Des trafics qui se maintiennent mais une inquiétude non dissimulée compte tenu des incertitudes liées au Brexit. L'entreprise bretonne, dont 85 % de la clientèle est britannique, craint que la libre circulation ne soit compromise, principe cardinal qui régit son marché axé sur le transmanche. 

Brittany Ferries vient de publier ses résultats de trafics passagers et fret pour le troisième trimestre 2018. Ils font état d’une hausse de 2 % de son trafic passagers au cours de la saison estivale (juillet-septembre), par rapport à la même période que l'an dernier. C'est la ligne Roscoff-Cork qui affiche la meilleure performance avec une hausse de 9 % de passagers. "Ce résultat reflète l'augmentation de capacité consécutive à l'arrivée du Connemara dans la flotte en mai dernier. Le Connemara a également contribué à une hausse de 12 % sur les lignes longues entre le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Irlande", indique le communiqué.

La ligne la plus fréquentée de la compagnie Portsmouth-Caen (30 % des passagers) n’affiche pour sa part qu’une faible de croissance (2 %) tandis que les lignes Plymouth-Roscoff et Cherbourg-Portsmouth sont en repli, respectivement de 1 et 9 %, cette dernière pâtissant selon l’entreprise bretonne d’une saison écourtée du Normandie Express, le plus rapide des unités de la compagnie. Plus impactés, les volumes fret globaux sont en retrait de 5 %, passant de 47 815 à 45 649 unités, que la société justifie par la période moins propice aux marchandises. "Si la saison estivale est une période très forte sur le trafic passagers pour Brittany Ferries, elle l'est beaucoup moins pour le fret. Environ 20 % des volumes annuels de fret sont acheminés sur cette période de juillet à septembre. La baisse est liée au taux de remplissage plus élevé de passagers et de leurs véhicules laissant moins de place aux camions".

Brexit, exit

La société de Roscoff ne cache pas une réelle crainte si le Brexit ne débouche pas sur un accord qui ne remette pas en cause la libre circulation des personnes et des marchandises. Principe cardinal qui régit son marché depuis qu'elle a effectué sa toute première traversée transmanche le 2 janvier 1973, le jour même de l'entrée de la Grande-Bretagne dans ce qui était alors la CEE. Son activité est en grande partie fondée sur le tourisme britannique, rappelle-t-elle. La compagnie touche notamment les ports de Portsmouth, Poole, Plymouth et Cork.

"85 % de nos passagers étant britanniques, nous devons être bien conscients que le Brexit n'est pas seulement un problème pour le Royaume-Uni. L'incertitude, l'instabilité et le déclin de la confiance des voyageurs qui empruntent le Channel sont une entrave à notre croissance et au développement des régions que nous desservons", indique Christophe Mathieu, président du directoire de Brittany Ferries. Il s’appuie notamment sur l’état des réservations pour l'été 2019 accusant d’ores et déjà une tendance "inquiétante" à la baisse.

GNL, une conviction

Pour autant, la société ne démord pas de ses engagements. Elle est à ce jour l’une des premières compagnies françaises à avoir pris franchement position pour la propulsion au GNL avec la compagnie marseillaise CMA-CGM et ses 9 futurs porte-conteneurs de 22 000 EVP livrables en 2020. Brittany Ferry doit accueillir dans sa flotte en 2019 le Honfleur (187 m, jauge brute de 42 000 tonnes, 1 700 passagers, 257 cabines) sur sa ligne-phare Caen-Portsmouth. Deux autres navires suivront, dans le cadre d'un investissement de 450 M€ destiné au renouvellement de la flotte.

"Avant 2025, gage d’exemplarité, la moitié de la flotte de Brittany Ferries devrait être renouvelée avec le choix du GNL, ce carburant propre qui sera celui du futur pour le secteur maritime". Jean-Marc Roué, le président du conseil de surveillance de Brittany Ferries, a assez rapidement pris position en faveur de ce carburant pour coller à l’agenda environnemental de l’OMI qui plafonne le soufre dès 2020.

L'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de 450 M€ en 2017, emploie entre 2 400 et 3 200 salariés (dont 1 700 marins). Avec sa flotte de 11 navires, desservant 11 routes entre la France, le Royaume Uni, l’Irlande et l’Espagne, elle a assuré le transport l'an dernier de 2,7 millions de passagers, 901 000 voitures et 205 000 camions. 

--- A.D ---

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