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Les dix premiers transporteurs maritimes mondiaux de conteneurs ont quasiment tous publié leurs résultats financiers pour le premier trimestre 2021, à l’exception de MSC qui s’y soustrait et de ONE disqualifiée par la comptabilité japonaise. Ensemble, ils totalisent 14,8 Md$ de marge d’exploitation. Les compagnies asiatiques mènent aussi le bal de ce point de vue. Synthèse.

À n’en pas douter, le premier trimestre de 2021 aura sa place dans les annales  parmi les meilleurs exercices de tous les temps pour les compagnies de transport maritime par conteneurs. Et ce, indépendamment de l’effet de base de l’inédite année 2020 que d’aucuns continuent d’exploiter de façon insensée dans leur analyse du marché. Elle n’a de valeur que pour mieux faire ressortir l’exceptionnelle période que traverse actuellement le secteur car la plupart ont encaissé en trois mois ce qu’ils avaient à grande peine perçu sur l’ensemble de l’année.

Quoi qu’il en soit, le premier trimestre est rarement une période propice aux grandes envolées de la demande de transport. Le fret y est d’ordinaire en fond de cale. Or, cette année, tous les repères (telle la période creuse que représente le nouvel an chinois) ont volé en éclats. Aucun temps de pause n’est venu contrarier une demande qui galope à bride abattue.

Marge d’exploitation record

Dans l'ensemble, les bénéfices d'exploitation moyens (Ebit) des 10 plus grands transporteurs (à l'exception de MSC qui ne publie pas ses données) ont atteint une marge d’exploitation record de 38,2 % entre janvier et mars.

Les transporteurs taïwanais Evergreen, Yang Ming et Wan Hai présentent le meilleur profil financier avec des marges supérieures à 45 %. Evergreen, qui était jusqu’alors la moins bien capée des trois sur un plan financier, a enregistré la meilleure performance de son histoire avec des revenus qui ont doublé en un an pour s’établir à 3,17 Md$.

La flotte de MSC passe la barre des 4 MEVP

Précédent en 2010

La sud-coréenne HMM, la japonaise ONE et l’israélienne ZIM tirent leur épingle du jeu avec des marges comprises entre 44 et 39 %. Ces dernières ont en commun de revenir des tréfonds. La compagnie sud-coréenne, notamment, signe une performance trimestrielle alors qu’elle était abonnée ces dernières années au  rouge. Dès le troisième trimestre 2020 à vrai dire, ragaillardie par l’introduction de sa série de porte-conteneurs de 24 000 EVP, elle savait qu’elle allait réaliser un bénéfice annuel pour la première fois depuis cinq ans. Elle ne s’y est pas trompée.

Le transporteur allemand Hapag-Lloyd (n° 5 mondial) et le chinois Cosco (n° 3 mondial) ont également déclaré des marges supérieures à 30 %. Les dix premiers transporteurs mondiaux (hors ONE dont l’année fiscale est en décalage) ont totalisé 14,8 Md$ en bénéfices d’exploitation. 

Les taux de fret au-delà des 10 000 $

Maersk, numéro un mondial

Pris individuellement, les compagnies se portent toutes bien. A.P. Møller – Maersk a déclaré un résultat net de 2,7 Md$ pour pour les trois premiers mois (pas très éloigné de celui de l’ensemble de l’année 2020) et l’Ebitda (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements) du groupe s’établit à 4 Md$, soit un bond de 166 % par rapport à l'année précédente.

Le chiffre d'affaires du segment océanique approche les 10 Md$ (9,48 Md$) grâce à une hausse de 35 % des taux de fret et un revenu moyen de 2 662 $ par unité équivalente à quarante pieds (FEU). L'Ebitda du transport maritime s'est élevé à 3,4 Md$, soit trois fois plus que l'année précédente et le résultat d’exploitation (Ebit) passe de 348 M$ à 2,7 Md$.

CMA CGM, numéro trois mondial

CMA CGM, qui vient de publier ses résultats, a annoncé un chiffre d'affaires total de 10,7 Md$ pour le premier trimestre (+ 49,2 % par rapport au premier trimestre 2020) dont 8,6 Md$ pour la partie maritime (+ 57,4 %), résultant de volumes transportés en hausse et d’un revenu moyen par EVP à 1 574 $. Le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements du groupe français a atteint 3,2 Md€, soit une marge de 29,7 %, doublée par rapport à celle du premier trimestre 2020.

