Pirouette de l’histoire. CMA CGM, Maersk et MSC viennent de réaliser numériquement ce qu’ils n’ont pas pu faire concrètement quand leur projet d’alliance maritime P3​ a achoppé sur le refus des autorités chinoises. La suite de l’histoire est connue. 

Ainsi, MSC et CMA CGM, respectivement les numéros 2 et 4 mondiaux du transport de conteneurs, viennent de rejoindre la plateforme TradeLens basée sur la technologie de la blockchain lancée en mars 2017 par le leader mondial danois Maersk et le géant informatique IBM. Cette gigantesque base de données sécurisée, partagée en temps réel, sans intermédiaires et infalsifiable rendant possible échanges et transactions, correspond au petit point aux problématiques de traçabilité du secteur (dès lors qu’une marchandise est entrée dans la base de données, les informations la concernant sont mises à jour instantanément depuis sa fabrication jusque sa livraison au client final), de sécurité des transactions (nouer une relation commerciale sans qu’il soit besoin de se faire confiance au préalable, sans autorité ou intervention centrale, le système garantissant l’honnêteté de la transaction) et de fraude (il est facile de savoir quelle information a été écrite, par qui et à quel moment).

Pacific International Lines (PIL), l'armement singapourien dirigé par Chang Yun Chung, a d’ailleurs utilisé avec succès un connaissement électronique (e-BL) construit sur cette plateforme pour l'expédition et le suivi des mandarines à l’occasion du nouvel an lunaire en début d’année. Avec l'engagement de CMA CGM, MSC, Maersk et PIL, les données de près de la moitié du fret maritime mondial par conteneurs seront ainsi disponibles sur TradeLens, à laquelle ont déjà adhéré plus de 100 entreprises, autorités portuaires et organismes publics jusqu’aux douanes américaines et de gros chargeurs.

Accélération digitale

Zim a de son côté également expérimenté un connaissement numérique basé sur la technologie du blockchain, mais en s’appuyant pour sa part sur l’application (gratuite) développée par la société Wave. L’annonce récemment faite n’est qu’un jalon de plus dans la construction d’une offre numérique, que d’aucuns interprètent comme une volonté des transporteurs maritimes de court-circuiter les 3PL (dans le jargon logistique, il s’agit des entreprises qui gèrent une grande partie des activités liés à l’expédition du fret) et s’adresser directement aux chargeurs…

Ces dernières semaines, la numérisation a en effet été l'un des principaux sujets à l'ordre du jour de nombreuses compagnies maritimes (cf. La News du N°5097-1 : Quand le shipping se met à digitaliser la relation client).

Cri de ralliement

Il y a quelques jours, également, CMA CGM, Evergreen, Hyundai Merchant Marine, Yang Ming et ZIM ont rallié la Digital Container Shipping Association. Créée en avril à Amsterdam par Maersk, MSC, Hapag-Lloyd et Ocean Network Express (One), soit 44 % de la capacité mondiale, elle se donne pour objet de lever les verrous à la digitalisation du fret maritime en mettant en œuvre une interopérabilité via l’établissement de normes communes pour les interfaces et les données techniques.

L’association, présidée par le genevois André Simha, CIO de MSC, impliqué de longue date dans la digitalisation, a donc séduit en peu de temps la plupart des grands armements de la ligne régulière. « La collaboration numérique est la clé de l'évolution de l'industrie du transport maritime conteneurisé. Toutes les normes établies par l’association seront publiées ouvertement et mises gratuitement à la disposition des parties » avait indiqué lors du lancement le président, qui sera secondé par Henning Scheleyerbach, le directeur de la gestion de la relation client chez Hapag-Lloyd.

A.D.