Retenu dans le port sicilien de Syracuse par les autorités italiennes alors que deux cas positifs avaient été détectés à l’occasion de tests pratiqués à bord, le Jacques Cartier, parti le 25 octobre de Malte, a regagné Marseille, son port d’attache, le 2 novembre pour débarquer ses passagers. 

Après quelques jours de quarantaine dans le port sicilien de Syracuse, le Jacques Cartier, dernier-né et sixième unité de la gamme des yachts d’expédition de la classe Explorer (131 m de long avec 92 cabines dotées de balcons) de Ponant, a pu regagner la France le 2 novembre au matin. Le débarquement des 72 passagers et 93 membres d’équipage, dont 12 marins et 7 passagers ont contracté le coronavirus, s’est effectué sous l’égide de l’Agence régionale de santé (ARS), des autorités sanitaires, préfectorales et portuaires, selon les protocoles en vigueur dans ce cas. Le rapatriement a été compliqué sur un plan administratif par les nouvelles mesures de restrictions édictées entre temps en France qui interdisent la navigation aux navires de croisière dans les eaux françaises.

Après avoir été francisé sous le registre de Wallis et Futuna le 14 juillet dernier, le 11e paquebot de la compagnie Ponant, à peine livré par le chantier norvégien de Vard, avait effectué sa croisière inaugurale au départ de Saint Malo le 18 juillet. Comme une partie de la flotte, il avait été, de façon exceptionnelle cet été compte tenu de la situation sanitaire, exploité pour des croisières courtes le long des côtes françaises. La compagnie basée à Marseille avait d’ailleurs été, une fois le feu vert des autorités obtenu, l’une des premières au monde à mettre ses navires à l’eau le 11 juillet. Pour assurer tant bien que mal sa saison estivale, elle avait fait appel aux services de Méditerranée Infection, un institut hospitalo-universitaire (IHU) reconnu pour les maladies infectieuses, pour établir des protocoles sécurisés et avait investi en équipements innovants spécifiquement étudiés pour des environnements confinés et difficiles d’accès. Chaque navire dispose d’un simili hôpital embarqué avec des appareils de tests PCR, de radiologie, de biologie, lits de réanimation et d’une équipe médicale.

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Problématique des tests

Depuis fin septembre, le Jacques Cartier était repositionné en Méditerranée. Il avait ainsi démarré de Malte le 25 octobre et devait rejoindre le 2 novembre Athènes avant d’être « rattrapé » par le virus le 30 octobre alors qu’il s’approchait des côtés siciliennes.

Le parcours des deux premières personnes contaminées (des membres d’équipage) interpelle car ce n’est absolument pas la première fois qu’est pointée la problématique de tests aléatoires, qui se révèlent tantôt positifs, tantôt négatifs. Dans le cas de Ponant, aux procédures d’embarquement et de débarquement très contraignantes pour les membres d’équipage, l’employé avait été testé négatif 48 h avant son embarquement, puis positif lors de l’embarquement et un énième test réalisé par un établissement de santé à terre s’est ensuite révélé négatif. 

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Un cas cet été

Depuis le 11 juillet, Ponant a opéré 60 croisières et accueilli 3 500 passagers sans rencontrer de problématiques Covid particulières. Compte tenu du nouvel état d’urgence sanitaire, la compagnie est contrainte à nouveau de mettre sa flotte au chômage, excepté deux d’entre eux employés comme « hôtels flottant », et suspendre toutes ses opérations, y compris en Polynésie où opère le navire de sa filiale Paul Gauguin Cruises acquise en juillet 2019. Son navire amiral Paul Gauguin, passé également sous pavillon français le 14 juillet juste avant de reprendre son exploitation dans les îles de la Société, les Tuamotu et les Marquises, avait connu début août un cas positif. La croisière avait alors été suspendue.

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Une épreuve économique

Sur un plan économique, les temps sont durs pour la société au regard des capitaux mobilisés ces deux dernières années pour se doter d’une flotte de navires de petite capacité d’exception et aux caractéristiques techniques allant au-delà de ce qu’exige à ce jour la réglementation environnementale.

Avec le Bougainville, le Lapérouse, le Champlain, le Dumont-d’Urville, le Bellot et le Jacques Cartier, la classe qui porte le nom des grands navigateurs est désormais complète. Il reste à livrer le Commandant Charcot, paquebot brise-glace de 150 m avec 135 cabines, qui sera équipé d'une motorisation hybride électrique et propulsé au GNL, attendu pour mai 2021. La compagnie de croisière disposera alors d’une flotte de 13 navires. Elle n'en avait que trois en 2013.

Adeline Descamps

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