Il avait été livré en septembre. Il entre en flotte le 2 décembre. Le Galicia est l’un des trois E-Flexer commandés par le groupe suédois Stena et affrétés par Brittany Ferries avec les futurs Salamanca et Santoña, qui seront livrés en 2022 et 2023. Une entrée en flotte dès le 2 décembre qui envoie un signal fort dans un moment incertain.

Avec la crise sanitaire, le terme laisse en bouche un petit goût d’amertume mais il a peu d’équivalents pour traduire aussi bien la notion de résistance. Brittany Ferries présente elle-même son nouveau fleuron comme « le navire tourné vers l’avenir », un « symbole d’espoir », le « témoin de notre confiance et de notre capacité à répondre aux demandes de nos clients passagers et fret au cours des décennies à venir », projette Christophe Mathieu, le directeur général de la compagnie.

Le Galicia sera donc le ferry de la résilience car il entre en service à un moment critique pour la société, sévèrement secouée par les restrictions de déplacement et autres mesures de confinement imposées par la crise sanitaire, fauchée alors qu’elle était dans une belle dynamique de croissance. L’écrasement de l’activité passagers est fatal à cette compagnie qui réalise 85 % de son chiffre d’affaires avec l’activité passagers. In fine, sur ses 12 navires, seul cinq sont en activité. C’est dire qu’à ce jour, elle « tourne » a minima en réalisant 10 à 12 % de son niveau de l’an dernier. 

Si l’arrivée du ferry coïncide avec des conditions de marché qui n’ont plus rien à voir avec le contexte qui a présidé à sa commande, l’armement breton ne se laisse pas dérouter et maintient la planification initialement pensée dans un temps ante-Covid.

Le premier E-Flexer livré par Stena à Brittany Ferries

Des ferries pas tout à fait comme les autres

Le Galicia a été livré par Stena en septembre dernier. À son arrivée, après des essais de rampes dans les ports, il est entré en cale sèche pour effectuer les derniers travaux. Les équipages devaient suivre leur formation ce mois-ci. Il est quasiment armé et prêt pour effectuer sa première traversée commerciale entre Santander et Portsmouth le 2 décembre prochain.

Il est le premier des quatre ferry de type E-Flexer que le suédois Stena affrète à des tiers sur une série qui en compte au total neuf (dont cinq exploités par le suédois). La commande par Stena RoRo au chantier naval China Merchant Jinling Shipyard de Weihai avait été passée en 2018. En principe, tous devraient avoir été livrés d’ici à 2022.

Sur la série, trois ont donc été affrétés à long terme (avec option d’achat) par Brittany Ferries –  le Galicia, le Salamanca (au GNL) attendu en 2022 et le Santoña (au GNL) pour 2023 – tandis que DFDS a signé un contrat similaire pour une unité (le Côte d’Opale), prévu pour entrer en flotte en juin 2021 sur la ligne Calais-Douvres.

La série des E-flexer n’est pas ordinaire et se distingue avant tout par ses dimensions : longs de 214 m et larges de 27,8 m avec une jauge brute de 40 000 t, une capacité d’accueil de 1 015 passagers et de fret de 3 100 m linéaires.  Conformément aux exigences de Brittany Ferries, le modèle de base a été reconfiguré pour passer le nombre de cabines de 175 à 343.

Brittany Ferries construit progressivement son arc Atlantique

Stratégie nouvelle

Pour Brittany Ferries, il incarne une étape importante dans la planification du renouvellement de la flotte (quelque 450 M€ engagés) mais il est surtout mieux adapté à sa stratégie « long-courrier ». Depuis quelque temps, après s’être affirmée comme une des spécialistes européennes transmanche, la compagnie développe un arc transatlantique pour relier, à partir des ports bretons, Portsmouth au Royaume-Uni et Bilbao et Santander en Espagne.

Le Brexit et les interminables négociations entre l’UE et le Royaume Uni pour définir leur future relation commerciale rend a posteriori la compagnie très avisée. Avec les Pont-AvenCap Finistère et Galicia, Brittany Ferries sera en mesure de proposer jusqu’à sept allers-retours hebdomadaires entre le Royaume-Uni et l'Espagne si tout se passe comme prévu.

Alors qu’elle réalise encore 75 % de son chiffre d’affaires avec le passagers, le fret sera en aussi une autre de ses priorités dans les mois à venir.

Un ferry au rendement énergétique optimisé

Le « ferry-croisière », selon les termes de l’armement breton, dont le design, le mobilier, les couleurs, la gastronomie rappellent la Galice, région au nord-ouest de l’Espagne, assurera des rotations hebdomadaires entre Portsmouth au Royaume-Uni et Santander au nord de l’Espagne en 28 et 33 heures et entre Cherbourg et Portsmouth en 9 heures

Plus de confort, moins de bruit, moins de vibrations et moins d’émissions atmosphériques, plante Arnaud le Poulichet, le directeur technique qui accompagne le dernier-né depuis la découpe de la première tôle en 2018 : « Le Galicia a vraiment surpassé nos attentes sur le plan technologique et aussi en termes de capacité d’accueil et de logistique », indique-t-il, assuré que les performances devraient être perçues à la fois par la clientèle fret et passager mais aussi par l’équipage.

Stena indiquait, à l’occasion de la livraison en septembre dernier, que les nouvelles constructions E-Flexer offrent un rendement énergétique jusqu'à 30 % supérieur à celui des navires existants grâce à une conception optimale de la carène et de l’étrave. Le Galicia est équipé de deux scrubbers en boucle fermée, un pour chaque moteur principal. A contrario des dispositifs d’épuration des gaz d’échappement en circuit ouvert, qui rejettent des eaux chargées en hydrocarbures aromatiques polycycliques, ici les résidus seront traités à bord, transformés en boue sèche, stockés à bord pour être ensuite traités à terre dans une filière étudiée. Rares sont les compagnies qui ont opté pour des scrubbers en boucle fermée, pourtant sans rejets car ils sont lourds à opérer sur le plan opérationnel.

Prise de conscience

« Plus respectueux de l'environnement, plus performants et – bien sûr – avec un équipage de marins français, ces navires constituent une évolution dans le transport maritime. Aujourd’hui, ils représentent l’avenir de notre société », conclue pour sa part Jean-Marc Roué, le président du conseil de surveillance Brittany Ferries qui bataille depuis quelques mois, parfois avec un certain agacement, pour obtenir des pouvoirs publics une réaction proportionnée aux difficultés de son secteur.

Adeline Descamps