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Dans son dernier rapport, publié fin septembre, l'Organisation de coopération et de développement économiques indique que la hausse vertigineuse des taux de fret conteneurisés est à l'origine d'une grande partie de l'inflation dans les pays du G20 cette année. 

« L'inflation galopante constitue un défi difficile pour les banques centrales, n’a pas caché Laurence Boone, économiste en chef, lors d’une conférence de presse en support à la publication de ses dernières Perpectives économiques, rapport intitulé Keeping the recovery on track, rising commodity prices and global shipping costs, publié fin septembre. En français, « Maintenir la reprise sur les rails ».

L'économie mondiale connaît une croissance beaucoup plus forte que prévu il y a un an, soutenue par les plans de relances publiques, stimulée par les politiques monétaires et par les progrès de la vaccination. Le PIB mondial a désormais dépassé son niveau d'avant la pandémie, mais la production à la mi-2021 était encore inférieure de 3,5 %. Cela représente un manque à gagner réel de plus de 4 500 Md$ et équivaut globalement à une année de croissance de la production mondiale en temps normal.  

Aussi, dans certains pays, où la production a retrouvé son « niveau d'avant », comme aux États-Unis, l'emploi reste plus faible. En Europe, l'emploi a été largement préservé, mais la production et le nombre total d'heures travaillées ne se sont pas encore totalement rétablis. Quelques économies de marché émergentes ont connu une reprise rapide, mais dans certains cas, celle-ci s'est accompagnée de fortes pressions inflationnistes. 

Hausse des matières premières et taux de fret à l’origine de l’inflation

Dans ce contexte d’augmentation rapide de la demande, de perturbations de l'offre et d'épuisement des stocks, l'OCDE considère que la hausse des prix des matières premières et des taux de fret dans le transport maritime par conteneurs (indice SFCI, marché spot) expliquent en grande partie la reprise de l'inflation des prix à l'importation (+ 11 %) et à la consommation (+ 1,5 %). « Dans l'ensemble, cela donne à penser que la hausse des prix des produits de base et des coûts de transport explique environ les trois quarts de la variation de plus de deux points de pourcentage de l'inflation des prix à la consommation du G20 depuis le second semestre de 2020. » 

Dans ce scénario est présupposé que les coûts de transport maritime augmentent d'un peu plus de 25 % au quatrième trimestre de 2021, conformément aux taux de croissance observés au deuxième et troisième trimestre, avant de se stabiliser au premier semestre de 2022 et de revenir à leur niveau d'avant Covid à mesure que les goulets d'étranglement se résorbent et que les capacités augmentent. Les prix des produits de base sont, eux, calculés sur leur niveau moyen de juillet et août 2021.

Une incertitude importante demeure également quant aux perspectives d'évolution des coûts des intrants. Dans un autre scénario, dans lequel les prix des matières premières augmentent encore au quatrième trimestre de 2021 et les frais de transport restent élevés tout au long de 2022, la pression à la hausse sur les prix à la consommation est de près de deux points de pourcentage au quatrième trimestre de 2021, et de plus d'un point en moyenne en 2022. 

Par zones géographiques

Plus globalement, les risques d'inflation à court terme sont orientés à la hausse, en particulier si les pénuries d'approvisionnement prennent beaucoup de temps à être surmontées.  

L'inflation a augmenté particulièrement rapidement ces derniers mois aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, et même avec une certaine atténuation des pressions sur les prix au cours de l'année prochaine, elle devrait se situer autour de 2 à 3 % en 2022. Elle devrait rester inférieure à 2 % dans la zone euro et au Japon, mais s'accélérer à mesure que la reprise progresse.

Dans les économies émergentes, les surprises à la hausse ont été de taille en Argentine, au Brésil, au Mexique, en Russie et en Turquie, et devraient persister pendant un certain temps. En Chine, elle reste modeste, malgré la hausse rapide des prix à la production, en raison de la forte baisse des prix alimentaires. 

« Le soutien des politiques macroéconomiques reste nécessaire tant que les perspectives sont incertaines et que l'emploi ne s'est pas encore totalement rétabli », préconise l’OCDE, qui craint le retrait prématuré et abrupt du soutien politique. « Le poids du service de la dette reste faible, grâce à une politique monétaire accommodante, malgré des déficits élevés et des niveaux d'endettement croissants. Cela laisse une marge de manœuvre, alors que les taux d'intérêt restent bas, pour un soutien budgétaire soutenu afin d'assurer une reprise complète et durable. » 

Adeline Descamps