La société italienne a annoncé fin février un chiffre d'affaires et un carnet de commandes record avec 27 navires dont 14 de croisière pour un montant global de 8,6 Md€.

Pour le groupe italien, 2018 s’ancrera dans son histoire comme une bonne année, assumée comme telle par la direction, tant dans son chiffre d’affaires que du point de vue de ses commandes. Le « book-to-bill » du constructeur naval – le rapport entre les nouvelles  commandes prises et les facturations sur une période donnée – a été de 1,6 (contre 1,7 l’année précédente), soit un niveau d’activité commerciale considérée comme plus que dynamique. Les nouvelles commandes fermes signées l’an dernier par huit armateurs différents ont concerné 27 navires dont 14 de croisière pour un montant global de 8,6 Md€, ce qui en volume ne représente qu’une augmentation de 1 %. 

Sur le segment « croisières », Fincantieri a reçu des commandes pour la construction de 14 unités, dont quatre pour l'opérateur de croisières océaniques et fluviales en pleine croissance Viking (des paquebots d’expédition cruise vessels), pour lequel Fincantieri a déjà construit plusieurs navires océaniques. Les nouvelles unités seront construites dans des sites du norvégien Vard (société dont l’acquisition a été finalisée par l’Italien fin 2018), qui se spécialise de plus en plus dans les navires d'expédition : le constructeur a également été retenu l’an dernier par Ponant et Hapag-Lloyd Cruises pour deux et un navire, respectivement.

Fincantieri et le GNL

Parmi les autres engagements assortis d’un contrat, figurent deux unités pour Norvegian Cruise Line et deux pour les compagnies positionnées sur le segment de la croisière 5* Cunard (groupe Carnival) et Silversea Cruises, un paquebot chacun. L’armateur Virgin, nouvel entrant sur un segment « ambiance inspirée du passé » est à l’origine d’une commande (les chantiers Fincantieri doivent par ailleurs livrer à partir de 2020 trois navires pour la société créée par Richard Branson).

Enfin, l’armateur allemand TUI Cruise, filiale de l’opérateur de tourisme allemand TUI et de l’américaine Royal Caribbean (qui avait plutôt ses habitudes de construction ailleurs), a commandé deux  navires à propulsion GNL. Une « Première » commerciale (nouveau client) mais aussi technique (propulsion GNL) pour Fincantieri (le premier paquebot GNL pour l’allemande AIDAnova a été construit chez Meyer Werft).

In fine, le carnet de commandes du constructeur italien s’établit à 33,8 Md€ (dont 25,5 Md€ fermes) avec 116 navires civils et militaires, lui offrant une visibilité jusqu’en 2027. En 2018, Fincantieri a livré sept paquebots de croisière (pour un carnet de commandes total de 41 navires). Le groupe doit en livrer huit cette année, sept en 2020, neuf en 2021, six en 2022, quatre en 2023, dont une dizaine ont été commandés l’an dernier. Le chiffre d'affaires a ainsi progressé de près de 10 %, à 5,5 Md€ (dont 54 % avec la croisière) et son résultat net ajusté, de plus de 20 %. La construction de paquebots a été le principal moteur et de l’augmentation du chiffre d’affaire et de celle de ses indicateurs financiers (résultat d’exploitation en hausse de 9,6 % et produits d’exploitation, de 6,4 %).

Création d'une Business Unit Croisière

Pour faire face à l’accroissement de son activité et absorber intégration de Vard, Fincantieri s’est restructuré pour à la fois mieux répartir ses charges et organiser ses 16 chantiers selon les compétences et les zones. Ainsi, les navires de croisière sont-ils construits ou rétrofités dans les chantiers italiens de Gênes et Palerme, les petites unités et les navires d’expédition concentrés dans ceux de Vard en Roumanie pour le pré-montage tandis que l’assemblage et la livraison sont effectués à partir de la Norvège. Les unités offshore et de service sont aussi confiés à sa filiale. Les bâtiments militaires sont répartis dans deux chantiers, italien et américain via FMG (Fincantieri Marine Group).

Enfin, il a « mis de l’ordre » dans ses fonctions supports avec la création d’une Business Unit Croisière indépendante, qui regroupe désormais toutes les activités liées à la construction de navires de croisière (production, commercial, supply chain…). Le département relève directement de la maison-mère.

Pour rappel, Fincantieri est désormais associé au Français Naval Group (ex-DCNS), en partie du moins, les négociations visant à créer un « Airbus » de la défense maritime ayant échoué. À défaut, les deux acteurs, dont la majorité du capital est aux mains de l'État (60 % pour Naval Group et 70 % pour Fincantieri), ont créé une joint-venture pour répondre aux appels d'offres de la marine française et italienne. Ils sont aussi associés dans la perspective de la reprise partielle des Chantiers de l’Atlantique, actuellement examinée par Bruxelles. Fincantieri doit acquérir 50 % de l’ex-STX France, l'État français conserverait ses 34,34 %, Naval Group détiendrait 10 %, voire plus.

Ariel F.Dumont, A.D

 

Diversification 

Hors construction civile, Fincantieri a reçu une commande, via sa filiale américaine dédiée, Marinette Marine (Wisconsin), coentreprise avec Lockheed Martin, pour la construction d’un navire de combat inscrit dans le programme Littoral Combat Ship catégorie Freedom (LCS 29) pour la Marine américaine et une autre pour un modèle Barge. Le gouvernement américain a en outre passé une commande pour le lancement d’un projet en vue de la construction de quatre unités Multi-missions surface combattants (MMSC) destinées à l’Arabie saoudite.

Dans la partie Offshore et navire spéciaux, deux commandes ont été passées pour la construction de quatre chalutiers, deux ferries, un câblier offshore et trois unités spéciales pour les garde-côtes suédoises. Il est question de brise-glace mais le groupe reste discret à ce sujet, sachant que la construction des navires de services est appelé à garnir le portefeuille de Vard et à contribuer à la diversification du groupe. Le groupe fait en outre partie du projet expérimental sur le porte-conteneurs à propulsion électrique et conduite autonome pour le compte du Norvégien Yara Norge.