©Préfecture maritime de Méditerranée premar

Sur les 21 navires croisant dans la zone, trois sont susceptibles d’être à l’origine du rejet illégal en mer qui a provoqué une immense nappe de pollution sur 35 km. La Méditerranée est l'une des zones de navigation les plus fréquentées au monde alors qu'elle est particulièrement vulnérable.

« Un acte malveillant commis par des voyous de la mer, c'est ainsi que je veux les qualifier », a très vite réagi au cours du week-end la ministre de la Mer, Annick Girardin, sur les ondes de la radio publique France Info. « On est à trois heures d'un port, tout ça sans doute pour économiser quelques milliers d'euros », a-t-elle ajouté en faisant état d’un probable dégazage en mer. Le nettoyage des cuves d'un navire doit en principe s'effectuer dans un port via une société spécialisée selon des normes environnementales encadrées, ce qui représente un coût auquel, selon la ministre de la Mer, certains armateurs seraient tentés d'en faire l’économie.

La représentante du gouvernement, qui a survolé la zone dès samedi avec Barbara Pompili, ministre à la Transition écologique, intervenait alors qu’une immense nappe d’hydrocarbures s’étalant sur 35 km avait été repérée au large de la Corse à la veille du week-end, le vendredi 11 juin. Des boulettes d’hydrocarbures ont été repérées sur la plage à Solaro dans le sud-est de l'île et récupérées en mer près de Ghisonaccia. « Toutes les zones humides ont déjà été protégées de manière à ce que la pollution n'entre pas sur ces sites protégés », a assuré Annick Girardin.

Déploiement de moyens militaires et nautiques

« Depuis vendredi, on observe une dérive vers le sud qui oscille entre 5 et 15 km des côtes, évoluant au gré des courants maritimes et de la météo », précise la préfecture maritime de la Méditerranée. Si la pollution s’est depuis fragmentée, l’action de l’État en mer n’excluait toujours pas, dimanche soir, dans un communiqué, que la côte puisse être touchée.

Plus de quatre tonnes de polluants ont été ramassées durant le week-end par les moyens nautiques déployés : « Au nord, le bâtiment de soutien et d'assistance affrété (BSAA) Jason (affrété de la Marine nationale) et la vedette des Affaires maritimes Mimosa avec, chacun, un chalut ; au centre, la vedette Libecciu des douanes françaises, avec un chalut ; au sud, le bâtiment de soutien et d'assistance affrété (BSAA) Pionnier (affrété de la Marine nationale) et le remorqueur Altagna de la société Erasme avec un chalut », détaille la préfecture. En outre l’hélicoptère Dragon 2A de la Sécurité Civile, un Falcon50 et l’hélicoptère Pantherde la Marine nationale ont survolé la zone pour guider les moyens nautiques.

Hier à 17 h, la préfecture indiquait qu’aucune nappe n’avait été repérée au large par les moyens aériens déployés mais des « boulettes éparses de plus en plus fines en proximité du littoral ». 

Enquête judiciaire

La zone de recherche s’étend désormais sur une dizaine de kilomètres et une dizaine de spots ont été identifiés par moyens aériens au nord du golfe de Porto-Vecchio. Les analyses des hydrocarbures informent que le risque d’échappement gazeux ne représente aucun danger. Les rejets d’hydrocarbures étant réglementés par la convention Marpol et le code de l’environnement, la juridiction du littoral spécialisée (Julis à Marseille) s’est saisi et une enquête judiciaire a été confiée à la gendarmerie maritime qui va y détacher onze personnes.

Sur les vingt-et-un navires qui croisaient dans la zone, trois sont susceptibles d’être à l’origine de ce dégazage sauvage. Un rejet volontaire dans les eaux françaises de la ZEE (Zone économique exclusive) est aujourd’hui passible d’une peine de prison jusqu'à dix ans et d’une amende allant de 50 000 à 10 M€ selon la taille du navire.

Particulièrement sensibilisée, touchée par quelques catastrophes majeures de pollution maritimes, la Méditerranée est l'une des zones de navigation les plus actives au monde avec plus de 3 000 navires qui croisent par an. 20 % du commerce mondial et 10 % du transit de conteneurs y transitent selon les données officielles.

Adeline Descamps