©Eric Houri

Le chiffre d’affaires des activités maritimes et logistiques du groupe français s’envole au deuxième trimestre de 77,2 %. Par ses volumes transportés, la compagnie distance ses proches concurrents. Le résultat net ressort à 3,5 Md$. CMA CGM profite de sa conjoncture pour investir dans son outil industriel – fret aérien et maritime –, créer des emplois et rembourser ses dettes.

L’armateur français publie ses résultats alors que l’indice SFCI (Shanghai Containerized Freight Index), qui mesure les prix au comptant pour le fret transporté de Shanghai vers un grand nombre de destinations dans le monde, consacre sa 16e semaine consécutive de hausse après avoir franchi de façon historique en juillet la barre des 4 000 points. Le baromètre du secteur conteneurisé avait rarement dépassé les 1 000 points au cours de la dernière décennie.  

Les transporteurs ont les doigts dans la prise de la divine conjoncture et gagnent enfin de l’argent dans un contexte certes douloureux pour les autres acteurs de la chaîne. CMA CGM est au diapason de son secteur. Il est porté par son environnement de marché : une demande mondiale de marchandises sans précédent émanant notamment des États-Unis, où le transporteur français est plutôt bien positionné.  

Au deuxième trimestre, le groupe (activité maritime et logistique) a engrangé un chiffre d’affaires de 12,41 M$ (en hausse de 77,2 % par rapport au deuxième trimestre 2020), une performance à modérer toutefois car la comparaison avec l’année 2020 n’est pas significative car elle présente une image exagérée du fait des circonstances sanitaires. A fortiori pour le second trimestre particulièrement impacté par le ralentissement des échanges internationaux l’an dernier. 

5,7 MEVP transportés

L’activité maritime a contribué au chiffre d’affaires du groupe à hauteur de 9,9 Md$ (+ 89,4 %) grâce à des volumes transportés en forte progression (5,7 MEVP, + 19,1% par rapport au deuxième trimestre 2020 et de 4,4 % par rapport au premier trimestre 2021). En termes de volumes, le numéro trois mondial fait mieux que ses concurrents européens directs, le leader mondial Maersk (+ 15 %) et le 5e armateur Hapag-Lloyd (+ 4,3 %). Les volumes ont été principalement tirés par trois routes, le transpacifique, l’Amérique Latine et les lignes intrarégionales.  

L’Ebitda du groupe (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) couvrant la période d’avril et juin ressort à 4,57 Md$ (+ 279,6 %), soit une marge de 36,9 % qui gagne 19,7 points. Il est le reflet d’un revenu moyen par EVP de 1 756 $. In fine, le groupe affiche un résultat net de 3,47 Md$ contre 136 M$ à fin juin 2020. 

L’activité logistique, notamment portée par sa filiale Ceva Logistics acquise en 2019, poursuit son redressement. Son chiffre d’affaires est passé de 1,73 à 2,43 Md$, mais son bénéfice d’exploitation reste modeste (210 M€ contre 156 M€ il y a un an). À peine acquise, CMA CGM avait lancé sa transformation et un plan d’économies portant sur 1,2 Md$ pour 2019. L’année précédant son acquisition (en 2018), le commissionnaire suisse avait enregistré une perte nette de 242 M$. 

Remboursement de ses dettes et investissements dans la flotte

Forte de sa structure financière renforcée, CMA CGM poursuit le remboursement anticipé (725 M$) de ses emprunts. Son endettement net est ainsi réduit de 1,9 Md$ par rapport au 31 décembre 2020 et s’établissait à 14,9 Md$ au 30 juin 2021. 

Le transporteur investit dans sa flotte (14 nouveaux navires en propriété et 32 navires d’occasion prévue en 2021) alors qu’il a déjà réceptionné depuis le début de l’année 24 porte-conteneurs dont 9 neufs (parmi lesquels les cinq derniers de 23 000 EVP au GNL) et 15 d’occasion. Pour pallier la pénurie de conteneurs, dont le déficit n’est pas que conjoncturel, 520 000 boîtes ont étoffé son parc en un an, à fin juin. 

Aussi, CMA CGM Air Cargo, sa division spécialisée dans le fret aérien créée en février dernier, devrait bénéficier de l’aisance financière du groupe. Actuellement, une flotte de quatre A330-200F détenue en propre dessert depuis l’Europe Chicago, New York, Atlanta, Dubaï et Istanbul. Un cargo de plus devrait rejoindre les tarmacs dès cette année.  

