courant de quai à partir de citerne GNL. En 2018, la filiale de STEF a transporté 850 000 mètres linéaires de fret, 278 200 passagers et… trié aussi 348 tonnes de déchets.  

Nathalie Bureau du Colombier