Á l'occasion de la COP27, l'ONU a annoncé le lancement d’un programme par satellite visant la détection de méthane, dont les fuites dans l’atmosphère fondent les principales critiques à l’égard du GNL. Au-delà, l’imagerie satellitaire peut être un outil efficace pour suivre les émissions de gaz à effet de serre générées par les navires. C’est ce qui ressort du moins de près de deux décennies de suivi satellitaire effectué par la Nasa.

Les satellites pourront identifier les fuites de méthane et les gouvernements et entreprises seront aussitôt prévenus pour pouvoir agir rapidement, assure le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), qui s’engage à rendre les données et l'analyse publiques entre 45 et 75 jours après la détection. « Il s'agit du premier système mondial et public capable de lier de manière transparente la détection de méthane à un processus de notification », assure l’ONU. Baptisé Mars (« Methane alert and response system »), le nouveau dispositif a été lancé à l'occasion de la conférence internationale sur le climat (COP27) qui se tient actuellement à Charm el-Cheikh. Il est le fruit d’une collaboration avec l'Agence internationale de l'énergie et la Coalition pour le climat et l'air pur, initiée par le PNUE. Il a bénéficié du soutien financier de la Commission européenne, des États-Unis et du Global Methane Hub et du Bezos Earth Fund.

Haro international sur le méthane

Le méthane est dans le collimateur depuis quelque temps. Á la COP26 de Glasgow l'an dernier, des pays se sont engagés à réduire les émissions de ce gaz d'au moins 30 % d'ici 2030, ce qui doit éviter 0,2°C de réchauffement à l'horizon 2050. L'engagement, signé à ce jour par 130 pays, inclut notamment les États-Unis et l'Union européenne, mais pas la Russie ou la Chine. Plus gros producteur mondial de brut, de gaz et de GNL, les États-Unis de Joe Biden viennent par ailleurs de présenter un nouveau projet de réglementation pour réduire leurs émissions.

« En agissant rapidement sur le méthane, nous pouvons avoir un impact substantiel pour limiter la hausse de la température mondiale dans les prochaines décennies », est convaincu Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne. Plus critique, le réseau d'ONG Climate Action Network a estimé que si « les intentions semblent louables sur le papier », « le texte n'est pas juridiquement contraignant et n'apporte rien de nouveau ». 

Selon les scientifiques, le méthane (CH4) est à l’origine de 25 % des émissions mondiales générées par l'activité humaine, en particulier l'industrie pétro-gazière et l'agriculture, avec un potentiel de réchauffement climatique bien plus élevé encore que le CO2 (28 fois supérieur). Mais ayant une durée de vie dans l'atmosphère beaucoup plus courte que celle du dioxyde de carbone – douze ans contre plusieurs siècles –, réduire ses émissions pourrait permettre d'obtenir des résultats bien plus rapidement. 

« Glissement » de méthane

Dans le secteur maritime, les fuites de méthane, également appelées « émissions fugitives » fondent les principales critiques formulées à l’endroit de la propulsion au GNL. Des critiques portées par les organisations environnementales mais aussi par des grandes institutions internationales, telle que la Banque mondiale, qui détient un statut d’observateur à l’OMI. 

Quand le gaz naturel est employé comme source d’énergie, le méthane est consommé à travers un processus de combustion. Ce processus génère alors 50 % en moins de gaz à effet de serre (GES) que la combustion du charbon et 30 % moins que celle du pétrole. Mais, si le gaz naturel, donc les molécules de méthane, s’échappent dans l’atmosphère, ce méthane, non dégradé, devient une importante source de GES.

Dans son rapport 2021, le GIEC s'était attaqué pour la première fois au CH4 émis par les navires au GNL. Selon les experts, il est comptable d’environ 0,3 °C des 1,1 °C de réchauffement de la planète. 

Nouvel outil de suivi des gaz à effet de serre

Au-delà, les satellites peuvent être des outils efficaces pour suivre les émissions des navires, soutient la Nasa, qui a publié le mois dernier les résultats d’une analyse portant sur les images satellites des traces laissées par les navires, « ces nuages marins pollués qui sont la signature du commerce moderne », indiquent les scientifiques. 

En s'appuyant sur près de deux décennies (2003-2020) d’imagerie, les chercheurs ont pu par exemple montrer que ces empreintes de pollution étaient moins nombreuses en 2020. Un phénomène qu’ils attribuent à la réglementation sur la teneur en soufre des carburants, entrée en vigueur au 1er janvier 2020. Elle aurait permis une réduction de 86 % du soufre contenu dans les gaz d’échappement. 

« En plafonnant la teneur en soufre des carburants à 0,5 % (contre 3,5 % auparavant), la réglementation mondiale de l'OMI a modifié en 2020 la composition chimique et physique des gaz d'échappement des navires. Moins d'émissions de soufre signifie qu'il y a moins de particules d'aérosol libérées pour former des traces de navires détectables », indiquent les experts de la Nasa.

Paradoxalement, les perturbations liées à la pandemie n’ont joué « qu’un petit rôle dans cette réduction », notamment en diminuant le trafic maritime mondial de 1,4 % pendant quelques mois. « Mais ce fait ne peut pas expliquer à lui seul la forte diminution des panaches, restées à des niveaux historiquement bas pendant plusieurs mois de 2021 », soutiennent les chercheurs, qui en déduisent donc que la nouvelle réglementation mondiale sur les carburants a joué un rôle prépondérant. 

Première climatologie mondiale

En revanche, selon Tianle Yuan, expert de l'atmosphère au Goddard Space Flight Center de la Nasa, des réglementations similaires définies au niveau régional – comme la zone de contrôle des émissions (Eca) en vigueur depuis 2015 au large de la côte ouest des États-Unis et du Canada – n’auraient pas eu l'effet escompté « car les opérateurs ont modifié leurs itinéraires et tracé des routes plus longues pour éviter les zones désignées », assure-t-il. 

En ayant recours à l'intelligence artificielle et à différentes technologies informatiques avancées, les experts estiment avoir créé la première climatologie mondiale (un historique des mesures) des traces de navires. « Sans ce type d'échantillonnage complet et à grande échelle, nous ne pouvons pas commencer à comprendre complètement ce problème », estime le spécialiste. 

Sur la longue période de leur analyse, ses équipes ont constaté, de façon assez logique que les fluctuations de l'activité économique laissent des traces distinctes dans les enregistrements satellitaires. Ainsi, la tendance générale à la hausse de l'activité de transport maritime entre 2003 et 2013, qui se lit dans les « nuages de navires », s'est inversée pendant environ un an à la suite de la crise financière mondiale de 2008. Une baisse encore plus marquée entre 2014 et 2016 est symptomatique du ralentissement des importations et exportations chinoises de matières premières et de produits de base.

A.D.