Port de Fujairah ©DR

 

L'attaque de quatre pétroliers au large de Fujairah met le monde maritime en alerte. Les assureurs du Lloyd's of London ont annoncé ce 17 mai qu'ils élevaient le risque associé au transport maritime dans le Golfe et ses environs. La situation est d'autant plus critique qu'elle touche un hub d'avitaillement majeur des navires.

Le « sabotage », selon les termes des autorités des Émirats arabes unis, de quatre pétroliers* qui auraient fait l’objet d’une attaque coordonnée le 12 mai au large de Fujairah, met la navigation internationale et la sécurité des approvisionnements pétroliers mondiaux sous tension. Et ce d’autant plus que les explosions ont touché un endroit des plus stratégiques, le port émirati étant un centre d'avitaillement majeur des navires. Planté à l'entrée du détroit d'Ormuz (reliant le Golfe Persique au Golfe d’Oman) – une des deux voies de passage capitale pour transport maritime de pétrole –Fujairah est un acteur mondial dans les exportations pétrolières des Émirats avec ses deux terminaux d'une capacité de plus de 50 Mt de pétrole par an, un oléoduc de 406 km (le reliant à Abou Dhabi) d'une capacité de 600 000 barils par jour et d'une installation de stockage pétrolier (10 Mt de brut). Depuis 2016, le port dispose d'un quai pour les Very Large Crude Containers (VLCC).

Les assureurs maritimes du Lloyd's of London ont annoncé ce 17 mai qu'ils élevaient le risque associé au transport maritime dans le Golfe. Dans la nouvelle liste des zones considérées à risque pour l'assurance des navires figurent en outre une partie du Golfe d'Oman, ainsi que les côtes au large d'Oman, des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite. Les armateurs ont réagi pour leur part très vite en adoptant des mesures de sécurité supplémentaires lorsqu'ils traversent le détroit d'Ormuz, qui figure parmi les points critiques avec le hub de soutage de Fujairah.

Selon Reuters, Nippon Yusen Kaisha (NYK) aurait pris une décision encore plus radicale en cessant ses avitaillements pétroliers ainsi que toutes les prestations que la compagnie nipponne y effectuait, à savoir la maintenance ou l'échange d'équipage. D’autres propriétaires de flotte auraient fait de même mais aucune trace d’un communiqué à ce sujet. Les témoignages dans la presse spécialisée anglo-saxonne se multiplient dans ce sens. Le groupe Anglo Eastern Univan, société de gestion de navires basée à Hong Kong, avec près de 600 navires sous gestion tierce dont 200 pétroliers, a déclaré avoir pris des dispositions spécifiques, sans autre précision. L'association des société de gestion des navires, Intermanager, a par ailleurs manifesté ses vives inquiétudes

Branle-le-bas

Face à la détérioration de la situation, aux risques d’escalade entre l’Iran et les États-Unis (à plusieurs reprises, l'Iran a menacé de fermer ce détroit stratégique, en cas de confrontation avec les États-Unis), le Joint War Committee (JWC), fédérant des représentants des assureurs des marchés de la Lloyd's et de l'International Underwriting Association, a convoqué une réunion extraordinaire hier, le 16 mai, à Londres. Mais ses membres ont repoussé à la semaine prochaine, dans l’attente d’informations plus précises, la décision d'ajouter une prime de « risque de guerre » dans les eaux de Fujairah et de ses environs, indique un communiqué publié sur le site de la Lloyd's Market Association.

L'autorité maritime norvégienne, concernée (deux des navires touchés étaient sous pavillon saoudien, un des Émirats arabes unis et le quatrième était sous registre d’immatriculation norvégien), a préconisé aux propriétaires de flotte de porter niveau de sûreté à MarSec (MARitime SECurity) niveau 2 autour des eaux de Fujairah, correspondant à un avertissement de menace élevée autour du port.Les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et la Norvège ont par ailleurs adressé un courrier conjoint au Conseil de sécurité des Nations unies. Ils devaient en faire autant auprès de l'Organisation maritime internationale.

Le secteur français de l’assurance transport qui tenait cette semaine leur rendez-vous annuel sur deux jours, les 14 et 15 mai, ont abordé diverses problématiques, notamment les navires autonomes, les impacts du Brexit sur l’accumulation de valeurs à des endroits spécifiques, les sanctions internationales...mais n’a pas fait mention du sabotage et de ses impacts.

Quoi qu’il en soit, la hausse des primes d'assurance pour les navires transitant par le Moyen-Orient fait partie des hautes probabilités. Les résultats de l’enquête, menée actuellement par les Émirats arabes unis (EAU) États-Unis et la France, devraient être révélés ce week-end. Très peu d'informations sont encore à ce jour disponibles tant sur les circonstances que les méthodes utilisées.

A.D.

* et d’un oléoduc saoudien qui aurait été touché par des drones armés le 14 mai.