La 22e convention Euro-Med s'est tenue en Grèce cette année du 4 au 7 octobre.

 

Respecter les exigences environnementales, celles imminentes et celles à venir. Cette question a dominé les débats de la 22e convention Euro-Med « from land to sea » qu’organise chaque année l’armateur italien Grimaldi.

C’est la grande affaire du moment. Elles agitent tout le secteur. Au 1er janvier 2020 le fuel devra présenter une limite en teneur de soufre de 0,5 % contre 3,5 % aujourd’hui. Cette réglementation loin d’être digérée qu’il faudra ensuite envisager celles à venir. Les émissions de CO2 devront à leur tour être réduites de 40 % à 50 % en 2050 par rapport à 2008.

Scrubbers, GNL, fuel léger … les solutions existent mais non sans défauts (cf. notre enquête dans le JMM n°5090). Problème de disponibilité des scrubbers, faute de constructeurs, pour répondre à la demande et non sans impact prévisible sur les prix. Y-aura-t-il assez de fuel à 0,5 en 2020 et à quel prix ? Des armements optent pour la propulsion au GNL, un choix qui peut être problématique si les ports ne mettent pas en œuvre rapidement les infrastructures de soutage. Les navires hybrides émergent à petite échelle. D’aucuns considèrent l’hydrogène comme le carburant d’avenir. Tous ses sujets ont été abordés à l’occasion du rendez-vous organisé par l’armateur italien Grimaldi, qui s'est déroulé du 4 au 7 octobre en Grèce. 

Un adepte du scrubber

L’armement, qui revendique son pragmatisme dans le secteur, indique avoir exploité les contraintes environnementales imposées dans la seule zone ECA à ce jour en Europe (mer du Nord, la Manche, la Baltique et la Méditerranée) pour la concilier avec une recherche d’économie d’échelle, moyennant des navires d’une plus grande capacité de transport pour une même consommation de fuel, d’où une réduction des coûts à la tonne transportée.

Les navires de l’Italien naviguent sur les eaux d’une centaine d’autoroutes de la mer, dont 80 en Méditerranée. Déjà 26 navires sont équipés de scrubbers dont les 5 conros géants de la filiale ACL. D’autres vont suivre. 80 navires ont vu leur coque enduite de silicone afin de réduire la consommation. 800 M€ ont été budgétés pour une nouvelle génération de 12 rouliers géants hybrides (d’une capacité de 7 800 ml, soit 500 semi-remorques). Six rouliers de la filiale Finnlines ont été jumboïsés, tandis qu’une commande porte sur 3 nouvelles unités d’une capacité unitaire de 5 400 ml. Des ferries de croisières ont été et seront jumboïsés et de nouvelles unités ropax seront commandées. L’armement envisage de commander prochainement une nouvelle série de navires multipurpose appelés à remplacer des unités plus âgées. Le transporteur spécialiste du roulier revendique avec l’ensemble de ces mesures avoir réduit ses émissions de CO2 de 3,3 % par mile nautique et de 6,2 % en SO2.

Des solutions toutes partielles

Quoi qu’il en soit, Emanuele Grimaldi soutient que « toutes les solutions disponibles pour satisfaire les normes ne pourront être que partielles » et que les armateurs qui ne seraient pas prêts pour respecter les exigences de 2020 sur le plafond de soufre, « ne devraient pas de ce fait être pénalisés » tout en s’opposant toutefois « à un report des échéances ». Dans le cadre de cette problématique il faudra voir quelle sera l’attitude des raffineurs.

Ugo Salerno, président et CEO de Rina, l’association des armateurs italiens, considère pour sa part qu’il sera difficile d’atteindre les objectifs fixés. « Il est donc impératif que toute la filière coordonne leurs actions, chantiers navals, constructeurs de moteurs, armateurs, ports... ». Pour l’organisation, le GNL, aussi satisfaisant soit-il pour réduire certaines émissions polluantes, « pose une vraie problématique d’avitaillement ».

Éco-bonus européen ?

Ennio Cascetta, directeur général de RAM/ Logistique, Infrastructure et transport, met pour sa part l’accent sur les autoroutes de la mer et le shortsea, seul à même de réduire considérablement le transport routier génératrice de la plupart des émissions. Et d’évoquer le cas de l’Italie, seul pays à accorder un « Mare-bonus ». Le gouvernement a prévu une enveloppe de 118 M€ couvrant la période 2018-2019. L’attribution de cette intervention aux transporteurs routiers fait l’objet d’évaluations, en fonction des trajets routiers et des fréquences. Cela se traduit par une aide de 5 centime d’euro par tonne/kilomètre. Selon les intervenants, l'Europe étudierait à nouveau la mise en place d'un éco-bonus européen. Une proposition dans ce sens aurait été déposée à la commission européenne.

Développer de nouveaux moteurs

Mikael Makinen, en charge des affaires maritimes de Rolls Royce confirme à la fois qu’il n’y aura pas assez de scrubbers et qu’il sera difficile de trouver du fuel à 0,5 % dans tous les ports. « Les armateurs n’auront d’autres choix que d’acheter des nouveaux navires avec scrubbers ou acheter un fuel léger très cher », indique le représentant du motoriste, qui s’active pour sa part à développer de nouveaux moteurs et considère l’hydrogène comme un carburant à plus longue échéance.

--- Bernard Van den Bossche ---