La stratégie zéro Covid de Pékin se fissure. Face au rebond épidémique, les autorités locales tentent un confinement d’un genre nouveau, en rotation, de la partie est et ouest de la ville avec la rivière Huangpu comme ligne de démarcation. Le gouvernement de Shanghai maintient ouvert le premier port mondial de conteneurs. Le retour des restrictions va peser sur la productivité des terminaux.

La Chine devient plus habile à maintenir les services essentiels en fonctionnement tout en pratiquant une stratégie de zéro Covid pour la population générale. Mais le variant Omicron résiste à l’approche ciblée. Depuis début mars, malgré plusieurs semaines de restrictions, Shanghai ne parvient pas à juguler l’épidémie qui a encore enregistré ces dernières heures 3 500 nouveaux cas positifs selon les données du ministère de la Santé alors que la capitale financière du pays a signalé près de 11 500 infections depuis le rebond épidémique.

Pour éviter de paralyser la ville des quelque 25 millions d’habitants, les autorités ont pris le parti d’un confinement de quatre jours, en alternance, à l’est et à l’ouest, de part et d’autre du fleuve Huangpu, qui traverse la ville. L’est de la mégapole chinoise sera mis sous cloche jusqu’au 1er avril à 5 heures du matin, la population tenue de garder le domicile avec interdiction d’en sortir.

La partie actuellement confinée est celle de Pudong (6 millions d’habitants), district de 1 200 km2 qui concentre l’aéroport international, le quartier d’affaires, les ports de Yangshan et de Waigaoqiao. Mais aussi des quartiers clés tels que Jinshan, Fengxian, Chongming et certaines zones de Minhang.

À partir de vendredi, le district de Puxi, dans la partie orientale, sera à son tour verrouillé. Les transports publics seront suspendus, tout comme le travail levé dans la plupart des usines, exceptés pour les travailleurs dits « essentiels », dont font partie les personnels portuaires. Certains axes routiers, pont et tunnels seront fermés. Ce qui ne sera pas sans conséquences sur la capacité à transporter des marchandises, 

Le port, essentiel à l’économie nationale, préservé du strict confinement

Le premier port mondial à conteneurs n’est donc pas fermé  – Shanghai International Port Group, qui gère les ports de la ville, a indiqué que, sauf en cas de conditions météorologiques extrêmes, les opérations seraient maintenues 24h/24 – mais les restrictions risquent toutefois de perturber les opérations à Yangshan. 

« Les douanes de Shanghai ont pris des mesures spéciales pour s'assurer que le dédouanement pour les importations et les exportations ne soit pas affecté par le verrouillage progressif de la ville », ont indiqué les douanes chinoises au China Daily.

Quoi qu’il en soit, le retour des restrictions convoque un panel de mesures qui vont peser sur la productivité du port : enlèvement et récupération de conteneurs vides strictement encadrés voire levés (à Waigaoqiao et Yangshan selon Geodis) ;  entrepôts et dépôts fermés (fermés à Shanghai selon Maersk) ; test d'acide nucléique (TAN) négatif pour entrer dans les zones réglementées, y compris les ports et les terminaux, pour les chauffeurs routiers ; systèmes de réservations et de quotas imposés aux camions. 

Le Global Times indique le niveau des volumes traités à Shanghai se maintient à environ 140 000 EVP par jour tandis que des chercheurs de l'Institut international de la navigation de Shanghai anticipe une perte d’efficacité tout en estimant que « le niveau de congestion est relativement grave ». Dans une note à ses clients, le transporteur danois Maersk estime à 30 % la baisse de la productivité.

Les données de VesselsValue (ci-dessus) montrent que le nombre de navires en attente de chargement ou de déchargement à Shanghai a presque quintuplé au cours des deux dernières semaines. Mais la hausse de la congestion semble principalement imputable aux vraquiers et aux pétroliers. À l'inverse, il y a six porte-conteneurs de moins dans la file d'attente que le 9 mars. 

Selon MarineTraffic, 1 086 navires sont arrivés à Shanghai au cours des dernières vingt-quatre heures et 2 251 navires sont actuellement à Shanghai tandis que 587 autres navires doivent faire une escale à Shanghai...

Effet du nouveau tour de vis ?

Shanghai héberge en outre les chaînes de montage de Tesla et de SMIC, le plus grand fabricant de puces électroniques de Chine, ce qui va ajouter aux pressions déjà ressenties par les industries des puces et des semi-conducteurs en raison du confinement de Shenzhen, qui vient d’être levé. 

Le tour de vis imposé à Shanghai suit de près la levée progressive des restrictions à Shenzhen, où les entreprises et les usines ont été autorisées à reprendre leurs activités le 21 mars. Mi-mars, face à l’extrême transmissibilité du variant, la ville qui loge le quatrième port mondial, avait fait l’objet d’un nouveau « verrouillage ». Même brève, la mise sous cloche a mis en tension les secteurs de la distribution de produits high tech et de la construction automobile, tous deux très dépendants des composants électroniques fournis par l’un des centres high tech de la Chine.

Ailleurs ?

Autre hub d’exportation de produits manufacturés, Changchun est resté confiné. Les ports de Tianjin et de Qingdao fonctionnent au ralenti, indiquent les transitaires à leurs clients, alors que Ningbo sert pour l’instant de port de déroutage à Shanghai. Mais le troisième port chinois applique des mesures plus strictes de prévention et de contrôle du Covid. Ainsi les marchandises en provenance de « zones à haut risque » ne peuvent pas entrer dans les entrepôts, et tous les chauffeurs doivent présenter un test PCR négatif depuis 48 h.

Ces dernières semaines, près de 30 millions de personnes dans une vingtaine de provinces et municipalités, ont été soumis à des confinements. Le nombre quotidien de cas confirmés a augmenté de plus de 1 000 depuis le 12 mars, pour atteindre 1 219 le 27 mars, selon les données de la Commission nationale de la santé.

Adeline Descamps

NDLR : Article actualisé le 30 mars