©Eric Houri

 

Dans un rapport paru le 18 novembre, Climate Transparency observe une première baisse des émissions carbone du G20 dans le secteur de l’énergie en 2019. Mais d’autres secteurs, à l’instar des transports, voient leurs émissions augmenter. En août, l’OMI avait rendu publique une quatrième étude sur les émissions des gaz à effet de serre du transport maritime et sa réalité entre 2012 et 2018. 

En 2019, le Groupe des 20, qui pèse pour les trois quarts des émissions de gaz à effet de serre de la planète, a réduit de 0,1 % ses émissions de CO2 liées à la production de l’énergie. Un petit pas mais non négligeable car il s’inscrit en rupture avec la tendance de ces dernières années. De 2005 à 2017, les pays du G20 rejetaient en moyenne 1,4 % de CO2 en plus par an dans ce secteur qui n’avait jamais connu de baisses hormis les années de crises majeures. Mais ces efforts pourraient être annihilés car les plans de relance lancés à coups de milliards par les grandes puissances financent majoritairement les énergies fossiles sans réelles contreparties climatiques, indique Climate Transparency, une association de quatorze groupes de réflexion et universités du monde entier. Pour son rapport annuel publié le 18 novembre, la coalition s’est appuyée sur une centaine d’indicateurs.

La France est plutôt bien noté par le rapport en tant que « seul pays du G20 à demander des efforts en termes de pollution en échange de son soutien à sa compagnie aérienne Air France ». Avec l’Allemagne, c’est aussi l’unique État du G20 à exiger des garanties écologiques en contrepartie du sauvetage du secteur automobile, décrit le rapport. Mais selon les membres de l’association, en dépit d’un effort budgétaire conséquent en faveur de la décarbonation de ses industries, il est probable que la France ne tienne pas ses engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

Émissions en hausse dans les transports 

En revanche, autre enseignement de l’étude, si les rejets de CO2 baissent dans l’industrie de l’énergie, particulièrement polluante, d’autres voient leurs émissions augmenter. C’est le cas des transports (+ 1,5 %), du bâtiment (+ 0,9 %) et de l’industrie (+ 1,2 %).

Les émissions des transports du G20, représentant près de 70 % des émissions mondiales du secteur, ont continué de croître à un rythme régulier de 1,5 % en 2019, soit le même taux qu'en 2018 et la moyenne annuelle à long terme entre 2005 et 2017. « Sans une action climatique plus ambitieuse, les émissions mondiales devraient augmenter de 60 % d'ici 2050 », indiquent les universitaires. Les émissions par habitant (hors aviation) – 2,7 t de CO2 dans les pays de l'OCDE –, ont augmenté de 6 % entre 2013 et 2018, tandis que celles de l'aviation par habitant ont connu une croissance étonnante de 19 % entre 2012 et 2017. 

« La décarbonation des transports exigera des pays du G20 qu'ils mettent en œuvre des politiques et des objectifs visant à changer de mode de transport (transport de passagers du secteur privé vers le secteur public ; transport de marchandises par le rail) et de carburant (électrification de masse, carburants de substitution à faible teneur en carbone, tels que les biocarburants et l'hydrogène vert), flèchent-ils.

Les États-Unis, le Canada et l'Australie ont les émissions les plus élevées (hors aviation) et, avec le Royaume-Uni, les émissions par habitant les plus élevées du G20 dues à l'aviation.

OMI : les débats sur l'avenir décarboné toujours douloureux

De 977 Mt à 1 076 Mt en quatre ans

La France, bon élève de la décarbonation selon Climate Transparency, s’est aussi illustrée par sa diplomatie énergétique à l’Organisation maritime internationale (OMI) lors des récents débats sur la neutralité carbone du transport maritime. Il faut reconnaître qu’elle y a défendu une ligne exigeante et stricte quant aux mesures à obtenir du secteur pour se conformer aux objectifs de l’Accord, qui porte le nom de sa capitale, sur le climat : contenir le réchauffement climatique en deça d’un 1,5°C. Horizon de plus en plus incertain. 

En août, en amont des quelques sessions automnales stratégiques sur ce thème, l'OMI a rendu publique la quatrième étude de l'OMI sur les gaz à effet de serre (GES), confiée à un ensemble d’organismes et coordonnée par CE Delft. La présentation du document de près de 600 pages a suscité des manifestations d’humeur en révélant que les émissions totales de GES du transport maritime ont augmenté d'environ 10 % entre 2012 et 2018 :  de 977 Mt à 1 076 Mt (soit une augmentation de 9,6 %). En conséquence, la part des émissions du transport maritime dans les émissions mondiales de GES est passée de 2,76 % à 2,89 %.

