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Alors que l’année touche à sa fin, les taux de fret spot et à long terme, qui semblaient se dégonfler et avaient entamé une trajectoire baissière plusieurs semaines de suite, sont inévitablement repartis à la hausse.

Le baromètre des taux de fret au comptant, le SCFI, qui mesure les prix de transport au départ de Shanghai vers une vingtaine de destinations, a terminé vendredi 10 décembre en hausse de 1,8 % pour atteindre 4 811 points, un nouveau record. Sur une base annuelle, les taux de fret auront augmenté de 108,1 %.

Au grand dam des chargeurs, mais pour le bonheur des compagnies et des transitaires, il y a peu de chance que la spirale haussière s’enraye d’ici le nouvel an chinois, le 1er février. La demande de consommation reste forte, notamment outre-Atlantique et les détaillants, en anticipation de la morne saison qui va encadrer le nouvel an chinois, pourraient précipiter leurs réassorts, forts de l’expérience des précédents de cette année. 

À la congestion des principaux ports et à la problématique du repositionnement persistant des conteneurs vides, il faudra en outre compter sur les nouvelles exigences de la Chine en matière changements d’équipage, Pékin imposant des quarantaines allant jusqu'à 7 semaines. Elles entravent déjà la mobilité entre les principaux ports du sud de la Chine et pourraient exercer une pression supplémentaire sur la chaîne d'approvisionnement. Concrètement, les navires changent d'itinéraire pour contourner les restrictions chinoises, allongeant les transit-time.

Le Ningbo Containerized Freight Index (NCFI), qui reflète la fluctuation des taux de fret au départ du troisième port chinois Ningbo-Zhoushan sur 21 routes, atteint également son plus haut, avec 4 079,4 points (+ 1 % par rapport à la semaine dernière). Quinze destinations sont sur une tendance haussière tandis que les six autres ont baissé. Sur les itinéraires européens et méditerranéens, où les blank sailing ont été plus nombreux, l’indice atteint un niveau particulièrement élevé, de 5 611,7 points (+ 1,8 % par rapport à la semaine précédente).

Offre sous tension

Bien que la saison de pointe traditionnelle soit passée outre-Atlantique, la demande de transport demeure très élevée. La relation offre-demande entre les routes maritimes est toutefois stable : en baisse de 0,2 % vers la côte Est, à 3 252 points, et de 2,4 % vers l’ouest-américain, à 4 477,1 points. 

En revanche, vers le Moyen-Orient, particulièrement affecté par des suppressions de traversées, la réduction des capacités a mis l'offre sous tension et les taux de fret spot continuent leur ascension. Le NCFI était de 3528,4 points en fin de semaine dernière, marquant une nouvelle progression hebdomadaire de 1,6 %.

Faiblesse de la demande ?

Selon les estimations de S&P Platts, les taux premium pourraient augmenter de façon significative et assez rapidement (à partir du 15 décembre) sur le marché transpacifique, à destination de la côte ouest de l'Amérique du Nord (entre 12 000 et 14 000 $ par conteneurs de 40 pieds) et à plus forte raison vers la côte est (entre 16 000 et 18 000 $/FEU).

Les transporteurs ont tous manifesté, à l’occasion de la présentation de leurs résultats trimestriels, la volonté de contrôler les taux spot pour les maintenir à la stabilité. Quand bien même la demande serait faible, la seule congestion portuaire et les retards voire les suppressions de traversées suffisent à tenir les taux de fret à un niveau élevé de rentabilité.

Le phénomène masque sans doute la décélération de la demande à certains endroits de la planète, réelle depuis la Golden Week (semaine de jours fériés en Chine en octobre). Les perturbations du transport maritime ont pu en outre dissuader certains chargeurs de réserver des slots alors qu’ils n’avaient pas la certitude d’être livrés à temps voire parce qu’ils attendent une baisse des prix. Les taux des FAK de l'Asie vers l'Europe ont, eux, baissé la semaine dernière (de quelque 800 $) reflétant la faiblesse (passagère) de la demande.  

Alors que les chargeurs ont commencé à signer des contrats de deux ou trois ans avec des transporteurs pour s'assurer de l’espace à bord dans un marché de raréfaction et d’économie de la panique, les taux de fret à long terme sont aussi repartis à la hausse.

A.D.