©Dietmar Hasenpusch

 

Pour la deuxième fois en peu de temps, un porte-conteneurs a perdu un grand nombre de conteneurs dans le Pacifique. Après ONE et ses 1 816 conteneurs tombés à l’eau, Maersk en fait les frais avec 750 boîtes passées par-dessus bord de son Maersk Essen. De quoi faire monter les statistiques. Selon le World Shipping Council, la perte annuelle moyenne a été de 779 unités entre 2017 et 2019.

Les images du porte-conteneurs ONE Apus et de sa cargaison en vrac sont encore rémanentes. Le nombre – 1 816 – de conteneurs passés par-dessus bord a imprimé la légende. Le très lent mouvement des grues démêlant l’écheveau des conteneurs délogés et endommagés à bord des navires pour les décharger à quai, sans nuire à l’intégrité des marchandises et la sécurité des opérateurs, a marqué les esprits. Le coût du sinistre, estimé à plus de 200 M$ pour ce qui des cargaisons endommagées, ne devrait pas s’effacer des mémoires de sitôt. 

Le temps n’a pas encore eu le temps de transformer ces images en vieux souvenirs qu’un nouveau coup de houle dans le Pacifique Nord a réservé un sort similaire au Maersk Essen, qui aurait perdu jusqu’à 750 conteneurs tandis que les cales ressemblent à un champ de bataille de conteneurs mutilés. La perte s'est produite le 16 janvier, mais l’armateur danois n'a pas toujours pas fourni de détails sur la position de ce navire de 13 100 EVP construit en 2010. 

Le Maersk Essen avait quitté Xiamen le 26 décembre et devait arriver à Los Angeles le 22 janvier. Il opère sur la ligne TP6 qui relie l’Asie à la côte ouest des États-Unis via le Vietnam (Vung Tau), Hong Kong et Yantian et Xiamen. D’après les données de suivi des navires, il devrait se trouver à environ 430 miles nautiques (moins de 800 km) au nord-est d'Honolulu quand il a été secoué par une violente tempête. 

En toute vraisemblance au vu du nombre de conteneurs délogés, ils devront être repositionnés lorsque le navire sera à quai, à Los Angeles où son arrivée est prévue dans les heures qui viennent. Selon le rapport initial du cabinet de conseil WK Webster, spécialisé dans les réclamations de cargaison, jusqu'à 100 conteneurs dérivent au nord-ouest d'Honolulu. « Il est donc très probable que certains conteneurs se soient effondrés ou aient été endommagés dans les piles impactées mais qu'ils soient toujours à bord. Ces conteneurs devront être enlevés ou repositionnés, et des dispositions ont été prises pour que des inspecteurs soient en place afin d'enquêter sur les causes de l'incident et d'effectuer des contrôles de la cargaison ». Inévitablement, le transit-time sera donc dégradé.

ONE Apus et les autres : la perte de conteneurs reste un sujet

Des bis repetita

« Nous considérons qu'il s'agit d'une situation très grave. Elle fera l'objet d'une enquête rapide et approfondie. Les opérations et la sécurité des navires sont notre plus grande priorité et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour minimiser le risque que des incidents similaires se produisent à l'avenir. Une communication de crise et une procédure de réclamation ont été mis en place d'urgence pour les clients concernés », indique Maersk, les garde-côtes américains, l'État du pavillon et les autorités compétentes étant informés. 

L’incident du Maersk Essen est donc le second dans le Pacifique à avoir éprouvé la colère du temps en moins de deux mois  Celui du ONE Apus au large d’Hawaï fin novembre était lui-même un bis repetita du ONE Aquila (14 052 EVP), qui avait également perdu des conteneurs dans le Pacifique Nord fin octobre alors qu'il naviguait également vers Long Beach. Le nombre n’a pas été défini par la compagnie nippone. Mais l’expert en sinistres de cargo WK Webster l’estime à plus de 100 unités.  

APL England : vers un nouveau débat sur les conteneurs perdus en mer ?

Arrimage, point clé mais non exclusif

La loi des séries impose sa fatale mais inexorable course. Ils ont été peu médiatisés mais plus récemment, le transporteur israélien ZIM a perdu 76 boîtes à bord d'un navire affrété, le E.R. Tianping, qui faisait route de la Corée du Sud vers l'Amérique du Nord. 

Le Ever Liberal de 8 452 EVP d’Evergreen a également semé 36 conteneurs de 40 pieds au large de la côte sud de l’île japonaise de Kyushu alors qu’il se rendait de Busan à Los Angeles.

Depuis fin novembre, ce sont donc peu ou prou 2 800 boîtes parties à vau l’eau. À n’en pas douter, alors que les navires sont actuellement chargés à bloc, le plan d’arrimage va questionner, supputent déjà des analystes. Sachant que l’arrimage n’est pas le seul point clé de la sécurité d’un conteneur : l’emballage de la marchandise dans le conteneur, sa disposition selon son caractère dangereux et la déclaration du poids correct sont tout aussi importants. 

Toutefois, modère le World shipping council, qui recense depuis 2011 le nombre de conteneurs perdus en mer auprès de ses membres, « même si ces facteurs sont respectés, ils ne sont pas une garantie contre des conditions météorologiques violentes. » 

MSC Zoe : des règles plus strictes sur l’arrimage des conteneurs s’imposent

Source : World shipping council, données 2008-2019

Analyse sur 12 ans

D’après la dernière actualisation du World Shipping Council, spécialiste de cette comptabilité, 226 millions de conteneurs ont été transportés en 2019, dont la valeur marchande est estimée à plus de 4 000 Md$.  La mise à jour de 2020, à partir des trois années entre 2017 et 2019, laissait entrevoir une nette tendance à la baisse. L’analyse des pertes en mer sur une période de douze ans montre que la situation n’est pas linéaire. Le nombre moyen de conteneurs perdus en mer chaque année s’établit à 1 382 entre 2008-2019.

Si l’on se cantonne aux trois dernières années, il n’est plus que de 779. Au cours de la période 2008-2010, 675 étaient comptabilisés par an. C’est ensuite l’inflation avec une moyenne annuelle de 2 683 au cours des années 2011-2013. Elle est en grande partie le fait du naufrage du Mol Comfort (2013), qui a perdu 4 293 conteneurs et au M/V Rena (2011) et de ses 900 conteneurs.

La perte des cargaisons sur le MOL Comfort a coûté au P&I Club 440 M€ au titre des cargaisons sur un total de 523 M€.

La période suivante (2014-2016) a été marquée par le naufrage du SS El Faro (2015) qui a coûté la vie à 33 membres d'équipage et englouti 517 conteneurs. La perte annuelle moyenne pour cette période-là s’est fixée à 1 390 personnes, soit environ la moitié du recensement précédent.

Adeline Descamps