Cosco, numéro quatre mondial

Le chinois Cosco a encore effectué un bond en avant avec un bénéfice net qui a pris la clé des champs, passant de 45,03 M$ à 2,39 Md$ en un an. Les recettes d'exploitation, en hausse de 79,5 %, ont doublé par rapport au premier trimestre 2020, à 10,01 Md$. Le transporteur asiatique voit son volume de conteneurs transporteurs porté au plus haut, en hausse de 21 % à 6,78 MEVP. Sa filiale OOCL, avec la croissance de 96 % de ses revenus, encaisse 3,01 Md$ en trois mois grâce à des volumes en hausse de 23,8 % (1,97 MEVP).

Hapag-Lloyd, numéro cinq mondial

L’armateur allemand signe un début d’année solide avec un bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement de 1,6 Md€ et un résultat d’exploitation de 1,3 Md$. Son résultat net passe allègrement de 24,8 M€ à à 1,2 Md€. Au premier trimestre 2021, les revenus de l’armateur allemand ont augmenté d'environ 33 % pour atteindre 4,1 Md€, tirés vers le haut par un taux de fret moyen en hausse de 38 %, à 1 509 $/EVP, et en dépit de volumes en baisse de 2,6 % (3 MEVP).

HMM, numéro huit mondial

La compagnie sud-coréenne profite à plein de l’entrée en service de ses douze géants pour le compte de THE Alliance (Hapag-Lloyd, ONE, Yang Ming), qu’elle a rejoint l’an dernier. Elle détient au demeurant les plus importantes capacités sur les routes actuellement les plus lucratives (marché transpacifique et Asie-Europe) du point de vue des taux de fret. Et ce, d’autant qu’elle réalise une part importante de ses ventes sur le marché spot dont les niveaux pulvérisent tous les records. 

HMM a publié à l’issue des trois premiers mois de l’année un bénéfice d’exploitation de 884,25 M$ contre une perte de 1,7 Md$ pour la même période de l'année dernière. C’est dire si sur un seul trimestre, elle a quasiment enregistré son résultat d’exploitation de l’année 2020. La sud-coréenne encaisse un profit de 135 M$ contre une perte de 57 M$ l'année précédente, tandis que les ventes ont augmenté de 85 % par rapport à l'année précédente.

ZIM, qui ferme le ban des dix premiers transporteurs

La compagnie cotée à bourse de Nex York depuis le début de l’année est passée d’une perte de 11,9 M$ (mars 2020) à un bénéfice net de 589,6 M$. Le chiffre d'affaires a augmenté de 112 %, à 1,74 Md$. Bénéficiant de ses capacités allouées aux routes très sollicitées, le taux de fret moyen de l’entreprise a augmenté de 76 % par rapport à l'année précédente pour atteindre 1 925 $.

À quand remonte la dernière bonne fortune ?

Alphaliner note qu’il faut remonter pour trouver un telle fortune à 2010, une des rares parenthèses enchantées de la décennie, lorsque la moyenne était de 16 %. À l'époque, elle était basée sur les 15 principaux transporteurs et Hanjin existait encore. Elles ne sont plus que 10 aujourd’hui par le jeu de la consolidation et des alliances du secteur de la ligne régulière. 

Les dix premiers transporteurs exploitent 85 % de la capacité de transport maritime mondiale. Les quatre premiers – Maersk, MSC, CMA CGM et Cosco – contrôlent 58 % du marché en capacités. Avec Hapag-Lloyd, ONE et Evergreen, les sept leaders en détiennent 78 %.

Les alliances maritimes sur les lignes est-ouest – 2M, Ocean Alliance et THE Alliance – renforcent encore cette impression de marché monopsone. Elles comptent parmi leurs membres neuf des dix premières compagnies maritimes.

Si les chargeurs s’en plaignent, la consolidation extrême permet de dompter les cycles. « Les cycles du marché dans le secteur du transport maritime sont comme des vagues qui frappent une plage. De loin, ils semblent inoffensifs, mais quand vous êtes dans le ressac, c'est une autre histoire », souligne Martin Stopford dans le Maritime Economics, une des bibles du secteur. 

Adeline Descamps

 

Pour retrouver les résultats financiers dans le détail

Premier trimestre 2021 : le résultat net de CMA CGM passe de 48 M$ à 2,1 Md$ en un an

Maersk : un bénéfice d'exploitation de 3 Md$ au premier trimestre 2021

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