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L’opérateur de câbliers, filiale du groupe de télécommunications Orange, a confié la construction du remplaçant du Raymond Droze au duo composé du chantier naval Colombo Dockyard et du norvégien Vard. Il en fait un marqueur de sa confiance dans ce marché.

C’est sans doute une déception pour Piriou, qui avait présenté dernièrement un projet qu’il espérait placer pour remplacer le Raymond Croze d’Orange Marine. La filiale du groupe Orange avait manifesté dernièrement sa volonté de renouveler une partie de sa flotte touchée par l’âge dont le Raymond Croze, mis en service en 1983. Elle a annoncé le 2 décembre qu’elle confiait le contrat de construction au chantier naval Colombo Dockyard (Sri Lanka), assisté pour le design du norvégien Vard. Le duo avait déjà été retenu pour la conception et la construction du dernier câblier mis en service par les représentants d’Orange Marine au Japon, le KDDI Infinity. Vard est aussi le chantier du Pierre de Fermat, qui avait été mis en service en 2014. Le remplaçant du Raymond Droze, qui a réalisé plus d’une centaine de réparations de câbles principalement en Méditerranée, mer Noire et mer Rouge, devrait être livré durant le 1er semestre 2023.

Orange renouvelle ainsi sa confiance dans le marché des câbles sous-marins et a opté en l’occurrence pour la polyvalence, ciblant à la fois les propriétaires de câbles sous-marins de télécommunications mais aussi les opérateurs de champs d’éoliennes offshore : « ce sera le premier navire de sa génération conçu spécifiquement pour réparer des câbles sous-marins de télécommunications à fibre optique ou d’énergie pour relier des éoliennes offshore », indique Didier Dillard, le directeur général d’Orange Marine.

Hautement stratégique 

Les câbliers sont des navires de haute technicité qui doivent répondre à des contraintes particulières, une qualité d’équipage et une robustesse puisqu’ils sont appelés à intervenir 24h/24 et 365j/365. Pour leur caractère stratégique – le maintien de la connectivité internet mondiale repose à plus de 80 % sur les câbles sous-marins – ils ne peuvent pas se permettre d’être pris en défaut. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ils peuvent opérer sous le Rif, dont le surcoût est pleinement justifié par leur intensité technologique.

« Les câbles sous-marins constituent l’épine dorsale de l’Internet mondial et malgré des choix de tracé optimisés et des mesures de protection prises lors de leur installation, des défauts interrompant leur fonctionnement sont régulièrement constatés. Cela peut occasionner des perturbations majeures sur le fonctionnement d’internet et des services de télécommunications internationaux et dans de tels cas de figure, un navire de câblier doit intervenir sans délai », explique l’entreprise.

Cap sur l’empreinte 

Pour son futur fleuron, Orange Marine a forcé le trait sur l’économie de fonctionnement et la réduction de l’empreinte environnementale, visant la norme IMO Tier III avec une diminution de 20 % des émissions de CO2 et de 80 % des oxydes d’azote par rapport au Raymond Croze. Tout a été pensé pour réduire son empreinte environnementale, indique l’opérateur.

La carène a été profilée pour limiter la consommation de carburant, qui sera réduite de 25 % par rapport à la moyenne des câbliers actuellement en service, soit 10 t/jour à une vitesse de 12,5 nœuds. Il sera propulsé avec un moteur hybride diesel-électrique et équipé pour se brancher à l’électricité à quai.

Sur le plan de l’opérationnel, l’entreprise a placé ses priorités dans la maniabilité et la maintenance, grâce à ses « propulseurs principaux Azipods », sans « renvoi d’angle pour avoir un meilleur rendement, un gain de fiabilité et d’entretien ». La carène profiler devrait aussi faciliter les opérations de maintenance.

Un investissement de long-terme 

« Cet investissement est un signe fort pour le maintien de cette activité historique au sein du groupe Orange. Elle s’inscrit dans la stratégie de développement de sa position d’acteur de premier plan sur le marché des réseaux internationaux en général et des câbles sous-marins en particulier », indique dans le communiqué Jean-Luc Vuillemin, vice-président éxecutif d’Orange et responsable des réseaux internationaux. 

Orange Marine opère trois câbliers sous pavillon français (Rif) : le René Descartes, exploité pour la pose, le Raymond Croze, basé à Toulon pour la maintenance et le Pierre de Fermat, à Brest, qui peut à la fois effectuer de la maintenance et de la pose. Elettra, la filiale italienne, exploite les câbliers Teliri et Antonio Meucci, ainsi que le navire de survey Urbano Monti. Les six navires ont posé plus de 220 000 km de câbles à fibre optique et ont effectué près de 550 réparations.

Adeline Descamps