Flotte au GNL « ready e-méthane »

« Alors que des tensions sur les chaînes logistiques mondiales risquent de durer, la très bonne performance du groupe nous permet d’accélérer notre transformation logistique et nos investissements dans les actifs industriels. Nous poursuivons les efforts que nous avons engagés dès le 3e trimestre 2020 pour augmenter nos capacités et répondre aux besoins de nos clients », souligne Rodolphe Saadé, PDG du groupe CMA CGM, désormais connu pour ses convictions et engagements financiers en faveur du GNL (44 porte-conteneurs d’ici fin 2024 dont 18 déjà en service).

La flotte au GNL est déjà en capacité technique d’utiliser du e-méthane (à la place du GNL), est-il indiqué, sans doute pour désamorcer les nombreuses critiques à l’endroit de cette énergie imparfaite qu’est le gaz naturel liquéfié pour traiter les émissions de CO2. 

L’oeuf et la poule

Pour réduire les émissions du transport maritime, il faut des technologies, des navires et des carburants nouveaux. À ce jour, aucun fournisseur de combustibles de soute n'est en mesure de fournir les volumes de carburant dont les nouveaux navires auront besoin, que les exploitants de flotte optent pour le méthanol, l’ammoniac, le biométhane et a fortiori l’hydrogène. Dans le secteur, l’histoire de l’œuf et de la poule rencontre un certain succès.  

« Personne ne veut construire de nouveaux de navires propulsés par la technologie des carburants verts avant qu'ils ne soient disponibles et personne ne veut produire de carburants verts pour le transport maritime avant qu'il y ait une demande », a résumé Robert Mærsk Uggla, PDG de A.P. Holding, l'actionnaire majoritaire de Maersk, dans un récent message publié sur LinkedIn. Maersk, qui fait le pari du méthanol, vient de lancer la construction d’une série de huit porte-conteneurs, espérant ainsi créer une demande 

Chez CMA CGM, le même pragmatisme prévaut : avec l’achat de 12 000 t de biométhane, version non fossile du méthane, l’entreprise amorce la pompe de production en envoyant un signal à la filière agricole.  

« Pour ces carburants de synthèse, le facteur déterminant sera la disponibilité en quantité suffisante pour les besoins du transport maritime. Le groupe s’engage aux côtés des industriels énergéticiens pour soutenir, ensemble, la filière de production de carburants décarbonés », indique CMA CGM dans son communiqué joint aux résultats financiers. La Coalition pour l’énergie de demain initiée par Rodolphe Saadé a, aussi, été lancée à cet effet, pour assurer les ruptures technologiques.  

Perspectives

Quant aux perspectives immédiates ? Les tensions sur les chaînes logistiques mondiales risquent de durer mais le « contexte actuel devrait ainsi permettre au groupe de continuer à améliorer ses résultats au deuxième semestre 2021 », ajoute le communiqué. 

Tous les indicateurs sont au vert à en croire les derniers relevés de l’OMC et de l’OCDE portant sur les volumes des échanges internationaux. Le Baromètre du commerce mondial des marchandises établi le 18 août par l’OMC indique un niveau jamais atteint (110,4 points). 

Tous les indices ont été supérieurs à la tendance au cours du dernier mois et en particulier le transport maritime par conteneurs (110,8) et des matières premières (104,7). Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les exportations des pays du G20 ont totalisé 4,21 Md$ au second trimestre et leurs importations, 4,25 Md$, en hausse respective de 4,1 % et 6,4 % entre le premier et le deuxième trimestre.

Si l’OMC maintient sa prévision relative à une augmentation de 8 % du volume des échanges mondiaux en 2021, elle note cependant un essoufflement, laissant augurer d’un plateau.

100 Md$ de bénéfices

Les opérateurs de navires qui ont communiqué leurs résultats financiers pour la première partie de l’année – Maersk, Hapag-Lloyd, Zim, ONE, HMM, Evergreen, Yang Ming et Wan Hai – ont enregistré des revenus supérieurs à 70 Md$ pour le premier semestre 2021. Alphaliner estime que les bénéfices d'exploitation du secteur franchiront la barre des 100 Md$ cette année.

Adeline Descamps

 

Sur le même sujet