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La Méridionale doit étrenner ce 2 décembre sa nouvelle offre ro-pax entre les ports phocéen et marocain. La nouvelle ligne est lancée avec deux rotations par semaine. Le service suscite des attentes et des réactions. Aux esprits chagrins déçus par les expériences avortéés du passé, la solution proposée par La Méridionale apporte quelques garanties.

Le groupe Stef l'avait annoncé pour ouverture fin octobre ou début novembre. Sa filiale maritime La Méridionale lancera finalement son nouveau service passagers et fret entre Marseille et Tanger le 2 décembre. Conformément à ce qui avait été prévu, c'est le ro-pax Pelagos, un navire d'une capacité de 300 passagers, 200 véhicules et 170 remorques, qui l'inaugurera dans le port phocéen. Le Girolata (800 passagers, 800 véhicules et 140 remorques) sera le second navire affecté à la ligne. Il est question dans un premier temps de deux départs par semaine en sortie des bassins Est du port de Marseille, ainsi que deux escales hebdomadaires à Tanger. Les deux navires seront opérés par la Compagnie méridionale de manutention (CMM), filiale de La Méridionale. 

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Transit time de 39 heures

L’agent Navimed s'est vu confier la commercialisation du fret en France alors que du côté marocain, c’est la société Global Container Agency Maroc, du groupe espagnol Romeu, qui a été désignée comme agent à Tanger. Selon Rafik Belhadj-Amara, le responsable ligne fret de navimed, La Méridionale va proposer un départ de Marseille le mercredi à 17 heures pour une arrivée à Tanger le vendredi à 7 heures et un autre le samedi à 15 heures pour arrivée dans le port du Royaume chérifien le lundi à 7 heures. 

Dans l'autre sens, le navire fera escale à Tanger le mercredi à 17 heures pour une arrivée à Marseille le vendredi à 7 heures. Un autre assurera un départ le samedi à 22 heures pour entrer dans le premier port français le lundi à 14 heures.  
Pour l’agent maritime, les deux atouts de ce nouveau service sont le transit-time de 39 heures et « ces départs à jour fixe en miroir » dans chacun des deux ports. Proposer une closing date de trois heures avant le départ du navire devrait aussi faire la différence.

Trafics de fruits et légumes en reefers

Les deux navires affectés à ce service accepteront du fret roulant uniquement (remorques). « Nous avons également l'ambition de capter des trafics de fruits et légumes en reefers entre le Maroc et la France » indique-t-il. Pour ce faire, La Méridionale bénéfice de l’expertise du groupe Stef en matière de transport frigorifique. Dans le viseur, les flux marocains à destination du marché du Grand Saint-Charles, à Perpignan, et à celui de Rungis. En revanche, les marchandises dangereuses de classe IMCO 1, 7 et 6.2 ne seront pas acceptées par l'armateur.

« Nous allons passer à trois rotations par semaine dès le premier trimestre 2021 », espère Rafik Belhadj-Amara, tablant sur les améliorations de la crise sanitaire à cet horizon. Pour lui, le nouveau service de La Méridionale représente « une alternative à la ligne de GNV à Sète » sur le Maroc, avec en outre une dimension de transition écologique. « Pour le port de Marseille, cette ligne s'inscrit dans le cadre des autoroutes de la mer. »

Scepticisme de l'Aftri 

Marc Grolleau, président de l'Association française de transport routier international (Aftri), estime que « l'idée est très bonne »  mais reste « échaudé par les expériences du passé qui n'ont pas tenu ». Il fait notamment allusion à la ligne ouverte par CMA CGM en 2017 qui n'a tenu que quelques mois. Autre motif de scepticisme, la grille tarifaire affichée par la Méridionale. « On propose en maritime des prix qui sont aussi élevés que les tarifs routiers », regrette-t-il. Quant aux fréquences de rotations, il conçoit qu'il faille attendre le pic de la crise et la fin de la période du confinement pour voir le service passer à trois départs par semaine. 

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Rentabilité de la ligne ?

Pour la place portuaire marseillaise, le lancement de ce nouveau service est bien perçu, notamment par ceux qui se lamentent de voir transiter aussi peu de tonnages avec le Maroc sur les quais du port phocéen. De là à imaginer que ce dernier devienne à terme le hub du Maghreb en complément de l'offre de transport sur l'Algérie et la Tunisie, Rafik Belhadj-Amara y souscrit.

Reste à savoir quelles parts de marché les deux ro-pax de La Méridionale parviendront à prendre à la route espagnole… Les Marocains, semble-t-il, sont prêts à élargir leurs solutions de transport vers l’Europe pour écouler leurs marchandises dont le volume va croissant et pour satisfaire les exigences environnementales dictées par Bruxelles.

Aux esprits chagrins déçus par les expériences avortéés du passé, la solution proposée par La Méridionale apporte une garantie. En adossant la rentabilité de la ligne sur le passager, elle pourra compenser avec les voyageurs les faiblesses enregistrées dans le fret roulant.

Vincent Calabrèse