Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM, intervenant d'un débat tenu à l'occasion des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence.

Le PDG du groupe français de transport et logistique était un des intervenants de la table ronde « Comment la crise redessine la carte du monde », aménagée dans le cadre des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence qui se sont tenues du 2 au 4 juillet. Pour le troisième armateur mondial de porte-conteneurs, la crise a fixé certaines donnes plus qu'elle ne les a déclenchées. 

En voisin, le marseillais Rodolphe Saadé a participé aux Rencontres économiques tenues à Aix-en-Provence. Il y est à sa place. Initié par le Cercle des économistes en 2001, l’événement estival s’est imposé dans l’agenda des plus grands patrons et dirigeants politiques de la planète. La plupart des patrons du CAC 40 sont des inconditionnels. 

Le PDG du groupe CMA CGM est intervenu lors de la table ronde qui a clôturé la première journée, le vendredi 2 juillet, sur le thème de « Comment la crise redessine la carte du monde ». Pour en débattre à ses côtés, Michel Barnier, le négociateur européen du Brexit et candidat putatif à la présidentielle française, Florence Parly, ministre des Armées depuis le second gouvernement Édouard Philippe, Suzanne Berger, professeure de sciences politiques au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Sven Smit, qui copréside le McKinsey Global Institute 

L’événement de trois jours, au cours desquels se discutent les grands enjeux économiques, politiques et sociaux qui seront à l’agenda des prochaines années, avait cette année une saveur particulière. Il fait figure de premier grand rendez-vous international de cette sortie de crise et a pu se tenir en présentiel. Il a réuni cette année quelque « 350 intervenants du monde académique, économique, syndical et social », selon ses organisateurs, autour de la thématique « Saisir l’avenir, ensemble ». 

Au programme, plus de 50 sessions autour d’une quantité de questions : la crise et ses fractures ; un nouvel horizon pour le capitalisme ; les conditions d’un partenariat franco-allemand plus efficace pour l’UE ; la réindustrialisation de la France ; le danger de la dette ; la relance énergétique ; les retraites et dépendances ; les entreprises face aux transitions énergétiques ; l’efficacité de la décision publique, une question cruciale à moins d’un an de l’élection présidentielle en France… En fil conducteur implicite : la tempête sanitaire en tant que déclencheur des grands changements, entre déclic climatique et efficacité politique… 

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Régionalisation des trafics et recomposition du sourcing

Pour le PDG du troisième armement mondial de porte-conteneurs, en tant que tel baromètre des échanges commerciaux, « la carte du monde n'a pas été redessinée mais a fixé les acteurs et les priorités. Les États-Unis sortent renforcés de cette crise, leur économie a montré toute sa force. L'Europe a su rebondir. L'Asie, et en particulier la Chine, restent et resteront le grenier du monde. Malheureusement, on ne peut que constater la faiblesse des pays émergents. »

Le dirigeant fait partie de ceux qui croient en une relocalisation stratégique sous la forme d’une régionalisation des fabrications. Un mouvement qui devrait favoriser le développement des trafics intrarégionaux au détriment des échanges transcontinentaux, toujours en croissance mais de façon plus modérée. La crise a notamment révélé, de façon criante, la grande dépendance de toute une partie du monde à la Chine, ce qui a posé problème pour les équipements dits de sécurité stratégique. Peut-être les États ont-ils ainsi pris conscience de l'importance stratégique de maintenir des chaînes d'approvisionnement maritimes compétitives et rentables pour leurs économies. Il pose implicitement la question.

Urgence climatique

Selon lui, la crise a aussi confirmé les grandes priorités de l’agenda international, à commencer par l’urgence climatique. « Il est difficile de faire comme si la problématique de l'environnement n'existait pas. Pour notre part, nous avons investi dans le GNL et le biométhane. L’environnement est un capital et, si on ne s’en occupe pas, on aura un sérieux problème. » 

La crise a en outre montré le poids du digital, rappelle-t-il, qui s’est rendu incontournable dans nos quotidiens confinés. Elle a par ailleurs renforcé, selon lui, le rôle de toutes les organisations mondiales, l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ou encore l'OMS (Organisation mondiale de la santé) « qui ont prouvé toute leur importance ». L'épidémie a en effet mis en évidence le fait qu'un environnement réglementaire et commercial est indispensable pour atténuer les incertitudes, a fortiori dans le secteur du transport maritime. `

S’il adhère aux débats sur la souveraineté stratégique, Rodolphe Saadé met en garde contre les effets induits des politiques de protectionnisme commercial et de repli sur soi. Les acteurs du transport maritime ont plutôt tendance à penser que les pays oublient le transport maritime quand ils négocient des accords commerciaux, que ce soit au niveau multilatéral, régional ou bilatéral. Il semble donc croire que si repenser les principes du libre-échange peut s’avérer nécessaire dans un monde post-Covid, l’ouverture des marchés n’est pas négociable…

Une déclaration, dix propositions

Les Rencontres économiques ont fermé leurs portes sur une déclaration en dix points selon un rituel observé les précédentes années pour « irriguer le débat public ». Déficit de formation et de qualifications, garantie jeunes ; réforme des retraites ; bas salaires ; épargne des ménages et PME ; réduction des impôts de production ; cybersécurité et neutralité carbone et d’autres thèmes ont fait l’objet de propositions alors que s’ouvre la campagne pour l’élection présidentielle. Les précédentes recommandations n’ont pas forcément été suivies… par le gotha politique qui court pourtant l’événement.

Adeline Descamps