 Mais il est un autre paramètre sur lequel l'étude s’est penchée : l'intensité carbone, qui n’était pas considérée dans les précédentes études. Elle s’est nettement améliorée pour le transport maritime international dans son ensemble (en moyenne de 21 % et 29 % par rapport à 2008, selon les indicateurs ) ainsi que pour la plupart des types de navires (de 22 % et 32 %), mais la croissance des échanges et donc du transport a en partie annihilé les gains d'efficacité.

MEPC 75 : avantage aux moins-disant sur les émissions de gaz à effet de serre

Trajectoire non linéaire 

L'analyse note également que les améliorations de l'intensité carbone n'ont pas suivi une trajectoire linéaire et que plus de la moitié d'entre elles ont été réalisées avant 2012. Le rythme de la réduction de l'intensité de carbone a ralenti depuis 2015, avec des variations annuelles moyennes en pourcentage de seulement 1 à 2 %.

Il est aussi question d’une augmentation frappante de 87 % des émissions de méthane entre 2012 et 2018, qu’il faut corréler avec l'augmentation du nombre de navires alimentés au GNL, « dont beaucoup produisent de fortes émissions de méthane », indique le rapport.

Pour la première fois est en outre établi un inventaire des émissions de carbone noir (BC) des navires, qui ont progressé d'environ 12 % entre 2012 et 2018. A noter que l'OMI devrait se mettre d'accord sur une réglementation du carbone noir l'année prochaine.

La consommation de HFO a augmenté

Dans le détail, trois types de navires restent, sans surprise, les principaux émetteurs, responsables à 86,5 % de GES : les porte-conteneurs, les vraquiers et les pétroliers. Le fuel lourd (HFO) reste le combustible dominant dans les transports maritimes internationaux (79 % de la consommation totale). Cependant, la période de l’étude a été marquée par un changement significatif dans la répartition des carburants. La part de la consommation du fuel à haute teneur en soufre a diminué d'environ 7 % tandis que celle de gasoil et de GNL a augmenté de 6 % et 0,9 %, respectivement. Le méthanol s’est aussi affirmé en quatre ans comme le quatrième combustible le plus utilisé, avec une consommation d'environ 130 000 t en 2018.

Cependant, les émissions de SOx (dioxyde de soufre) et de particules fines ont augmenté malgré une réduction de l’utilisation de HFO et une augmentation de celle du gasoil (notamment en raison de l'entrée en vigueur en 2015 d'un certain nombre de zones de contrôle des émissions ECA qui plafonnent la teneur en soufre). Celles de NOx (oxydes de soufre) ont crû moins rapidement. Le nombre croissant de navires équipés de moteurs conformes aux normes II et III peut l’expliquer.

Les navires n’ont pas vraiment ralenti

Les vitesses n'ont pas vraiment diminué. Les pétroliers et les porte-conteneurs ont vu leur cadence moyenne augmenter en 2015 et en 2016 et c’est bien durant ces deux années que le taux de croissance des émissions totales de CO2 a été le plus fort, preuve que l’allure des navires demeure un facteur clé de la pollution.

« La quatrième étude de l’OMI sur les gaz à effet de serre souligne que le secteur des transports maritimes a poursuivi sa tendance à découpler la croissance des émissions et celle du commerce maritime », avait réagi dans un communiqué la Chambre maritime internationale (ICS), qui milite pour le prélèvement d’une taxe sur le coût d'une tonne de carburant afin d’alimenter un fonds de R&D pour développer des technologies et carburants de rupture. « Elle montre une augmentation de 40 % du commerce maritime entre 2008 et 2018, tout en reconnaissant que les émissions de CO2 du transport maritime ont diminué de 10 % au cours de la même période. En particulier, le commerce maritime a doublé entre 1999 et 2018. »

Selon des projections à long terme de CE Delft, dans le cas d’un scénario en statu quo, les émissions carbone du transport maritime devraient, par rapport aux niveaux de 2018, augmenter de 50 % d'ici 2050. Une orientation diamétralement opposée à la trajectoire assignée par l’OMI qui demande à ce que le secteur divise par deux ses émissions d’ici à 2050. Les auteurs s'attendent à ce qu’elles soient nettement inférieures en 2020 et 2021 en raison de l'impact du coronavirus planétaire. Mais, en fonction de la trajectoire de reprise, cette épiphanie pourrait n’être que passagère.

Adeline Descamps