Alors que le 74e comité de la protection du milieu marin de l’Organisation maritime internationale (MEPC74) s'est tenu du 13 au 17 mai à Londres, le ministère de la Transition écologique et solidaire a réagi ce 31 mai, via un communiqué, sur l'issue des négociations. 

« La France a porté une ambition forte pour réduire les impacts du transport maritime sur l’environnement marin. Si les résultats ne sont pas tous à la hauteur de cette ambition, ils restent encourageants pour la suite des négociations ». C'est ce qu'on appellerait un langage feutré. Car il ne s'est rien décidé de décisif (cf. L'OMI ne décide rien ou si peu) lors de la 74e session de l'OMI mi-mai. Peu d'avancées significatives du moins sur les sujets « ​d’importance majeure pour la planète ».

La France défendait notamment une proposition, écrite par Armateurs de France, pensée par Philippe-Louis Dreyfus, visant à réduire avec un caractère obligatoire la vitesse des navires. Une initiative qui était présentée parmi les solutions de court terme dans le cadre de la stratégie décarbonnée. La session technique du MEPC74 devait en effet étudier les propositions déposées par ses membres pour aboutir d’ici à 2030 à un transport maritime purgé de ses émissions de gaz à effet de serre provoquées par le CO2 conformément à la stratégie arrêtée par l’organisme international de réglementation du transport maritime (Accord de Paris, Programme 2030 des Nations unies pour le développement durable). La solution française ne faisait pas l'unanimité parmi les États-membres, la Chine, l'Inde, les États-Unis et de nombreux pays d'Amérique du Sud, craignant qu’elle ne réduise l'efficacité du transport maritime, augmentant de fait la distance entre les économies et leurs marchés tout en repoussant l'adoption de nouvelles technologies pour réduire le CO2. 

La solution française devrait néanmoins être étudiée à l'occasion d'autres sessions qui poursuivront l'examen des différentes solutions proposées, avait indiqué l'OMI au Journal de la Marine Marchande.

« Le sujet reste bien intégré dans le programme des futures discussions. La France va donc continuer à travailler sur cette question en partenariat avec d’autres États, en vue du prochain cycle de négociations qui se tiendra en novembre 2019. La France regrette également le report au prochain comité de mars 2020 de la création d’un groupe de travail continu sur le sujet du CO2. Une telle décision freine la dynamique engagée en 2018 et constitue un mauvais signal sur la volonté internationale d’avancer rapidement sur un sujet d’importance majeure pour la planète », indique encore le Ministère de la Transition écologique. 

Positif sur le reste...

Pour les autres points à l'ordre du jour de la session, le gouvernement y voit des issues favorables, notamment sur les rejets en mer des résidus de paraffine industrielle (qui, sur le littoral français, ont « des conséquences économiques parfois importantes ». L'État français se félicite également que les scrubbers, dont les rejets dans les eaux quand ils sont en boucle ouverte posent problème, fassent l'objet d'une étude d'impact environnemental, dont les conclusions devraient être connues début 2020.

Sur un sujet annexe, il a obtenu « la poursuite des travaux pour réduire les émissions des particules noires de fumées d’échappement des navires. La France souhaite que les navires fréquentant ces eaux utilisent des combustibles légers et qu’ils soient équipés de filtres à particules ». Pour la première partie du souhait, dès le 1er janvier 2020, les navires seront dans l'obligation d'être alimentés en carburant à basse teneur soufrée ou d'un dispositif d'épuration de gaz. Mais ces dispositifs ne sont que partiellement efficaces contre la pollution s'ils ne sont pas équipés de filtres pour traiter les particules, tel les « Selective Catalytic Reduction », ou pots catalytiques, qu’il s’agira de « mariniser » car à ce jour uniquement éprouvés à terre dans le secteur routier (c’est le sens de l’expérimentation de La Méridionale).

Sur la question des déchets plastiques, les États ont « adopté une stratégie et un calendrier pour réduire les rejets dans le milieu marin issus des engins de pêches ou encore des chutes de conteneurs ».

« Il s’agit d’un travail de longue haleine et chaque décision compte. Cette session environnementale a permis d’acter des mesures et de prendre rendez-vous pour le prochain cycle de négociations. Nous devons continuer à défendre notre vision environnementale et accélérer notre action, je pense notamment au G7 de cet été. Ces travaux montrent aussi l’importance d’une Europe forte pour peser dans les négociations », est cité François de Rugy, le ministre de tutelle, dans le communiqué. Tandis qu'Élisabeth Borne, reconnaissant que « certains résultats sont en deçà de [nos] ambitions à ce stade sur la réduction des émissions de CO2 », rappelle que « l'objectif de transition écologique à l’horizon 2050 est inscrit dans le projet de loi d’orientation des mobilités ».

A.D.

 

 

Le plafond mondial qui leur tombe sur la tête…

 La Méridionale teste le filtre à particules