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Nouvel événement inattendu dans le dossier des licenciement massifs et sans préavis de P&O Ferries qui n’en finit plus de créer des remous. Sans passer par la case du Parlement, le gouvernement demande aux ports britanniques de refuser l'accès aux ferries dont les opérateurs ne respecteraient pas les règles relatives au salaire minimum britannique. La British Ports Association considère cette demande irréalisable.

En fin de semaine dernière, le ministre britannique des Transports, Grant Shapps, avait indiqué qu’il allait « oeuvrer sur le plan legislatif pour que les navires basés au Royaume-Uni et opérant sur des lignes régulières ne puissent plus payer leurs personnels en deçà du salaire minimum britannique » (actuellement de 9,50 £ soit environ 11,40 € par heure pour les marins de plus de 23 ans). 

Dans la perspective de l'introduction d'une législation encadrant le salaire minimum national (NMW) – une exigence dont le ferry est actuellement exempté, seule catégorie de navires à l’être – le gouvernement britannique a demandé aux ports de refuser l'entrée à tout navire qui ne respecterait pas ces critères. Avec effet immédiat.

Pour la British Ports Association, cette mesure serait « inapplicable » dans la mesure où les ports ne peuvent pas être l'autorité compétente pour faire appliquer les règles relatives au salaire minimum et se trouveraient dans une « position juridique délicate » avant l'introduction de toute loi.

Par ailleurs, le ministre des transports a adressé un courrier à la France, aux Pays-Bas, au Danemark et à l'Irlande pour leur proposer des accords bilatéraux en vertu desquels les routes entre les pays deviendraient des « corridors de salaire minimum », les ressortissants de l'un ou l'autre pays étant rémunérés à un niveau de salaire convenu.

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Demande de réintégration

Sur le terrain, les protestations syndicales contre les licenciements de P&O se poursuivent et ont pris une dimension internationale. La Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) a remis une pétition signée par plus de 10 000 travailleurs de près de 200 syndicats affiliés à l'ITF à DP World, propriétaire de P&O Ferries, demandant la réintégration des 800 travailleurs licenciés ainsi qu’une réforme des conditions de travail de l'entreprise.

Dans la soirée du 31 mars, P&O a déclaré que tous ses services entre Douvres et Calais et Larne et Cairnryan restaient suspendus, tandis qu'un service réduit est assuré entre Hull et Rotterdam. Les services Liverpool-Dublin seraient de nouveau opérationnels. Les travailleurs licenciés avaient jusqu'à la fin du mois de mars pour signer des accords de licenciement. Plus de la moitié des 800 licenciés (430) l'auraient déjà fait, assure la compagnie transmanche.

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P&O Ferries a précisé qu'elle ne pouvait pas réintégrer les personnes qui ont fait l’objet d’une procédure parce que beaucoup d'entre eux ont déjà signé des accords juridiquement contraignants. Et elle répère qu’une telle mesure signerait l'effondrement financier de la compagnie.

Robert Jaques