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DNV GL-Maritime a publié le 22 septembre la quatrième édition de ses prévisions maritimes à l'horizon 2050. La publication d’une centaine de pages présente les voies possibles de la décarbonation du transport maritime. Seize types de combustibles différents et dix systèmes de technologie des combustibles ont été modélisés. Des perdants et des gagnants.

DNV GL nage à contre-courant. Dans la quatrième édition de ses prévisions de transition énergétique à l’horizon 2050 – Maritime Forecast to 2050 –  DNV GL présente les voies possibles de la décarbonation du transport maritime, étant entendu que le choix du combustible sera déterminant dans cette ambition. C’est à peu près la seule chose qui soit consensuelle.

En phase de transition, le secteur se trouve confronté à un panel de plus en plus diversifié de carburants dont la disponibilité, les prix et les réglementations influenceront les choix. Seize types de combustibles différents et dix systèmes de technologie des combustibles ont été modélisés dans ce rapport.

« Le grand défi de notre temps est de trouver une voie vers la décarbonation », confirme Knut Ørbeck-Nilssen, PDG de DNV GL - Maritime. « La pression pour agir de manière décisive s'accroît. La perfection est l'ennemi du bien, et nous ne devons donc pas attendre qu'une solution idéale arrive. »

Transport maritime : le grand consensus autour de l'ammoniac

30 scénarios

Dans cette publication, dont l'objet est d’apporter aux armateurs des éléments leur permettant d’y voir plus clair dans leurs choix vers la décarbonation face à leurs incertitudes technologiques, réglementaires et commerciales, DNV GL s'appuie sur une bibliothèque de 30 scénarios, soulignant les risques et performances (par rapport aux objectifs carbone) des différents choix de conception.

« Les 30 scénarios aboutissent à des résultats très différents en ce qui concerne la combinaison de combustibles dans la flotte. Dans les scénarios sans ambition de décarbonation, le fioul à très faible teneur en soufre, le gazole marin et le GNL dominent. Pour une vrai décarbonation, en 2050, une variété de carburants neutres en carbone détiendra entre 60 et 100 % de parts de marché », indique le document.

Décarbonation : La surenchère dans les carburants

Des surprises

La publication contient plusieurs surprises. À commencer par la place de grand perdant allouée à l'hydrogène, qui ne fera pas partie, selon la société de classification, des principaux carburants du futur pour le transport maritime. Alors que les grands renforts publics, déployés dans le cadre des plans de relance, sont massivement fléchés vers cette énergie. Erigé en véritable « vecteur star » des carburants du futur, l’hydrogène est présenté comme la seule énergie qui puisse permettre réellement d’atteindre les objectifs en matière de réduction de toutes les pollutions qui contribuent au réchauffement climatique. Et ce en dépit de ces fortes contraintes en termes de stockage et de transport.

DNV GL qui, jusqu’à présent donne plutôt sa préférence au GNL, semble croire que l’utilisation de l'hydrogène comme carburant pour les navires serait relativement limitée, en raison à la fois du prix du carburant et des coûts d'investissement pour le moteur et les systèmes de carburant. L'hydrogène, cependant, jouera un rôle essentiel dans la production de plusieurs carburants neutres en carbone tels que l’ammoniac ou le méthanol. « Il peut également trouver des applications de niche dans certains types de navires, tels que les ferries et les paquebots, ainsi que dans des régions spécifiques où des investissements ont été réalisés dans la production et la distribution. »

Les trois voies qui mènent à la décarbonation du transport maritime

Un cadre clair 

La société, qui a produit de nombreux rapports sur les perspectives de transition énergétique, reconnaît qu’il est difficile d'identifier « des gagnants clairs » parmi les nombreuses options de combustibles. Le GNL d’origine fossile gagne une part importante jusqu'à ce que les réglementations se durcissent en 2030 ou 2040. Le MGO et GNL « verts », produits à partir des énergies renouvelables, apparaissent comme des carburants de substitution pour les navires existants. D'ici 2050, l’ammoniac et le méthanol figurent en bonne place sur le marché et s’affirment comme les carburants neutres en carbone les plus prometteurs à long terme.

Le rapport, qui contient un certain nombre de conseils aux armateurs, indique que « la planification de la flexibilité des carburants pourrait faciliter la transition et minimiser le risque d'investir dans des actifs immobilisés ». Il rappelle que l'adoption de carburants neutres en carbone ne se fera pas tant qu'un « cadre réglementaire clair et solide » ne sera pas spécifié.

Évidemment, le cadre doit garantir la « disponibilité mondiale de grands volumes de carburants neutres en carbone, permettre leur utilisation en toute sécurité et encourager leur adoption tout en maintenant des conditions de concurrence équitables », assoit DNV GL.

Adeline Descamps

 

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